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La Bible orthodoxe




Le canon du Nouveau Testament: son processus de formation, les critères d'intégration et les témoignages des Pères.

La formation du Nouveau Testament

Article inspiré des cours donnés par Père Gérard Reynaud (Etudes bibliques, avec ajouts de documents et de citations.) note 1

"Le Christ Lui-même a enseigné l'herméneutique qui consiste à sonder les écritures pour leur rendre témoignage"

Lorsque l'on parle de formation du canon de la Bible, il faut distinguer celui de l'Ancien Testament de celui du Nouveau Testament.

Pour la forme tripartite de la Bible juive, la formation du canon de la Loi et des Prophètes était déjà terminée au temps du Seigneur alors que le canon des Ecrits (psaumes, sagesse, proverbes et autres) fut fixé seulement après la destruction du deuxième temple de Jérusalem, tandis que le canon de la Bible de la Septante était rejeté. Cependant c'est cette Bible qui devint le fondement de l'AT chrétien. Les trente-neuf livres du canon de la synagogue qu'elle contient ont fait l'unanimité rapidement mais pour les livres deutérocanoniques il y a eu de nombreuses discussions et le nombre des livres variait et varie encore de nos jours, selon l'usage traditionnel des différentes Eglises. (Voir à ce sujet l'article: L'AT orthodoxe).

D'un autre côté, la formation du canon du Nouveau testament (ou néotestamentaire), tel qu'il est connu aujourd'hui et adopté de manière unanime par toute l'Église, fut un long processus de réception des textes qui se déroula jusqu'à la fin du quatrième siècle et même un peu au-delà pour certaines Églises particulières.

Toutefois, sur l'ensemble des livres, les quatre Évangiles et les épîtres pauliniennes furent très rapidement au coeur de la vie des Églises en communion. Ils constituaient un pré-canon du NT qui servait à l'édification des fidèles. Les autres livres furent intégrés par étapes. Il faut de surcroît distinguer la formation du canon et la rédaction des textes. En effet, la langue grecque des Évangiles contient de nombreux sémitismes, c'est à dire une pensée sémitique qui permet d'attester de la précocité - ou haute antiquité - de leur rédaction.

Lorsque l'on utilise le terme de saintes écritures on se réfère à la Bible de la Septante mais on utilise aussi cette expression pour le Nouveau Testament. Le canon du NT est formé de 27 livres organisés selon une perspective théologique: les quatre Évangiles, les Actes, les treize épîtres de Paul, les sept épîtres Catholiques (ce qui veut dire communes à toutes les Églises), l'épître aux hébreux, le livre de l'Apocalypse.

La formation du canon néotestamentaire répond à des critères dont le principal est leur origine apostolique. Elle s'est faite par intégration de certains livres considérés comme canoniques tandis que d'autres écrits, évalués comme non-canoniques bien qu'orthodoxes, étaient mis de côté; et que d'autres déterminés comme étant hétérodoxes furent exclus. Les pères de l'Église attestèrent de ce processus de formation dans leurs écrits.

I. Le processus de formation
II. Les critères d'intégration
III. Les témoignages


I. Le processus de formation

Le temps des Apôtres, la fidélité de la transmission orale

Les apôtres sont les témoins oculaires des enseignements, des signes et miracles accomplis par le Seigneur et de l'épisode final qui est le sceau de son incarnation: la passion, la mort, les résurrection et l'ascension glorieuse. Avec l'autorité absolue du Christ Seigneur, leurs témoignages constituaient à cette époque la référence de l'Église.

La transmission s'y faisait principalement selon une tradition orale qui était très fidèle, car on attachait une grande importance au caractère sacré de la mémorisation qui reçoit et transmet. Dans ce cadre, remarquons que la transmission orale par un lignée ininterrompue de pères, de maître à disciple, qui remonte jusqu'aux témoins oculaires fut extrêmement importante dans les premiers temps de l'Église car les premiers pères avaient aussi le soucis du crédit à accorder aux témoins, comme nous le verrons plus loin avec Papias évêque de Hiérapolis.

A côté de ceci, il est fort probable que des scribes aient accompagné le Christ, comme cela se faisait pour tout rabbi itinérant, donnant naissance à des textes proto-évangéliques.

