Spiritualité Orthodoxe

et la Jérusalem d'en Haut


Autres explications sur l'Évangile de St Jean:

  • Introduction et Prologue, Jean 1:1-18: la page
  • Le Témoignage de Jean sur Jésus et l'appel des disciples, Jean 1:19-51: la page
  • La noce de cana, Jean 2:1-12: la page
  • Jésus chasse les marchands du Temple, Jean 2:13-25: la page
  • L'entretien de Jésus avec Nicodème, Jean 3:1-12: la page
  • Le discours de Jésus à Nicodème, Jean 3:13-21: la page
  • Jésus et la samaritaine, Jean 4:1-42: la page
  • La multiplication des pains et des poissons, Jean 6:1-15: la page
  • Des fleuves d'eau vive, Jean 7: la page


Jésus marche sur la mer et proclame Je Suis le pain de vie qui descend du ciel: le discours sur le pain de Vie - Jean 6:16-71, un support pour l'enseignement ou pour la lectio divina.

Jésus marche sur la mer et proclame Je Suis le Pain de Vie
dans l'Évangile de Jean

Réflexions sur son sens spirituel

Article inspiré des cours de Père Gérard Reynaud (Etudes bibliques) 1


Lire le texte en grec-français, en bas de page: cliquer ici

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Deuxième partie du Chapitre 6 - Versets 16 à 71
I. Le récit de la marche sur la mer

Après la multiplication des pains par Jésus, on voit maintenant un autre aspect du chapitre 6:
"Jésus, sachant qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui seul. Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer. Étant montés dans une barque, ils traversaient la mer pour se rendre à Capharnaüm."

C'est à ce moment là que va se faire une autre révélation, de nuit, moment privilégié de révélation: alors que soufflait un grand vent, et que la mer était agitée, Jésus marche sur la mer et s'approche de la barque. Puis Il se révèle avec les mots même que Dieu adresse à Moïse en Exode 3,14: "Ἐγώ εἰμι - Je suis". La traduction française donne "c'est moi", mais la traduction exacte est "Je Suis". Cette expression est répétée trois fois dans le chapitre 6 et 23 fois dans l'Évangile selon Saint Jean, avec des précisions intéressantes:

Alors ils furent saisis de peur, peur qui est la crainte du pécheur devant l'absolument saint.

Jésus rassure les disciples et montre aussi qu'il est le maître des éléments. L'eau est un élément qui sépare, or Jésus en marchant sur la mer fait de l'eau un lieu de réunion, Il ouvre un chemin. Peut être que ça fait allusion, comme le souligne l'abbé Feuillet 2 (Le discours sur le pain de vie -1962) , au passage de la mer rouge.
On peut lire le texte sur le site de la Nouvelle Revue Théologique: PDF 1 - PDF 2 - PDF 3

Le récit de la marche sur la mer se termine de manière assez énigmatique, car ses disciples voulurent le prendre dans la barque mais aussitôt la barque toucha terre.

II. Le discours sur le pain de vie

Cette partie commence par une introduction (versets 22 à 25). La foule qui est restée sur l'autre rive, ne trouvant pas Jésus, qui d'ailleurs n'avait pas accompagné ses disciples, s'embarque à sa recherche à destination de Capharnaüm. Puis suit un dialogue.
On remarque tout d'abord, que plusieurs titres sont donnés à Jésus dans les versets de ce chapitre : prophète (14), roi (15) et que la foule qui l'a appelé prophète, lui redonne ici le titre de maître: Et l'ayant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent : Rabbi, quand es-tu venu ici ?
Jésus ne répond pas directement à leur question. La foule a une question qui se rapporte au "comment", tandis que Jésus veut attirer son attention sur le "pourquoi" des signes qu'il accomplit. Le Seigneur montre ainsi qu'il n'est pas dupe de la recherche de la foule qui veut des manifestations de puissance. Ce qu'elle a vu dans la multiplication des pains c'est la nourriture matérielle. C'est pour ça que Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés.
Il estime que la qualité de la recherche de la foule n'est pas la bonne, car elle ne voit le signe accomplit que dans sa manifestation visible ou physique, et ne remonte pas à travers le don au donateur. Or le pain multiplié est le signe de la véritable nourriture qui demeure en vie éternelle:
Il faut vous mettre à l’œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera, car c’est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau. »
On remarque que Jésus parle de lui indirectement à la troisième personne.

