INTRODUCTION

À L’ÉPÎTRE DE SAINT PAUL

AUX ÉPHÉSIENS


Par LE PÈRE MATTA EL MASKINE

Monastère de Saint Macaire Le Grand ©


monastere saint macaire

 

Table des matières

Introduction

Appréciations de l’épître aux Éphésiens

Authenticité de l’épître

Date de composition

Circonstances et objectifs

La vision théologique de l’épître aux Éphésiens

1. Aspects propres à la théologie de l’épître aux Éphésiens

A. Passer de la théologie théorique à la théologie spirituelle vécue

B. Étendre à l’Église ce qu’a fait le Christ

2. L’Église dans l’épître aux Éphésiens 

A. L’Église-Corps du Christ, vérité essentielle de la théologie du salut

B. L’Église-Corps du Christ, «Plénitude de Celui qui remplit tout en tout» (1:23) 

C. La forme de l’Église dans la perspective divine: le Temple de Dieu

D. L’Église-Corps du Christ est l’Homme Nouveau

E. «Ce mystère est grand»: l’Église, Épouse du Christ

3. Le rôle de l’Esprit Saint

A. L’Esprit des «derniers jours»

B. Le sceau de l’Esprit Saint

C. L’Esprit de la promesse et les arrhes de notre héritage

D. L’Esprit Saint «à la louange de sa gloire»

E.  L’Esprit de sagesse et de révélation

4. L’unification de l’humanité dans le Christ,

thème théologique fondamental de l’épître aux Éphésiens

A. L’Église capable de réunifier l’humanité

B. La paternité divine, toute puissante et toute aimante,garante de l’accomplissement de l’unité universelle

C. La Croix, principe de réconciliation

D. L’unité de la création et son extension aux êtres célestes

5. La clé de l’épître

Notes

Droits d'auteur et propriété intellectuelle

 


*

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Ce que les plus grands commentateurs ont dit de cette épître:

Paul a confié ses perceptions les

plus profondes aux Éphésiens, déjà fort

avancés dans la connaissance. L’épître

elle-même est remplie de pensées et

d’enseignements des plus sublimes.

S. Jean Chrysostome1

 

Elle est pleine de pensées sublimes

et transcendantes. Ce dont il n’a guère

parlé ailleurs, il l’expose ici avec grande clarté.

S. Jean Chrysostome2

 

Dans cette épître, l’enseignement

christologique parvient au comble de

l’élévation et embrasse le ciel et la terre!

H.A.W. Meyer3

 

matta el maskine et fils spirituel

 INTRODUCTION

 

 Appréciations de l’épître aux Éphésiens

L’épître aux Éphésiens jouit des appréciations les plus élogieuses de la part des grands théologiens de tous les temps qui l’ont analysée. Cela en soi prédispose à reconnaître l’importance souveraine de cette épître.

Que disent-ils?

Elle est la quintessence du paulinisme.

F.F. Bruce4, 1977.

Le couronnement de tout l’enseignement de S. Paul.

C.H. Dodd5, 1929.

Un hôte qui attend à notre porte.

M. Barth6, 1960.

C’est un véritable traité en forme d’épître.

R.H. Fuller7, 1960.

Elle est le Waterloo des exégètes.

E.J. Goodspeed8, 1933.

C’est une rhapsodie sur la théologie du salut.

E.J. Goodspeed9, 1933.

C’est comme un commentaire de toutes les épîtres de S. Paul.

E.J. Goodspeed10, 1933.

Une mosaïque des enseignements de S. Paul.

E.J. Goodspeed11, 1933.

Ce qu’il y a de plus divin qu’un homme ait jamais écrit.

S.T. Coleridge12, 1830.

C’est de toute évidence une épître catholique adressée à tout ce que l’on pourrait appeler le diocèse de S. Paul. Elle embrasse toutes les doctrines du christianisme.

S.T. Coleridge13, 1830.

La sublimité des sujets traités y est rendue par les paroles les plus sublimes que la langue humaine ait jamais exprimées.

H. Grotius14, 1645.

 

Cette épître a été considérée comme la plus riche et la plus élevée de toutes les épîtres. De fait, par la richesse du sujet traité, la profondeur de la doctrine, l’élévation des images qui l’expriment, la vive chaleur du style (qui s’élève par moments à ce qu’on appelle le ravissement), et par l’ardeur apostolique de l’exhortation, elle séduit le cœur, si bien que si le lecteur a la moindre étincelle d’intérêt pour l’Évangile, elle l’a fait éclater en un feu puissant.

