Spiritualité Orthodoxe

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La théologie chrétienne orthodoxe, destinée au salut, incarnée, divino-humaine, parlant de divinisation de l'homme tout en étant une théologie apophatique, s'intéresse à l'essentiel: la plénitude de la r@ncontre avec Dieu dans le silence des passions et de l'intellect.

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Théologie Byzantine

L'apophatisme chrétien: Plénitude en Dieu dans le Silence des passions et de l'intellect


Reprise de l'intervention sur Jean Meyendorff (1926 - 1992) Ancien professeur de l'Institut Saint-Serge de Paris, docteur ès lettres (Sorbonne), ancien professeur à l'université Fordham aux États-Unis.

D'après: "Initiation à la théologie byzantine, Jean Meyendorff, Editions du Cerf, 2010" (pages 9 à 23); les passages sont entre guillemets.

Jean Meyendorff propose de nous donner, dans son ouvrage "Initiation à la théologie byzantine", une vision synthétique du sujet traité.


Une théologie incarnée, concernant l'être humain dans son entier

couverture de livre L'auteur explique que "les théologiens byzantins se sont servi des concepts philosophiques grecques et particulièrement de la notion de théose (theosis) ou déification, pour exprimer une vision théocentrique de l'homme" (page 9). Ceci veut dire que la théologie n'appartient pas uniquement aux anges car les êtres humains, de chair et d'esprit, doivent établir une théologie qui bien qu'ayant ses racines en Dieu donne ses fruits dans le monde.
Ce n'est donc pas une théologie désincarnée mais une théologie qui a pris chair: la théologie de Notre Seigneur suit son incarnation. C'est à dire que Celui qui est Fils de Dieu depuis toujours est devenu Fils de l'homme, pour que que l'homme puisse devenir fils de Dieu par la grâce.

Il ne s'agit donc pas d'une théologie concernant uniquement les choses immatérielles, comme celle que l'on pourrait imaginer en pensant aux anges ou à une vie future, mais d'une théologie concernant l'être humain dans son entier: la vie du Seigneur dans sa propre chair est une réponse à l'homme de chair et d'esprit.

Quand Paul Evdokimov (étudié dans le premier cours) parle de d'union avec Dieu, ce n'est pas seulement une union concernant notre âme mais l'union avec tout ce que nous sommes.
Puisque le Seigneur incorpore l'être humain intégralement, ceci implique que l'être humain dans son entier s'unit à Dieu. Ceci est la force du christianisme à laquelle s'ajoute le fait qu'il se fonde sur un modèle: le Christ lui-même qui est l'être humain tel que Dieu l'a voulu. Adam ayant failli à sa vocation, c'est le Christ qui l'a accomplie. Nous avons donc une vision théocentrique de l'homme, c'est à dire une vision centrée sur Dieu.


Une théologie divino-humaine, les compétences humaines dans les mains de Dieu

Les théologiens byzantins ont utilisé les éléments préexistants dans la culture de leur époque afin de bâtir une théologie. C'est à dire une entreprise divino-humaine car l'homme ne peut connaître Dieu par ses propres capacités puisque Dieu est l'incréé, au-delà de la portée humaine.
Si une théologie était uniquement divine, elle serait un produit de Dieu sans être celui de l'homme, or elle est aussi humaine.
Les pères ont mis dans les mains de Dieu toutes leurs compétences humaines pour que Dieu puisse travailler à travers eux, afin de donner des réponses en vue du salut. En effet, une théologie se limitant à de simples réflexions sans être salutaire, n'est pas une théologie d'Église.


Une théologie qui utilise le concept grecque de la déification de l'homme

Meyendorff parle de la theosis "déification" et dit que ce terme a été trouvé dans la philosophie grecque. "La théologie byzantine n'était (...) rien d'autre qu'un effort et une lutte continuels pour exprimer la tradition de l' Église dans les catégories en cours de la pensée grecque, afin que l'hellénisme pût être converti au Christ."
Le théologien utilise les concepts philosophiques ou culturels de son temps pour être compris par ses contemporains. Tous les Pères de l' Église ont essayé de s'exprimer dans la langue de leur époque, ce que fit Dumitru Staniloae par exemple.
"Le principe de la théologie byzantine présente une même vision de l'homme: celui-ci est appelé à "connaître" Dieu, à "prendre part" à sa vie, à être "sauvé", non pas par une simple connaissance rationnelle de vérités proportionnelles, mais en "devenant Dieu".
On peut constater à quel point les Pères insistent sur le fait qu'on devient Dieu. Dans la vie de tous les jours, parler de cette manière pourrait surprendre et on n'ose peu le faire.


Une théologie qui est toutefois distincte préservée dans sa pureté

"Et cette déification de l'homme dans la théologie byzantine est radicalement différente du retour néoplatonicien à une Unité impersonnelle."
Les Pères ont su utiliser les notions de leur milieu tout en préservant les particularités propres à l'Église afin que la théologie ne soit pas contaminée par des notions exogènes à sa vie.
"A quelques exceptions près, comme la définition de Chalcédoine, les déclarations conciliaires elles-mêmes se présentent sous une forme négative; elles condamnent les déformations de la vérité chrétienne plutôt qu'elles n'établissent son contenu positif, celui-ci étant tenu pour acquis dans la tradition vivante en tant que vérité se situant au-dessus et au-delà des formules doctrinales. La majeur partie de la littérature théologique est soit exégétique, soit polémique, et dans les deux cas on considère la foi chrétienne comme une réalité donnée que l'on peut commenter ou défendre, mais que l'on n'essaie pas de formuler d'une manière exhaustive."
Il s'agit de trouver de nouvelles façons d'exprimer des choses impérissables. C'est ce qu'ont fait les Pères, c'est pour cela qu'ils sont appelés théologiens.