Pour recevoir la nourriture que le Fils de l'Homme donnera, il faut travailler aux oeuvres de Dieu, et Jésus dit: « L’œuvre de Dieu c’est de croire en celui qu’Il a envoyé. »

A partir du verset 30, on entre dans une autre partie du discours, où la foule va demander un autre signe, ce qui est surprenant car la multiplication des pains était déjà un signe; ceci montre donc sa cécité spirituelle:
« Mais toi, quel signe fais-tu donc, pour que nous voyions et que nous te croyions ? Quelle est ton œuvre ?
Rappelons que le verbe "voir" ne concerne pas seulement la vue avec les yeux de chair, c'est aussi l'intelligence de ce que l'on voit. Toutefois, on peut aussi supposer que certains interlocuteurs se souvenaient qu'il est dit que lorsque le Messie viendra, les signes qu'il accomplira devront être annoncés par les prophètes et ne voyant pas Jésus accomplir des signes que les prophètes auraient annoncés, ils demandent "qu'elle est ton oeuvre". Toutefois, leur recherche existe vraiment même si elle est entachée d'une espérance déviée. De surcroît, elle est située dans un contexte de grande attente du Messie.
Remarquons à ce sujet que tout le chapitre 6 est parcouru par le thème de la foi. Pour comprendre les signes, et reconnaître en Jésus le Messie, annoncé par les prophètes, il faut s'ouvrir à la foi. C'est à dire se laisser attirer par Dieu, comme il est dit plus loin au verset 44: Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire.... Être attiré par le Père c'est être accueilli par le Fils, parce que comme le dit Jésus, au verset 37: " Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pas."
Il y a de manière sous-jacente l'idée que rien ne se perd, de la même manière que la multiplication du pain, propre à la vie, n'entraîne pas de perte. Jésus dit d'ailleurs, au verset 39: "la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés.

La foule demande donc un signe pour qu'elle voit et qu'elle croit, et parle aussi de la manne, car c'est un signe du ciel: Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. »
Rappelons qu'en exode 16, 11-12:
Le Seigneur adressa la parole à Moïse : « J’ai entendu les murmures des fils d’Israël. Parle-leur ainsi : Au crépuscule, vous mangerez de la viande ; le matin, vous vous rassasierez de pain et vous connaîtrez que c’est moi le Seigneur, votre Dieu. »
Le soir même, les cailles montèrent et elles recouvrirent le camp ; et le matin, une couche de rosée entourait le camp. La couche de rosée se leva. Alors, sur la surface du désert, il y avait quelque chose de fin, de crissant, quelque chose de fin tel du givre, sur la terre. Les fils d’Israël regardèrent et se dirent l’un à l’autre : « Mân hou ? » (« Qu’est-ce que c’est ? »), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger.

Cette manne était considérée comme le plus grand prodige de l'Exode, celui qui a permis au peuple de survivre dans cette longue traversée du désert qui a durée une quarantaine d'année. En interrogeant Jésus, la foule, lui demande donc s'il peut faire un prodige plus grand que celui-ci.

Cette demande de signes se trouve tout au long de l'Évangile, ça ira même à la grotesque demande lors de la crucifixion du Seigneur: Le peuple restait là à regarder ; les chefs, eux, ricanaient ; ils disaient : « Il en a sauvé d’autres. Qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! » Luc 23,35.
Comme si le signe devait faire naître la foi en eux, or même si Jésus était descendu de la croix, le signe n'aurait rien signifié pour eux. Ils n'auraient pas d'avantage cru, car ils ont le coeur endurci. On se souvient de toute la thématique du pharaon qui recevant les signes de Dieu, s'endurcit intérieurement. Le signe ne produit pas en lui une ouverture du coeur à l'action de Dieu, ce qui susciterait la foi; à l'inverse il produit son endurcissement.

Finalement les gens considèrent que la multiplication des pains est un signe inférieur et ils mettent Jésus au défi pour le reconnaître comme le prophète des derniers temps. Cependant Jésus ne répond pas à sur le même terrain, il leur dit:
« En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

La réplique que la foule donne tout de suite après prouve qu'ils n'ont pas encore compris:
« Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ! »

La manne montre qu'il y a un rappel très fort de l'Exode dans ce récit johannique. Dans le Livre de l'Apocalypse 2,17 il est aussi fait mention de la manne céleste:
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises.
Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai une pierre blanche, et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit.


