Spiritualité Orthodoxe

et la Jérusalem d'en Haut


Autres explications sur l'Évangile de St Jean:

  • Introduction et Prologue, Jean 1:1-18: la page
  • Le Témoignage de Jean sur Jésus et l'appel des disciples, Jean 1:19-51: la page
  • La noce de cana, Jean 2:1-12: la page
  • Jésus chasse les marchands du Temple, Jean 2:13-25: la page
  • L'entretien de Jésus avec Nicodème, Jean 3:1-12: la page
  • Le discours de Jésus à Nicodème, Jean 3:13-21: la page
  • Jésus et la samaritaine, Jean 4:1-42: la page
  • La marche sur la mer et le Pain de Vie, Jean 6:16-71: la page
  • Des fleuves d'eau vive, Jean 7: la page


La multiplication des pains et des poissons dans l'Évangile de saint Jean 6.1-15: explication du signe et introduction générale sur le chapitre 6, du discours sur le pain de Vie.

La multiplication des pains et des poissons dans l'évangile de st Jean

Première partie du Chapitre 6 - Versets 1 à 15

Article inspiré des cours de Père Gérard Reynaud (Etudes bibliques) 1

Lire le texte en grec-français, en bas de page: cliquer ici

Introduction au chapitre 6

multiplication des pains et des poissons
Jésus-Christ distribue les pains et les poissons
Fresque du monastère de Tismana - Spiritualité Orthodoxe(Copyright) ©

Le chapitre 6 est un long chapitre de soixante-et-onze versets; on peut dire qu'il marque une étape décisive dans la révélation du mystère de la personne du Christ. Rappelons que ce mystère se dévoile progressivement à travers les signes accomplis, qui en sont les manifestations. C'est à dire qu'il ne faut pas s'arrêter au signe mais aller à sa signification, à savoir la personne qui l'accomplit et son mystère, qui n'est autre que le Christ.

Le Seigneur se présente lui-même comme le pain descendu du ciel. Dans le prologue, il est écrit que le Verbe s'est fait chair et qu'il s'est fait homme, maintenant il se fait pain qui descend du ciel. C'est un chapitre qui va provoquer des réactions des interlocuteurs destinataires du discours et entraîner un choix. Ceci se passe plus tard, à partir du verset 60, à la fin du chapitre. Beaucoup rejetteront la parole du maître à cette occasion.

Remarquons que nous sommes dans un contexte de révélation de la fête de pâques (mentionnée au verset 4). Le discours est aussi l'interprétation de deux signes: la multiplication des pains et la marche sur la mer. Cette interprétation se fait dans le cadre d'un dialogue, puis d'un discours de Jésus; interprétation qui est donnée à la Synagogue de Capharnaüm (verset 59).

Il y a plusieurs manières de rentrer dans la structure de ce long chapitre; on peut y distinguer trois parties:

Une unité profonde assure la cohésion du chapitre, tout se tient. Les signes ne peuvent pas être séparés du dialogue et du discours car ils sont leur interprétation.

Si l'on fait une analyse plus fine de la structure on peut, comme l'ont fait plusieurs exégètes, découper le chapitre en cinq parties:


Dans le discours proprement dit, on a donc plusieurs thèmes:

La multiplication des pains

Ce signe est commun au quatre Évangiles. Dans les Évangile synoptiques on trouve dans saint Matthieu, deux récits de la multiplication des pains: aux chapitres 13,14-21 et 15, 32-38; dans st Marc: aux chapitres 6, 35-44 et 8,1,9 et dans st Luc: au chapitre 9,10-17. Il y a une précision dans l'Évangile de Jean qui n'appartient qu'à lui: il est fait référence, au verset 6, aux cinq pains d'orges. Or ceci est en résonance avec la multiplication qu'opère le prophète Élisée avec les cinq pains d'orge et les deux poissons; multiplication qui préfigure le ministère messianique de Jésus.
En 2Roi 4,42-44:
42 Un homme vint de Baal-Shalisha et apporta à l’homme de Dieu du pain de prémices : vingt pains d’orge et de blé nouveau dans un sac. Élisée dit : « Distribue-les aux gens et qu’ils mangent ! »
43 Son serviteur répondit : « Comment pourrais-je en distribuer à cent personnes ? » Il dit : « Distribue-les aux gens et qu’ils mangent ! Ainsi parle le Seigneur : “On mangera et il y aura des restes.” »
44 Le serviteur fit la distribution en présence des gens ; ils mangèrent et il y eut des restes selon la parole du Seigneur.