Une théologie libre de magistère sur de nombreux points et qui s'intéresse à l'essentiel: la r@ncontre avec Dieu

Contrairement à ce que l'on a pu voir dans les théologies occidentales qui tentent de définir ou de fonder un système de pensée qui couvre tout, la voie orientale est autre. Bien qu'elle traite les aspects importants pour le salut, elle n'a pas la prétention de tout couvrir ou de faire un exposé général de manière à circonscrire tout ce qui touche la vie chrétienne. En effet l'héritage théologique ne réside pas uniquement dans le discours qui est une forme de transmission mais également dans ce qui nous intéresse d'abord: la r@ncontre avec Dieu. L'expérience de ceux qui r@ncontrent Dieu peut se traduire par un discours mais aussi par une louange, une prière ou du genre.

Jean Meyendorff montre que l'expérience de l'Église se traduit par exemple par la liturgie (page 14). "Cette conception de l'Église centrée sur l'eucharistie conduisit les Byzantins à orner et à embellir le sacrement non seulement d'un cérémonial compliqué et parfois encombrant mais aussi d'une hymnographie extrêmement riche couvrant les cycles quotidiens, hebdomadaires, pascal et annuel. En outre l'ecclésiologie sacramentelle que l'eucharistie elle-même impliquait et ces cycles hymnographiques constituent une véritable source de théologie avec l'Écriture et les écrits des Pères." (La prière nous transmet donc un état d'esprit)
"Pendant des siècles, les Byzantins ont non seulement entendu des leçons de théologie, écrit et lu des traités, mais ils ont aussi chanté, psalmodié et contemplé tous les jours le mystère chrétien dans une liturgie dont la richesse d'expression n'est comparable à aucune autre dans le monde chrétien."

La liturgie est une grande richesse, car on y découvre des choses qui ne sont pas forcément écrites dans les discours. En effet, si l'on veut parler de Dieu, il faut tout d'abord Lui parler, et avant de Lui parler il s'agit qu'Il nous ait parlé.


Une théologie cataphatique éclairée par l'apophatisme: la plénitude dans le silence des passions et de l'intellect

(page 20) "Il est impossible de comprendre l'ensemble de la théologie byzantine, ni en particulier son aspect "expérientiel", si l'on ne tient pas compte de son autre pôle de référence: la théologie apophatique, ou négative".
(page 21) "C'est en exprimant ce que Dieu n'est pas que le théologien dit vraiment la vérité, car aucune parole ou pensée humaines ne sont capables de comprendre ce que Dieu est."
"Le processus d'élimination est donc une étape nécessaire dans la connaissance de Dieu. C'est une démarche intellectuelle, mais aussi une purification spirituelle (katharsis) qui écarte toute identification de Dieu avec ce que n'est pas Dieu, c'est-à-dire toute forme d'idolâtrie. Mais paradoxalement, ce processus ne permet pas en lui-même à l'homme de connaître Dieu, si ce n'est pas en tant que l'inconnaissable et l'Incompréhensible, même si l'expérience de cette transcendance est elle-même une expérience chrétienne positive."
Le véritable apophatisme n'est pas un concept intellectuel, il est très concrètement l'épuisement de toutes pensées discursives et dans le même temps il n'est pas un néant mais l'expérience d'une plénitude incommunicable. La prière est donc une voie théologique qui comporte des aspects que le discours ne peut exprimer.

L'apophatisme qui est absence de pensées discursives et plénitude, n'exclue pas toutefois le cataphatisme explicatif:
(page 23) "La théologie peut et doit se fonder sur l'Ecriture, ou sur les décisions doctrinales du magistère de l'Eglise, ou sur le témoignage des saints. Mais, pour être une vraie théologie, elle doit être capable d'aller au-delà de la lettre de l'Ecriture, au-delà des formules de définitions, au-delà du langage utilisé par les saints pour communiquer leur expérience."
Jean Meyendorff ose parler d'une vraie théologie, en suggérant donc qu'il en existe une fausse.


Une théologie que le chrétien devrait traduire dans ses actes

L'union avec Dieu c'est l'union avec l'Esprit Saint qui nous conduit à une inconnaissance au-delà de toute connaissance. C'est pourquoi il est difficile pour le chrétien de parler de la théologie dans le monde d'autant plus que les gens qui ne sont pas croyants diront: "Vous nous parlez de belles choses mais que faites-vous de concret dans le monde?"
En effet, nous vivons de nos jour d'une manière qui ne montre pas que nous sommes chrétiens, c'est une perte terrible pour les chrétiens. Car le Seigneur doit se manifester à travers nous de telle façon que tout le monde devrait pouvoir dire: "Gloire à Dieu" pour tel ou tel acte d'un chrétien, en accord avec la parole de notre Seigneur.

(page 23) "C'est pourquoi Byzance n'a jamais connu de conflit ni même de polarisation entre ce que l'occident nomme le "mysticisme" et la théologie. En fait, l'ensemble de la théologie chrétienne orientale a souvent été désignée comme "mystique". Le terme est en effet correct si seulement l'on se rappelle qu'à Byzance, une connaissance "mystique" n'implique pas un individualisme émotionnel, mais bien au contraire une communication ininterrompue avec l'Esprit qui demeure dans l'Eglise tout entière. Cela implique aussi que l'on reconnaisse de façon permanente l'inaptitude de l'intellect et du langage humain à exprimer intégralement la vérité".
Il est donc possible d'exprimer certains aspects du chemin chrétien mais au sujet de sa profondeur, à laquelle on peut participer progressivement, il n'est pas possible d'en dire grand chose.


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