Qu'est ce que la manne? « Mân hou » en hébreux veut dire «Qu’est-ce que c’est ?» En Exode 16,15, il est dit qu'elle a un caractère mystérieux, mais ce n'est pas simplement une nourriture car à travers ce don, Dieu veut éprouver son peuple tout en le faisant subsister . C'est dit clairement en Exode 16, 4 et 28.
4. Le Seigneur dit à Moïse : « Du haut du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour la ration quotidienne, afin que je le mette à l’épreuve : marchera-t-il ou non selon ma loi ?
28. Le Seigneur dit à Moïse : « Jusque à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ?

Beaucoup de livres de l'Ancien Testament en parlent, notamment dans: le livre de l'Exode 16; le Livre des Nombres 11; Deutéronome 8; Josué 5,12; Néhémie 9,15; Sagesse 16, 20-29; Psaume 77 (78). Ce qui fait dire que la manne était l'annonce du véritable pain du ciel mais l'écriture de l'AT n'ignorait pas que la manne renvoyait à la parole de Dieu, ce n'était pas seulement un aliment pour subsister au désert. Elle était donnée en quantité mesurée, jour après jour, sauf le vendredi car il y avait le sabbat du lendemain. Comme il est dit dans le Deutéronome, l'homme ne se nourrit pas simplement des aliments nécessaires à sa vie mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Deutéronome 8, 3:
"Il t’a mis dans la pauvreté, il t’a fait avoir faim et il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez, pour te faire reconnaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais qu’il vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur."

De la même manière, à travers les pains multipliés et le thème du pain qui descend du ciel, le Christ en s'identifiant à ce pain, veut nous conduire à la véritable nourriture, celle qui nous nourrit pour la vie éternelle et pas seulement pour la vie passagère. Il fait appel à des notions que ses interlocuteurs devraient connaître: le pain du ciel est le Seigneur, lui-même, qui descend du ciel pour se donner en nourriture à ceux qui ont foi en lui. Mais ses interlocuteurs n'ont-ils pas oublié tout cela, non seulement les livres cités plus haut mais les autres sources de la tradition orale. D'ailleurs, on ne peut bien comprendre la tradition écrite qu'avec la tradition orale et inversement la tradition orale doit être confirmée par la tradition écrite.
On trouve à l'occasion de ce don de la manne on trouve le thème du murmure, les Hébreux murmurent (Exode 16), comme les Juifs 3 ou les disciples murmurent en Jean 6,41,43,61 .

La manne est bien un pain du ciel, on le trouve en Psaume 77,24.
"Pour les nourrir, il fit pleuvoir la manne, il leur donna le blé (pain) des cieux - ἄρτον οὐρανοῦ "
et en 77,25:
"chacun mangea le pain des Forts  il leur envoya des vivres à satiété. "
Les Forts sont les puissances célestes. Dans la Septante on a le pain des anges - ἄρτον ἀγγέλων qui traduit l'hébreu le pain des Forts. Cependant cela ne fait pas un accord unanime car certains disent que les anges ne mangent pas, ce serait seulement les démons.

Le livre de la Sagesse 16,20-21, dit:
Tu as distribué à Ton peuple le pain des anges ; Tu as envoyé pour lui le pain du ciel préparé sans labeur, plein de délices et en harmonie avec tous les goûts.
Cette substance, venue de Toi, manifesta Ta bonté pour Tes enfants ; et, se conformant aux désirs de ceux qui la mangeaient, elle prit le goût que chacun voulait.


Et dans Néhémie on trouve:
Tu leur as donné pour leur faim le pain du ciel et tu as fait jaillir pour eux l’eau du rocher pour leur soif.

Remarquons que l'on emploie cette terminologie dans les Offices des Heures.

Dans la tradition orale, en français dans le volume des Écrits Intertestamentaires (La Pléiade - 1987)
on trouve des passages intéressantes qui nous renvoient à la tradition orale juive et à l'Apocalyptique juive.

Dans l'Apocalypse syriaque de Baruch 4 , il est dit à propos du trésor de la manne, donc pour la fin des temps:
"En ce temps, voici que descendra de nouveau le trésor de la manne et ils mangeront pendant ces années là, car ils seront parvenus à la fin des temps " (chapitre 29).
Après cela, quand sera venu le temps de la venue du Messie et qu'Il reviendra avec gloire, tous ceux qui se sont endormis dans l'espérance ressusciteront." (chapitre 30,1).
(On peut se reporter au texte en ligne, en anglais, sur Open Library: PDF )

On a donc un lien entre le temps messianique qui ouvre le temps apocalyptique, le trésor de la manne qui descendra de nouveau du ciel et la vie éternelle, c'est à dire la résurrection des morts.