Le Seigneur quand il donne, le fait sans compter. Dans le signe de Cana, les jarres sont remplies jusqu'au bord pour souligner la surabondance. Les dons du Christ sont toujours marqués par la surabondance et malgré ceci rien ne doit se perdre. On est déjà dans un contexte eucharistique avec la formule même de la bénédiction sur le pain: " il rendit grâce ". (au verset 11). Le mot "grâce", ou témoigner sa reconnaissance, se dit en grec εὐχαριστια (prononcé eucharistia). (Notons que dans toute sortes de repas les Juifs bénissent aussi le pain). Plus tard dans ce chapitre cette référence à l'eucharistie sera accentuée lorsque Jésus parlera de la "chair donnée pour que le monde ait la vie" (verset 51). La chair du Christ est une nourriture inépuisable. D'ailleurs pendant la Divine Liturgie au moment de la fraction du pain, le prêtre dit:
Est rompu et partagé l'Agneau de Dieu
rompu, mais non divisé
toujours mangé, mais jamais épuisé,
sanctifiant ceux qui communient.


Cette nourriture que le Seigneur nous donne est qu'Il est lui-même (car il y a ces deux aspects: Il est celui qui donne et Il est le don lui-même.); ce don est inépuisable.

Il y a plusieurs choses à relever dans ce récit: Jésus gravit la montagne et s’y assit avec ses disciples (au verset 3), c'est la position caractéristique dans la Bible de celui qui enseigne, il est dans une position élevée. La montagne est un lieu de révélation. Aussi, lorsque Jésus est au bord de la mer de Galilée, il est dans la barque et ceux qui sont enseignés sont sur le rivage. Ce sont des positions qui marquent qu'Il enseigne.

Puis, Jésus interroge Philippe, parce que la foule est grande : Or, ayant levé les yeux, Jésus vit une grande foule qui venait à lui. Il dit à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient de quoi manger ? » En parlant ainsi il le mettait à l’épreuve ; il savait, quant à lui, ce qu’il allait faire. (versets 5-6) Cela rejoint le disours à Nicodème quand il est dit: et il n’avait nul besoin qu’on lui rendît témoignage au sujet de l’homme : il savait, quant à lui, ce qu’il y a dans l’homme. (chapitre 2,25). C'est une affirmation très caractéristique répétée plusieurs fois dans l'Évangile.

La parole de Jésus, au verset 5, fait écho à celle de Moïse dans l'AT , lorsqu'il adresse une parole au Seigneur parce que les Hébreux au désert veulent manger, en particulier de la viande (Nombres 11,13). Alors que Moïse a dit: "Où trouverais-je de la viande pour en donner à tout ce peuple... ", Jésus dit: « Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient de quoi manger ? » En réponse à la demande de Moïse, Dieu fait don au peuple de cailles et de la manne. Le don de la viande fut donc celui de cailles (Exode 16,13 et Nombres 11,31) Et pour la manne Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger... »(Exode 16,15) Le thème de la manne et de la chair sont aussi repris dans l'interprétation du discours de pain de vie. Il y a dans ce récit à la fois une nouveauté et un enracinement dans tout ce qui précède Jésus; c'est à dire dans la Loi ou la Prophétie qu'il va accomplir. Tout cela fait la profondeur mais aussi la difficulté de ce chapitre.