Les quatre apôtres Matthieu, Jean, Pierre et Paul et deux disciples de ces derniers, respectivement Marc et Luc furent à l'origine des quatre Évangiles, nommés aussi l'Évangile tétramorphe selon l'expression de saint Irénée de Lyon, en raison de leur cohésion théologique. Les logias du Christ sont insérés dans une narration inspirée de l'Esprit saint d'après le témoignage oculaire des apôtres.


La génération apostolique, la disparition des apôtre et l'apparition de la tradition écrite

Fresque de Vodita
Fresque de l'église de Vodita - Roumanie ©

Aux apôtres succèdent les pères apostoliques, ceux que ces premiers firent épiscopes dans les Églises qu'ils ont créées. La disparition des apôtres, impliquant la nécessité de transmettre leurs témoignages sans rien y ajouter ni rien y retrancher, aboutit alors à l'apparition d'une tradition écrite à côté de la tradition orale. Ces deux traditions ont été maintenues jusqu'à nos jours et sont indissociables; sachant que la tradition écrite ne renferme pas toute la tradition orale tandis que la tradition orale ne peut entrer en contradiction avec les écrits.

La Liturgie eucharistique des premiers temps incorpora la lecture des Évangiles à côté des saintes écritures de l'Ancien Testament: Loi et Prophètes. De plus, les lettres que les apôtres firent parvenir aux Églises particulières comme celles d'Ephèse ou de Corinthe, furent gardées et diffusées à d'autres Églises. Il se créa peu à peu une conscience canonique révélée dans le NT lui-même. La deuxième épître de Saint Pierre, par exemple, mentionne les épîtres pauliniennes: "C'est pourquoi, mes bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés de lui sans tache et sans reproche, en paix. Et regardez la patience du Seigneur comme une preuve qu'il veut votre salut; comme Paul, notre frère bien-aimé, vous en a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée; Ainsi que dans toutes ses Lettres, il parle de ces points, dans lesquels il y a des choses difficiles à entendre, que les ignorants et les mal-assurés tordent, comme ils tordent aussi les autres Écritures, à leur propre perdition." 2 Pierre 3:14-16. note 2

Les quatre Évangiles devinrent donc, sans distinction, un bien commun de toutes les Églises en communion car ils sont issus des témoins de la vie du Christ. A la fin du premier siècle y a été jointe la collection des épîtres pauliniennes à l'exception de l'épître aux hébreux qui acceptée très tôt comme un écrit de Saint Paul en orient le fut plus tard en occident car on doutait de son auteur. De la même manière le livre de l'Apocalypse fut reçu très tôt en occident mais il fallu du temps pour qu'il soit accepté en orient à cause d'une suspicion de millénarisme.

Alors que la disparition des apôtres induisait le besoin d'une tradition écrite fiable, le danger que représentèrent l'apparition de mouvements hérétiques accéléra la formation du canon.


La formulation dogmatique, les hérésies et la formation du canon

Les vérités dogmatiques font partie de l'expérience de vie de l'Église qui répugne à les figer en formulations, néanmoins elle y est contrainte en face des hérésies pour conserver le contenu de la foi note 3 . Il fallu donc leurs assauts pour que l'on ressente la nécessité de fixer par écrit les livres et leur liste canonique, ce qui fit que le processus s'accéléra dès la moitié du 2ème siècle.

Parmi les hérésies, il y eu en particulier le marcionisme qui se répandit largement. Marcion (85-160 fils de l'évêque de Sinope) opposait le Dieu de l'AT au Père de Jésus-Christ, il considérait le premier comme un démiurge cruel alors que le second était un Dieu d'amour. Afin d'étayer sa doctrine, il créa un canon expurgé des livres qui n'étaient pas en accord avec ses idées et que dans un besoin de rationalisation il voyait comme contradictoires entre eux. Il supprima donc l'AT et tous les nouveaux livres à l'exception de l'évangile de Saint Luc (mais tronquée) et de 10 épîtres de Paul. En faisant ainsi il s'éloignait totalement du témoignage rendu au Christ et réduisait à néant l'incarnation, l'annonce de l'Emmanuel et l'accomplissement de la venue du Messie de la Loi et des Prophètes.