Si les interlocuteurs de Jésus avaient gardé l'intelligence (le sens) de tout ça, ils auraient pu comprendre que la manne céleste était celui qui leur parlait, Jésus lui-même. D'ailleurs dans le Livre de l'Apocalypse au chapitre 2, 17, il est écrit:
"Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises : A celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit. "

Selon la tradition orale, cette manne cachée fait partie des objets donnés au jour du Seigneur, c'est à dire à la fin des temps.
Le Logos divin (mentionné dans le prologue) est le vrai pain descendu du ciel, cela veut dire que les dons de Dieu dans l'ancienne alliance, le don de la manne au désert, ainsi que les signes que Jésus accomplit sont des signes de parachèvement.

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En récapitulatif rappelons que la manne était sustentation des Juifs au désert mais aussi mise à l'épreuve pour leur faire comprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais qu’il vit de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur. De la même manière, Jésus opère des signes pour faire comprendre que le Pain de Vie est la vraie nourriture, la manne qui revient de nouveau comme il fut prophétisé dans l'AT, alors que la manne donnée dans le désert en était la préfiguration.
Donner le pain de vie est une des prérogatives du Messie et ce pain de vie qu'Il donne est lui-même.

En ce qui concerne la structure, il a un développement entre le verset 41 et le verset 48, puis un approfondissement à partir du verset 51 jusqu'au verset 58, les mêmes termes et paroles reviennent selon un procédé classique dans le récit biblique avec un dévoilement grandissant.
Au verset 35, on trouve un autre "Je Suis", lorsque les Juifs disent:
« Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ! », Jésus leur dit : « C’est moi qui suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura pas faim ; celui qui croit en moi jamais n’aura soif.
Puis il explique que tous ceux que le Père lui donne viendront à lui et que celui qui vient à lui, il ne le rejettera, parce qu'il est venu accomplir la volonté de celui qui l'a envoyé. Et la volonté de celui qui l'a envoyé c'est qu'il ne perde aucun de ceux que le Père lui a donné. Plus loin dans l'Evangile de Jean, dans la grande prière sacerdotale, le Seigneur dira "je les ai protégés et aucun d’eux ne s’est perdu". (Jean 17,12)

Ce sont ces paroles qui vont susciter le murmure des Juifs, de la même façon que leurs pères avaient murmuré au désert par manque de foi. Ils disent:
« N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère ? Comment peut-il déclarer maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? »
Saint Jean Chrysostome remarque à ce propos:
" Et en murmurant ils lui faisaient ce reproche : « N'est-ce pas là le fils de Joseph? » ce qui montre qu'ils n'avaient nulle connaissance de son admirable génération; c'est pour cela qu'ils l'appelaient encore fils de Joseph. Et toutefois le divin Sauveur ne les reprend point, il ne leur dit pas : Je ne suis point le fils de Joseph : non qu'il fût le fils de Joseph, mais parce qu'ils n'étaient pas encore capables d'entendre parler de son admirable génération. Que s'ils ne pouvaient point encore comprendre sa naissance charnelle, bien moins auraient-ils compris sa génération ineffable et céleste. S'il ne leur découvrit pas le secret de sa naissance terrestre, à plus forte raison n'aurait-il pas entrepris de leur révéler un mystère aussi sublime. Cependant c'était pour eux un sujet de scandale que de le croire de naissance vulgaire: néanmoins, il ne leur découvre pas la vérité, de peur qu'en étant une pierre d'achoppement, il ne fît qu'en mettre une autre à la place."
On peut lire le texte au complet: Chrysostome - Homélie XLVI

Au murmure succédera, une discussion violente entre les Juifs, après que le Seigneur ait dit:
« Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Ceci montre bien qu'ils ne sont pas d'accord sur la suite à donner à cette parole.

Remarquons aussi un autre appel au fond vétéro-testamentaire, sous-jacent, qui sont les thèmes du sang versé et du banquet messianique.
Dans l'Exode la conclusion de l'alliance se termine par l'aspersion du sang (Exode 24,8), de la même manière qu'à la Cène, il est écrit:
"Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés."