S.T. Bloomfield15, 1841.

 

 Authenticité de l’épître

Les contestations portées par la critique indépendante contre cette épître ont atteint un degré extrême dans le jugement négatif et la dépréciation: la date de composition se reporterait, à ce qu’ils disent, au IIe siècle; l’auteur ne serait ni S. Paul, ni aucun des Apôtres; les destinataires ne seraient pas les Éphésiens; la langue et le style ne seraient pas ceux de S. Paul: le manque d’unité de la pensée mettrait en doute l’unité de composition; et pour finir, ils en rattachent la doctrine tantôt à celle des gnostiques, tantôt à celle des montanistes, tantôt à celle de la communauté de Qoumrân, sans parler d’innombrables autres aberrations.

Au lieu de répondre à ces critiques, constatons seulement qu’il n’y en a pas eu une qui n’ait soulevé une contre-critique, ni aucune affirmation dépréciant l’épître qui n’ait vu se lever contre elle une opinion pour déprécier cette même affirmation à son tour, au point que les critiques se sont retrouvés dans un océan sans fond de contradictions. C’est pourquoi nous nous limiterons à présenter les témoignages les plus valeureux des meilleurs théologiens et exégètes, anciens et modernes, affirmant l’authenticité de cette épître et son attribution à S. Paul. Qu’il nous suffise de reprendre la réponse du célèbre exégète allemand, H.A.W. Meyer, aux critiques portées contre cette épître:

«L’élévation de cette épître la met bien au-dessus des divergences et controverses (entre critiques), causées par la diversité des modes de pensées et d’expression en christologie. La place prééminente qu’elle occupe parmi les écrits du Nouveau Testament, comme témoignage et pierre de touche de la vérité, ne peut en aucun cas subir de préjudice, par suite de telles divergences et oppositions»16.



Nous le savons, quand S. Jean écrivit son Apocalypse, il commença par les sept Lettres adressées aux sept Églises, dont la première et la plus importante était celle d’Éphèse. La prédominance religieuse de cette Église était donc bien connue de S. Jean vers l’an 96.

Les premières réminiscences de l’épître aux Éphésiens apparaissent dans les écrits de S. Clément de Rome, dans sa Lettre aux Corinthiens, vers l’an 95.

De même on trouve plusieurs emprunts de cette épître dans les Lettres de S. Ignace d’Antioche (vers 110), dans Le Pasteur d’Hermas (vers 140), et dans la Lettre de S. Polycarpe aux Philippiens (avant 156).

Le premier à avoir cité explicitement l’épître aux Éphésiens, comme écrit canonique et comme épître de S. Paul, est S. Irénée17, vers la fin du IIe siècle, suivi par Clément d’Alexandrie18 et Origène19.

Dès l’aube de l’histoire du Canon des Écritures, l’épître aux Éphésiens y occupe une place solidement attestée; ainsi on la trouve déjà dans un papyrus qui remonte à l’an 200 de la collection de Chester Beatty cette collection de papyrus découverte en 1931 à Panopolis (Akhmîm) en Haute-Égypte, contenant la majorité des livres de la Bible.

Elle est également mentionnée dans le Canon de Muratori, daté de la fin du IIe siècle et considéré comme la plus ancienne liste déterminant les écrits canoniques du Nouveau Testament; l’épître aux Éphésiens y est clairement attribuée à S. Paul (ligne 51).

D’une manière générale, l’École anglaise, comme à son habitude20, s’est attachée à défendre énergiquement l’authenticité de cette épître et son attribution à S. Paul. Les éminents biblistes qui sont intervenus dans ce domaine sont: F.J.A. Hort, B.F. Westcott, J. Armitage Robinson, T.K. Abbott, W. Barclay, suivis par bien d’autres exégètes d’autres pays, comme L. Cerfaux, F.Foulke, H. Schlier, P. Benoît.

La défense la plus importante de l’authenticité de l’épître reste celle de F.J.A. Hort21, le collègue de Westcott. Et l’étude la plus récente sur l’authenticité de l’épître est celle de l’exégète hollandais contemporain A. Van Roon22.