Un autre hérétique du nom de Montan se passait quant à lui des écritures car il disait avoir reçu des révélations de l'Esprit saint et le don charismatique de prophétie. "Montan ... fut animé par son esprit, entra subitement en transport et en fausse extase, commença à être rempli d'enthousiasme et se mit à parler, à prononcer des mots étranges, et à prophétiser tout à fait en dehors de l'usage qui est selon la tradition et l'ancienne succession de l'Église" Histoire Ecclésiale Livre V, XVI 5 (page 89 - par Emile Grapin, 1905) Pdf Archive.org
Or Saint Paul rappelle en contraste: " Et les Esprits des Prophètes sont sujets aux Prophètes. Car Dieu n'est point un Dieu de confusion, mais de paix, comme on le voit dans toutes les Églises des Saints." (1Cor 14:32-33)

Comme de manière générale la particularité des hérétiques est de manipuler le sens des textes, d'en supprimer ou d'en créer pour illustrer une idéologie qu'ils cherchent à répandre, ce qui pouvait être un doute ou une croyance à un niveau personnel s'établissait en une doctrine qui menaçait le contenu de la foi et l'Église. Saint Jean dit à ce sujet: "Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit ; examinez plutôt les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu, car beaucoup de prophètes de mensonge sont sortis dans le monde." 1Jean 4:1.

A ceci s'ajoutait un contexte politique souvent hostile au christianisme. C'est ainsi que l'on vit apparaitre dans la grande Église un corpus néotestamentaire qui se développa par étapes. Divers écrits en attestent. On a pour le deuxième siècle les fragments de Muratori à Rome (texte latin qui est une traduction d'un original grec datant du 2ème siècle), le plus ancien écrit connu qui en donne une idée.


II. Les critères d'intégration au canon

Les critères de formation du canon n'étaient pas arbitraires mais répondaient au besoin de faire traverser l'espace, le temps et l'incrédulité à la mission des apôtres qui consistait à proclamer la vérité de Dieu et rendre témoignage au Christ après avoir été remplis de l'Esprit saint à la Pentecôte.

C'est ainsi que naquirent ces critères servant à décider des textes à intégrer au canon de l'Église, on en détermina quatre:

1. L'origine apostolique caractère essentiel

Le premier critère est essentiel (il est important de rappeler), il se réfère au fait que les écrits qui sont acceptés dans le canon doivent être d'origine apostolique: c'est le critère d'apostolicité. Ceci explique que d'autres textes considérés comme orthodoxes et qu'on lisait dans les Églises furent mis de côté, comme la Didachè, l'épître attribuée à Barnabé, le Pasteur d'Hermas (inclus dans le codex sinaiticus), l'épître de Clément de Rome aux Corinthiens. Bien qu'édifiants ces écrits n'ont pas le même caractère de témoignage oculaire que l'Évangile tétramorphe et les autres écrits des apôtres.

Les PDF: Pasteur d'Hermas - Epître de Clément de Rome - Didachè-épître de Barnabé.

2 et 3. L'usage ancien et l'usage liturgique, les écrits apocryphes

Un second critère fut l'antiquité de l'usage de ces écrits. L'usage ancien et vénérable facilita la réception universelle des textes.

L'usage liturgique constitue un troisième critère fondamental. Tout texte qui n'est pas reconnu comme parole inspirée de Dieu, c'est à dire écrit par les hommes sous l'inspiration de l'Esprit saint, ne figure pas dans la liturgie. Les premiers livres qui ont été utilisés dans la liturgie chrétienne sont les Évangiles. On en a des attestations très tôt car ils sont couramment cités par les pères apostoliques. Saint Justin, philosophe et martyr 100-162, utilise pour les Évangiles l'expression "les mémoires des apôtres". Dans le dialogue avec Tryphon il dit: "Nous lisons, la Loi, les Prophètes et le Seigneur"; le Seigneur se rapportant aux Évangiles.