De plus, dans l'écriture sainte comme dans la tradition orale; il est connu que l'alliance se termine par un repas sacré (Isaïe 55, par exemple). La nourriture des temps eschatologiques est donc souvent évoquée sous la figure du banquet du Royaume, le Seigneur invite à sa table. Comme c'est le cas pour le repas de l'alliance sur la sainte montage ou dans le saint du Temple (dans le livre de l'Exode) et aussi en relation avec Proverbe 9,1-6 5.
L'Eucharistie chrétienne est liée à ce festin messianique puisque le pain descendu du ciel, le trésor de la manne, c'est "Dieu parmi nous" qui se donne aux fidèles. Ceci est traduit pas des termes très réalistes, Jésus dit:
"Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. "
Or il existe une réciprocité entre la nourriture absorbée et l'homme qui la consomme, elle devient co-naturelle. Aussi la chair du Christ est vivifiante, elle donne la vie éternelle.

Pourtant beaucoup les disciples s'en retournent parce qu'ils ne peuvent pas recevoir la Parole du Christ, n'en ayant qu'une compréhension au premier degré. Les douze, quant à eux, reçoivent le discours avec foi.

Le récit se termine par l'annonce de la trahison de Judas, qui laisse déjà entrevoir la Passion du Christ.

***

Notes de bas de page:

1. Réalisée par G. LS pour Spiritualité Orthodoxe - Droits d'auteur protégés ©

2. Le père André Feuillet, (1909 - 1998) fut prêtre, docteur en théologie et exégète de renom. .

3. Rappelons que d'après nous, le terme "Juifs" utilisé dans l'Evangile ou par les Pères de l'Eglise, s'applique dans un contexte historique bien précis et aussi, dans une approche spirituelle, à un type de personnes que l'on peut retrouver dans toutes les générations, même dans l'Église, et non pas à une race ou à un peuple. Il ne s'agit en aucun cas d'en faire un usage inapproprié, contraire aux commandements du Christ. De surcroît, il y a chez le Juif, que ce soit en terme historique ou en terme de type de personne, ceux qui sont justes et ceux qui sont iniques (Romain 2:9-10. )..

4. Apocalypse de Baruch - on trouve deux textes apocryphes de l'Ancien Testament: l'"Apocalypse grecque de Baruch" est un texte juif du IIe s. apr. J.C. avec quelques interpolations chrétiennes. l'"Apocalypse syriaque de Baruch" est un écrit juif, réd. en hébreu ou araméen vers 96 sans doute à Jérusalem, trad. et diffusé en grec, puis trad. en syriaque et du syriaque en arabe. - Ms : Bibl. Ambros., Milan (version syriaque, VIe-VIIe s.) ; Monastère Ste Catherine, Mont Sinaï (version arabe) ; fragments grecs (IV-Ve s.) (réf. Bibliothèque Nationale de France).

5. Proverbe 9, 1-6
1. Ἡ σοφία ᾠκοδόμησεν ἑαυτῇ οἶκον καὶ ὑπήρεισεν στύλους ἑπτά·
La Sagesse a édifié pour elle une maison, et elle l'a appuyée sur sept colonnes.

2. ἔσφαξεν τὰ ἑαυτῆς θύματα, ἐκέρασεν εἰς κρατῆρα τὸν ἑαυτῆς οἶνον καὶ ἡτοιμάσατο τὴν ἑαυτῆς τράπεζαν·
Elle a égorgé ses victimes ; elle a mêlé son vin dans un cratère et a dressé sa table.

3. ἀπέστειλεν τοὺς ἑαυτῆς δούλους συγκαλούσα μετὰ ὑψηλοῦ κηρύγματος ἐπὶ κρατῆρα λέγουσα
Elle a envoyé ses serviteurs, conviant à boire autour de son cratère, disant

4. Ὅς ἐστιν ἄφρων, ἐκκλινάτω πρός με· καὶ τοῖς ἐνδεέσι φρενῶν εἶπεν
Que l'insensé vienne à moi ; et à ceux qui manquent de sens elle a dit

5. Ἔλθατε φάγετε τῶν ἐμῶν ἄρτων καὶ πίετε οἶνον, ὃν ἐκέρασα ὑμῖν·
Venez, mangez de mon pain ; buvez du vin que j'ai mêlé pour vous.

6. ἀπολείπετε ἀφροσύνην, καὶ ζήσεσθε, καὶ ζητήσατε φρόνησιν, ἵνα βιώσητε, καὶ κατορθώσατε ἐν γνώσει σύνεσιν.
Abandonnez la folie, pour régner dans l'éternité ; cherchez la sagesse, et dirigez votre intelligence vers le savoir.