Il est dit qu'il y avait beaucoup d'herbe. En effet la pâques et une fête de printemps, il y a donc beaucoup d'herbe. L'Évangile de st Jean est plein de ces petites annotations qui montrent combien l'apôtre apporte de l'importance aux faits tels qu'ils se sont déroulés dans l'espace-temps de l'histoire. Si ceci s'était déroulé à la fête des Tentes après l'été, l'herbe serait rase car tout a été grillé. Cette annotation introduit la thématique du bon berger, comme dans le psaume 22 on parle de celui qui conduit dans de verts pâturages. Certains exégètes le soulignent. D'ailleurs dans les synoptiques lors du miracle de la multiplication des pains, la compassion du Seigneur pour cette foule qui a faim est mise en avant. On peut penser qu'à travers la figure du bon berger le thème de la compassion est aussi souligné dans st Jean.

Le pain va être multiplié, or la multiplication est le signe de la vie, tandis que la mort retranche. Cette nourriture est donnée de manière surabondante et la multiplication est liée à la distribution. Dans les synoptiques le Seigneur multiplie le pain mais ce sont les apôtres qui portent la nourriture à la foule, dans st Jean c'est Lui qui donne directement. C'est une manière pour st Jean de mettre en lumière la personne du Christ. Il y a bien sûr l'importance du signe mais il faut impérativement aller du don au donateur et à la signification même du signe, parce que l'on va très vite passer de ce signe qui donne le pain en surabondance à sa signification et à l'opposition des deux types de nourriture: celle nécessaire à la vie terrestre mais périssable et celle qui donne la vie véritable, "qui demeure en vie éternelle" (verset 27).

Le Seigneur agit avec grande autorité: il interroge Philippe, il demande que tous s'assoient, il rend grâce, il distribue le pain et son autorité va jusqu'à se retirer sur la montagne pour ne pas être fait roi. En effet la foule, pour une grande part, en reste à une compréhension extérieure du signe qu'elle lui a vu accomplir. Comme les gens à cette époque cherchaient des attributs de puissance qu'ils estimaient être des attributs du Messie, en vue de la libération d'Israël de son joug, ils voient en Jésus le prophète mentionné dans les écritures et veulent le faire roi. Mais Jésus se retire à l'écart, car s'il est effectivement roi, il ne l'est pas à la manière dont la foule le perçoit. Sa royauté est un renversement complet d'une conception vulgaire du messianisme, elle se fera sur la Croix.

Traduction de la TOB - Jean 6:1-15
Μετὰ ταῦτα ἀπῆλθεν ὁ Ἰησοῦς πέραν τῆς θαλάσσης τῆς Γαλιλαίας τῆς Τιβεριάδος.
1 Après cela, Jésus passa sur l'autre rive de la mer de Galilée, dite encore de Tibériade.

ἠκολούθει δὲ αὐτῷ ὄχλος πολύς, ὅτι ἐθεώρουν τὰ σημεῖα ἃ ἐποίει ἐπὶ τῶν ἀσθενούντων.
2 Une grande foule le suivait parce que les gens avaient vu les signes qu'il opérait sur les malades.

ἀνῆλθεν δὲ εἰς τὸ ὄρος Ἰησοῦς, καὶ ἐκεῖ ἐκάθητο μετὰ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ.
3 C'est pourquoi Jésus gravit la montagne et s'y assit avec ses disciples.

ἦν δὲ ἐγγὺς τὸ πάσχα, ἡ ἑορτὴ τῶν Ἰουδαίων.
4 C'était peu avant la Pâque qui est la fête des Juifs.