Dans les premiers temps des écrits dits apocryphes s'ajoutèrent aux témoignages apostoliques même dans la lecture liturgique. Les écrits apocryphes furent distingués par la suite en deux catégories: ceux qui bien qu'orthodoxes n'étaient pas apostoliques et furent retirés de la lecture liturgique pour être mis de côté (cités plus haut); et ceux qui se multiplièrent dans les siècles suivants pour illustrer entre autres les doctrines des hérésies et qui furent exclus.

Un exemple de ces derniers est un texte appelé l'évangile de Pierre. Eusèbe de Césarée relate une histoire à son propos dans son Histoire ecclésiastique. Sérapion évêque d'Antioche, autour de 190, rendit visite à la communauté de Rossos où les fidèles étaient en désaccord sur l'acceptation d'un texte nommé l'évangile de Pierre: " Frères, nous recevons en effet, et Pierre et le reste des apôtres comme le Christ, mais les écrits mensongers mis sous leurs noms, nous sommes assez avisés pour les répudier, sachant que nous n'avons rien reçu de tel..." Histoire Ecclésiale Livre VI, XII 3 (page 188)

4. Les listes canonique, le caractère inspiré

Le quatrième et dernier critère se rapporte aux listes anciennes du canon car leur formation implique l'acceptation des livres qu'elles énumèrent, c'est à dire reconnues comme ayant un caractère sacré: parole de Dieu rédigée sous l'inspiration de l'Esprit saint par son auteur et à aucun moment source d'erreurs. Les listes du NT sont en particulier: les fragments de Muratori déjà cités mais aussi les listes de Saint Irénée de Lyon (120-202), de Tertullien (150-220), d'Eusèbe de Césarée (265-340), d'Athanase patriarche d'Alexandrie au IVe siècle (298-373) qui dans sa lettre festale 39 (datée de 367) énumère l'ensemble des livres actuels du NT, pdf de la lettre.


III. Les témoignages des Pères sur la formation du canon du NT

Le témoignage des Évangiles entre eux

Saint Jean
Icône de Saint Jean le Théologien- Atelier le Roseau ©

Les textes du NT se rendent déjà témoignage les uns aux autres. Saint Pierre a été cité plus haut, on peut y joindre Saint Luc qui avec sa précision d'historien a rassemblé les textes qui contenaient la vie et les enseignements du Christ. Rappelons aussi qu'il existe un lien de dépendance entre les trois Évangiles synoptiques: Matthieu, Marc et Luc qui forment aussi une cohésion théologique indissociable avec celle de Saint Jean

L'Évangile de Jean qui est chronologiquement le plus tardif rappelle l'importance du témoignage oculaire: "Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et d'abord il en sortit du sang et de l'eau. Et celui qui l'a vu, l'a témoigné, et son témoignage est digne de foi; et celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous le croyiez." Jean 19:34; et "C'est ce Disciple-là qui rend témoignage de ces choses, et qui a écrit ces choses, et nous savons que son témoignage est digne de foi." Jean 21:24. Saint Jean signifia aussi qu'il connaissait l'Évangile de Matthieu, en hébreux araméen, qui a été perdue et qu'il connaissait aussi l'Évangile de Saint Marc.


La première période: des apôtres au premier tiers du deuxième siècle - un canon largement constitué.

Dans cette période on peut citer le témoignage notable de Papias (Évêque de Hiérapolis dans la première partie du IIe siècle ) qui appartient à la génération apostolique. Il est décrit par Saint Irénée de Lyon qui lui-même était disciple de Saint Polycarpe (69-155) : "Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe, homme vénérable" livre 5, "Traité contre les hérésies". Pdf Archive.org

Papias cherche à connaître le crédit qu'il fallait accorder à l'Évangile de Marc: "Et voici ce que disait le presbytre: - Marc qui était l'interprète de Pierre a écrit avec exactitude mais pourtant sans ordre tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait pas le Seigneur. Car il n'avait pas entendu ni accompagné le Seigneur mais plus tard, comme je l'ai dit, il a accompagné l'apôtre Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte Marc n'a pas commis d'erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n'a eu en effet qu'un seul but, celui de ne rien laisser de côté de ce qu'il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu'il écrivait." Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée III 39, 15 (page 188) Papias parle aussi de l'Évangile en hébreux de Matthieu, de la première épître de Jean et de la première épître de Pierre.