 

 Date de composition

Pour le célèbre exégète anglais J.B. Lightfoot, l’épître aux Éphésiens aurait été écrite à Rome, durant l’emprisonnement de S. Paul, à la suite des épîtres aux Philippiens et aux Colossiens23.

 

 Circonstances et objectifs

Chaque épître a ses circonstances et ses objectifs. Pourquoi a-t-elle été écrite ? Et pour qui a-t-elle été écrite ? Cependant l’absence de circonstances particulières et d’objectif déterminé qui aient motivé l’écriture de l’épître aux Éphésiens constitue une de ses caractéristiques les plus importantes. Du début à la fin, l’inspiration de Paul coule librement. Aucun problème ne vient perturber sa pensée, aucune déviance doctrinale ni morale des destinataires ne trouble la pureté de son élan. Aussi cette épître est-elle la seule que saint Paul ouvre par un long cantique céleste louant et glorifiant Dieu, qui nous a accordé les grâces de l’Esprit préparées pour nous dans le Christ, et offertes à nous de toute éternité dans les cieux. Dans son élan, saint Paul dépasse la terre et les cieux mêmes pour aller au-delà, avant la création du monde, pour nous y voir là-bas, avant le temps, déjà choisis dans le Christ.

L’âme de saint Paul plane dans cette épître bien haut au-dessus de l’univers, par delà la terre, le ciel et le temps, n’ayant d’autre souci que cette part de choix qui nous est préparée et à laquelle il nous appelle, part qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, tout ce que nous avons déjà reçu et tout ce dont il a été question dans les épîtres précédentes.

Il commence par évoquer ce que nous avons déjà reçu de cette part de choix :

  • «Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans reproche devant Lui, dans l’amour.

  • Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté,

  • à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.

  • En lui (le Bien-aimé) nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce,

  • Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser dans la plénitude des temps [à savoir] :

  • rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre, en lui. (dans le Christ).

  • En lui aussi après avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit Saint de la promesse,

  • cet Esprit qui constitue les arrhes de notre héritage, en vue de la rédemption» (Éph. 1,1-14).

Mais ce qui préoccupe le plus saint Paul, ce pourquoi il prie afin que nous en recevions notre part, c’est :

1. « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître; qu’il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle est l’extraordinaire grandeur de sa puissance envers nous les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée dans le Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. Et il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout » (Éph. 1,17-23).

Saint Paul prie plus ardemment pour que nous comprenions la fin de toute chose, déjà réalisée en Christ : le Christ est devenu la Tête de l’Église; l’Église est son Corps et elle est la Plénitude de celui qui remplit tout en tout.

Si nous comprenons cela, si nous le percevons bien, il prie encore, mais cette fois-ci pour que nous recevions ce qu’il considère être l’essentiel du christianisme :

2. « Qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » (Éph. 3,16-19).

Dans sa première intercession, saint Paul prie instamment pour que nous comprenions que Dieu a constitué le Christ Tête pour l’Église, et que celle-ci, étant son Corps, est devenue la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout.

Mais dans sa seconde intercession, il prie intensément pour que, fondés dans l’amour, nous puissions connaître avec tous les saints l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance et que nous soyons remplis de plus en plus, nous dirigeant vers toute la plénitude de Dieu.

L’explication de ces choses viendra au cours du commentaire de l’épître. Mais ce que nous pouvons affirmer déjà, au sujet des circonstances et des objectifs qui auraient motivé l’écriture de cette épître, c’est que, contrairement à toutes les autres épîtres, l’inspiration de saint Paul n’y est conditionnée par aucune erreur doctrinale des destinataires, par aucune déviation morale de leur comportement, par aucune dérive de leur pratique cultuelle. C’est pourquoi il a pu s’élancer librement dans l’espace infini du Christ pour nous dévoiler l’extrême profondeur de la gloire préparée pour l’Église, et nous annoncer l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance et qui nous habilite à être de plus en plus remplis par l’Esprit, nous dirigeant vers toute la plénitude de Dieu.

Le comment de ces choses nous le verrons par la suite.

Quant au destinataire auquel il adresse ces choses, c’est bien toi-même, cher lecteur. Ouvre ton cœur et demande l’Esprit de sagesse et de révélation, non seulement pour comprendre, mais pour être rempli.