Traduction de la TOB - Jean 6:16-71

La marche sur la mer
16 Le soir venu, ses disciples descendirent jusqu'à la mer.
17 Ils montèrent dans une barque et se dirigèrent vers Capharnaüm, sur l'autre rive. Déjà l'obscurité s'était faite, et Jésus ne les avait pas encore rejoints.
18 Un grand vent soufflait et la mer était houleuse.
19 Ils avaient ramé environ vingt-cinq à trente stades, lorsqu'ils voient Jésus marcher sur la mer et s'approcher de la barque. Alors ils furent pris de peur,
20 mais Jésus leur dit : « C'est moi, n'ayez pas peur ! »
21 Ils voulurent le prendre dans la barque, mais aussitôt la barque toucha terre au lieu où ils allaient.

Jésus, le pain de vie
22 Le lendemain, la foule, restée sur l'autre rive, se rendit compte qu'il y avait eu là une seule barque et que Jésus n'avait pas accompagné ses disciples dans leur barque; ceux-ci étaient partis seuls.
23 Toutefois, venant de Tibériade, d'autres barques arrivèrent près de l'endroit où ils avaient mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce.
24 Lorsque la foule eut constaté que ni Jésus ni ses disciples ne se trouvaient là, les gens montèrent dans les barques et ils s'en allèrent à Capharnaüm, à la recherche de Jésus.
25 Et quand ils l'eurent trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent «Rabbi, quand es-tu arrivé ici?»
26 Jésus leur répondit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété.
27 Il faut vous mettre à l'oeuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau.»
28 Ils lui dirent alors: «Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu?»
29 ésus leur répondit : « L'oeuvre de Dieu c'est de croire en celui qu'Il a envoyé.»
30 Ils lui répliquèrent «Mais toi, quel signe fais-tu donc, pour que nous voyions et que nous te croyions? Quelle est ton oeuvre?
31 Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu'il est écrit: Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel.»
32 Mais Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel.
33 Car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.»
34 Ils lui dirent alors: «Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là !»
35 Jésus leur dit: «C'est moi qui suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'aura pas faim ; celui qui croit en moi jamais n'aura soif.
36 Mais je vous l'ai dit : vous avez vu et pourtant vous ne croyez pas.
37 Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pas,
38 car je suis descendu du ciel pour faire, non pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé.
39 Or la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour.
40 Telle est en effet la volonté de mon Père: que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.»
41 Dès lors, les Juifs se mirent à murmurer à son sujet parce qu'il avait dit: «Je suis le pain qui descend du ciel.»
42 Et ils ajoutaient : « N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère? Comment peut-il déclarer maintenant: “Je suis descendu du ciel” ?»
43 Jésus reprit la parole et leur dit: « Cessez de murmurer entre vous!
44 Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire, et moi je le ressusciterai au dernier jour.
45 Dans les Prophètes il est écrit : Tous seront instruits par Dieu. Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi.
46 C'est que nul n'a vu le Père, si ce n'est celui qui vient de Dieu. Lui, il a vu le Père.
47 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts.
50 Tel est le pain qui descend du ciel, que celui qui en mangera ne mourra pas.
51 «Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l'éternité. Et le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.»
52 Sur quoi, les Juifs se mirent à discuter violemment entre eux: «Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger? »
53 Jésus leur dit alors : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie.
54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson.
56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 Et comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.
58 Tel est le pain qui est descendu du ciel: il est bien différent de celui que vos pères ont mangé ; ils sont morts, eux, mais celui qui mangera du pain que voici vivra pour l'éternité.»
59 Tels furent les enseignements de Jésus, dans la synagogue, à Capharnaüm.

La décision de la foi
60 Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples commencèrent à dire: «Cette parole est rude! Qui peut l'écouter?»
61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, Jésus leur dit: «C'est donc pour vous une cause de scandale?
62 Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant...?
63 C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.
64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas.» En fait, Jésus savait dès le début quels étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui allait le livrer.
65 Il ajouta: «C'est bien pourquoi je vous ai dit: “Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père.”»
66 Dès lors, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui.
67 Alors Jésus dit aux Douze: «Et vous, ne voulez-vous pas partir?»
68 Simon-Pierre lui répondit: «Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle.
69 Et nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu.»
70 Jésus leur répondit: «N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze ? et cependant l'un de vous est un diable!»
71 Il désignait ainsi Judas, fils de Simon l'Iscariote; car c'était lui qui allait le livrer, lui, l'un des Douze.

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