En ce qui concerne les écrits de Saint Paul, de nombreux indices existent au sujet de sa diffusion précoce, lorsque l'apôtre lui-même prescrit aux Colossiens de communiquer sa lettre aux laodicéens par exemple. Les lettres de Paul ont donc circulé très tôt dans des Églises autres que celles auxquelles elles avaient été adressées. C'est de cette façon qu'un premier recueil a commencé à se former à côté des quatre Évangiles.

Citons également divers écrits qui attestent du canon:

  • Dans son épître aux Corinthiens, Saint Clément de Rome (saint martyr de la fin du premier siècle qui a vu les apôtres) reprend textuellement ou de mémoire des passages des Évangiles synoptiques de notre époque et il évoque des expressions de l'Évangile de Saint Jean. Il rappelle aussi les lettres que Saint Paul leur adressait et cite l'épître aux hébreux et la première épître de Saint Pierre. La Didachè et l'épître de Barnabé sont aussi d'importants témoignages que l'on peut lire.
  • Le proto-évangile de Jacques emprunte de Matthieu et de Luc les récits qui concernent l'enfance du Seigneur tout en les expliquant et en les complétant. Bien que cet Évangile ne soit pas entré dans le corpus du canon on y fait appel dans la liturgie au moment de la fête de la nativité.
  • Il y a aussi le témoignage d'Ignace d'Antioche (35-107) dont les épîtres sont emplies de références, ainsi que la lettre de Saint Polycarpe évêque de Smyre (69-157) disciple de Saint Jean et père spirituel de Saint Irénée. Y sont cités les Évangiles de Saint Matthieu et de Saint Luc, les épîtres de Saint Paul, la première et la seconde épître de Saint Pierre, l'Évangile de Saint Jean.
  • Dans le recueil des pères apostoliques citons la Lettre à Diognète (fin du IIème siècle) et la lettre de l'Eglise de Smyrne sur le martyre de Saint Polycarpe qui attestent de la formation du canon.


La préparation évangélique des païens - la lecture des livres dans la liturgie - le NT écriture sainte.

Saint Justin de Naplouse, (100 - 162) donne de précieux renseignements. Philosophe platonicien converti au christianisme vers 130, il fut décapité en martyr à Rome pour avoir refusé de sacrifier aux dieux. Comme les Églises devaient rendre témoignage dans un monde hellénistique, l'entrée dans le christianisme d'un homme tel que lui marquait une étape importante.

Il dit par exemple que Platon est un pont spirituel par lequel l'intelligence des païens peut accéder à la vérité de la prophétie de l'Ancien Testament. Cette affirmation peut être reçue comme profondément véridique car elle tout à fait fondée. Dans son Dialogue avec Tryphon, Justin écrit que le Christ, le Verbe de Dieu s'est fait homme dans le peuple d'israël car Il était le Messie attendu. Mais il élargit la perspective en montrant que si le Christ est venu à ce moment là en Israël, c'est que les païens eux aussi avaient été préparés à sa venue. Il voit le platonisme comme une préparation évangélique.

Quand on regarde de près la date à laquelle le Christ est venu sur cette Terre on s'aperçoit que ce n'est pas au hasard, Israël avait été préparé à sa venue mais il y a eu aussi une préparation évangélique à l'extérieur dans le reste du monde. On sait par exemple que Platon connaissait les commandements de la Loi mosaïque. Les philosophes grecs sont d'ailleurs représentés sur les fresques de l'église saint Nicolas à Bucarest.

Dialogue avec Tryphon sur le site de P. Remacle et Pdf des Apologies et Dialogue

D'autre part dans ses écrits, Justin témoigne non seulement que le canon du NT est déjà très largement constitué à son époque mais qu'il est en plus reconnu comme un ensemble de livres inspirés qui sont la parole de Dieu et qu'il est lu à côté de L'AT dans la Liturgie. Ce qui revient à dire que le NT est reconnu comme écriture sainte. St Justin même s'il se réfère à d'autres sources fait toujours la distinction entre elles et les mémoires des apôtres. Il cite les Évangiles, il reconnait l'Apocalypse comme oeuvre de Saint Jean le théologien, il cite les épîtres de Saint Jean, celle de Saint Jacques et la première de Saint Pierre.