ἐπάρας οὖν τοὺς ὀφθαλμοὺς ὁ Ἰησοῦς καὶ θεασάμενος ὅτι πολὺς ὄχλος ἔρχεται πρὸς αὐτὸν λέγει πρὸς Φίλιππον, Πόθεν ἀγοράσωμεν ἄρτους ἵνα φάγωσιν οὗτοι;
5 Or, ayant levé les yeux, Jésus vit une grande foule qui venait à lui. Il dit à Philippe: «Où achèterons-nous des pains pour qu'ils aient de quoi manger ?»

τοῦτο δὲ ἔλεγεν πειράζων αὐτόν, αὐτὸς γὰρ ᾔδει τί ἔμελλεν ποιεῖν.
6 En parlant ainsi il le mettait à l'épreuve; il savait, quant à lui, ce qu'il allait faire.

ἀπεκρίθη αὐτῷ ὁ Φίλιππος, Διακοσίων δηναρίων ἄρτοι οὐκ ἀρκοῦσιν αὐτοῖς ἵνα ἕκαστος βραχύ τι λάβῃ.
7 Philippe lui répondit: «Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun reçoive un petit morceau.»

λέγει αὐτῷ εἷς ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ, Ἀνδρέας ὁ ἀδελφὸς Σίμωνος Πέτρου,
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit:

Ἔστιν παιδάριον ὧδε ὃς ἔχει πέντε ἄρτους κριθίνους καὶ δύο ὀψάρια· ἀλλὰ ταῦτα τί ἐστιν εἰς τοσούτους;
9 «Il y a là un garçon qui possède cinq pains d'orge et deux petits poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens?»

εἶπεν ὁ Ἰησοῦς, Ποιήσατε τοὺς ἀνθρώπους ἀναπεσεῖν. ἦν δὲ χόρτος πολὺς ἐν τῷ τόπῳ. ἀνέπεσαν οὖν οἱ ἄνδρες τὸν ἀριθμὸν ὡς πεντακισχίλιοι.
10 Jésus dit : «Faites-les asseoir.» Il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit. Ils s'assirent donc; ils étaient environ cinq mille hommes.

ἔλαβεν οὖν τοὺς ἄρτους ὁ Ἰησοῦς καὶ εὐχαριστήσας διέδωκεν τοῖς ἀνακειμένοις, ὁμοίως καὶ ἐκ τῶν ὀψαρίων ὅσον ἤθελον.
11 Alors Jésus prit les pains, il rendit grâce et les distribua aux convives. Il fit de même avec les poissons ; il leur en donna autant qu'ils en désiraient.

ὡς δὲ ἐνεπλήσθησαν λέγει τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ, Συναγάγετε τὰ περισσεύσαντα κλάσματα, ἵνα μή τι ἀπόληται.
12 Lorsqu'ils furent rassasiés, Jésus dit à ses disciples: «Rassemblez les morceaux qui restent, de sorte que rien ne soit perdu.»

συνήγαγον οὖν, καὶ ἐγέμισαν δώδεκα κοφίνους κλασμάτων ἐκ τῶν πέντε ἄρτων τῶν κριθίνων ἃ ἐπερίσσευσαν τοῖς βεβρωκόσιν.
13 Ils les rassemblèrent et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui étaient restés à ceux qui avaient mangé.

Οἱ οὖν ἄνθρωποι ἰδόντες ὃ ἐποίησεν σημεῖον ἔλεγον ὅτι Οὗτός ἐστιν ἀληθῶς ὁ προφήτης ὁ ἐρχόμενος εἰς τὸν κόσμον.
14 A la vue du signe qu'il venait d'opérer, les gens dirent : «Celui-ci est vraiment le Prophète, celui qui doit venir dans le monde.»

Ἰησοῦς οὖν γνοὺς ὅτι μέλλουσιν ἔρχεσθαι καὶ ἁρπάζειν αὐτὸν ἵνα ποιήσωσιν βασιλέα ἀνεχώρησεν πάλιν εἰς τὸ ὄρος αὐτὸς μόνος.
15 Mais Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne.

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Notes de fin de page:

1. Réalisé par G. LS - Droits d'auteur protégés ©

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