Les témoignages des hérésiarques

Il est intéressant de noter que les écrits hérétiques, malgré leur utilisation détournée des textes sacrés, ont aussi attesté de l'utilisation dans l'Églises des quatre Evangiles, des épîtres pauliniennes et dans une moindre mesure des épîtres de Pierre et de Jean.

La doctrine de Valentin (milieu du IIème siècle), par exemple, qui était une doctrine gnostique note 4 et les autres doctrines gnostiques hétérodoxes ont représenté un danger très réel pour l'Églises ancienne, elles n'ont rien à voir cependant avec les gnoses chrétiennes comme celle soutenue par Clément d'Alexandrie. Valentin cite abondamment les saintes écritures qu'il utilise pour sa doctrine, en en distordant le sens.

En conclusion:

En se fondant sur les témoignages, on sait qu'à la fin du premier tiers du deuxième siècle, les quatre Évangiles sont reçus sans contestation dans leur ensemble, ainsi que les épîtres pauliniennes hormis l'épître aux hébreux qui n'est pas encore reçue en occident. Les Actes sont liés à Saint Luc et les trois épîtres de Saint Jean sont liées à son Évangile. Le canon est déjà très largement constitué, il est au coeur même de la vie des Églises en communion qui s'appuient sur ces écrits non seulement pour édifier les fidèles mais aussi pour combattre les hérésies auxquelles elles sont confrontées.

Le canon déjà formé est attesté comme écriture sainte et il est lu dans la liturgie eucharistique. Théophile d'Antioche, Saint Irénée de Lyon et Clément d'Antioche, un peu plus tard au deuxième siècle, confirment ce caractère de sainteté des écritures.

Par contre, l'épître de Jacques, l'épître de Jude, l'épître aux hébreux et le livre de l'Apocalypse ont mis du temps à être incorporés. Avant d'arriver à l'unanimité il y a eu des nombreuses discussions entre les Églises jusqu'au quatrième siècle; elles sont relatées par Eusèbe de Césarée.

Enfin, Athanase patriarche d'Alexandrie au IVe siècle (298-373) dans sa lettre festale 39 (datée de 367) énumère l'ensemble des livres actuels du NT. A cette époque le Nouveau Testament est donc entièrement composé et il fait l'unanimité des Églises selon la règle de la catholicité.

Il y a donc eu réception universelle des vingt-sept livres du canon par étapes: les quatre Évangiles et les treize épîtres pauliniennes dans un premier temps, un peu plus tard les Actes et les trois épîtres de Jean, puis les deux épîtres de Pierre et enfin l'épître de Jacques, l'épître de Jude ainsi que l'épître aux hébreux et l'Apocalypse plus tardivement.

[La dernière édition de la TOB 2010, inclut en fin du Livre une explication sur le processus historique de la formation du canon biblique Acien Testament et Nouveau Testament.]

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Annexe - textes canoniques citant les livres:

  • canon 85, des canons Apostoliques: le pdf
  • d'Amphiloque d'Iconium (après + 340) sur les livres de l'Ancien Testament en 60 vers: le pdf
  • d'Athanase d'Alexandrie (+ 373), extraits de ses lettres adressées "Au moine Ammoun ", "Extrait de la 39e lettre pascale " et "A Rufénien évêque ": le pdf
  • de Grégoire le Théologien (+ 390) en 34 vers (Sur la nécessité de lire des livres de l'Ancien Testament): le pdf


Notes:

1.Réalisé par G. LS pour Spiritualité Orthodoxe © Droits réservés.

2. Les versets de la Bible NT sont traduits selon la Nouvelle Bible Segond.

3. Une hérésie dans ce contexte est une déviance sur le contenu de la foi chrétienne; elle ne concerne pas les autres traditions religieuses qui ont leurs propres dogmes, autorités et conscience en la matière.

4. On peut remarquer qu'à notre époque les doctrines gnostiques très syncrétistes qui empruntent des éléments d'autres religions en les distordant sont encore en vogue. Elles dénotent souvent l'incapacité à s'engager dans une voie, qui exige un engagement profond de l'être humain dans son entier.