 

 La vision théologique

de l’épître aux Éphésiens

 

1.  Aspects propres à la théologie

de l’épître aux Éphésiens

 

A.  Passer de la théologie théorique à la théologie spirituelle vécue

Dans cette épître nous n’entendons guère parler de la nature du Christ, mais plutôt «que le Christ habite dans vos cœurs par la foi» (3:17), et cela «...en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu» (3:19). De même, Saint Paul ne s’en tient pas dans cette épître, par exemple, à la seule incitation à l’amour, mais il dit: «...afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu» (3:17-19).

Quand il nous dévoile le mystère du Christ, que Dieu son Père l’a élevé au-dessus de tous les cieux, il n’en reste pas là, comme dans les autres épîtres, mais il va plus loin précisant qu’il est «monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir» ! Et il continue : «...afin de rendre les saints parfaits pour l’œuvre du ministère en vue de la construction du Corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4:12 13).

 

B.  Étendre à l’Église ce qu’a fait le Christ

Nous avons là l’aspect le plus spécifique de l’épître aux Éphésiens.

Alors que dans son épître aux Colossiens, Saint Paul concentre sa méditation sur le Christ dans sa divinité et sa gloire, aussi bien avant la création, que dans son rapport avec les créatures :

«Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui... car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude, et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix» (Co. 1,15-20) ;

Voilà que, dans l’épître aux Éphésiens, il met l’accent sur l’Église:

«Que le Dieu de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître! Qu’il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle est l’extraordinaire grandeur de sa puissance envers nous les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée dans le Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. Et il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout» (Éph. 1,17-23).

Dans cette description de tout ce que Dieu a réalisé dans le Christ, relevons que saint Paul commence par dire: «envers nous les croyants», poursuit en disant: «pour l’Église» (  τῇ ἐκκλησίᾳ), et conclut en précisant que l’Église «est son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout».

Ainsi, tandis que dans l’épître aux Colossiens, c’est en Christ qu’ont été créées toutes choses: «...car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui» (Co. 1,16), dans l’épître aux Éphésiens nous retrouvons toutes ces créatures mises sous ses pieds. De fait par suite de son ascension au plus haut des cieux, les créatures spirituelles se sont trouvées sous ses pieds: «... Il l’a ressuscité d’entre les morts (dans son corps) et l’a fait siéger à sa droite, dans les cieux (avec son corps), bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer... Il a tout mis sous ses pieds» (Éph. 1, 20-22).

Mais ce qui attire le plus notre attention et nous surprend vraiment, c’est que Dieu «l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église». Autrement dit, tout ce que le Christ a obtenu en termes de victoire et de puissance sur les forces du monde, au ciel et sur la terre, est désormais pour l’Église.

Puis subitement Saint Paul nous dévoile le mystère ultime du Christ: «L’Église est son Corps»! Et par suite elle est «la Plénitude de celui qui remplit tout en tout»!

Nous avons là un regard nouveau sur la théologie du salut. Car nous avons pris l’habitude d’attribuer au Christ, sans aller plus loin, tous les évènements salvifiques : l’Incarnation, la Passion, la Crucifixion, la mort du Christ, sa Résurrection, son Ascension et sa session à la droite de Dieu. Le Christ est le Seigneur et le Sauveur, par qui Dieu a effectué le salut, se réconciliant ainsi l’humanité. Mais dans l’épître aux Éphésiens, Saint Paul prolonge cette vision du salut avec tous ses aspects, pour montrer que l’immense force divine déployée dans le Christ dans sa Résurrection d’entre les morts et son Ascension au ciel avec son corps est la source de «l’extraordinaire grandeur de sa puissance envers nous les croyants», et que la majesté et la gloire que le Christ a acquises, par un immense privilège, au-dessus de toutes les forces cosmiques, visibles et invisibles, au ciel et sur la terre, sont également «pour l’Église, laquelle est son Corps». 

Ici la théologie du salut s’élargit du Christ à l’Église où le Christ s’est établi avec toute la force de son salut et de son pouvoir, au-dessus de tout ce qui est au ciel et sur la terre, pour en être la Tête et la diriger avec ces mêmes forces de salut et de pouvoir. Ici le Christ ne peut être considéré indépendamment de l’Église, car s’il en est la Tête, elle est son Corps. Cela veut dire que le Christ est devenu pour l’Église tout à la fois la Tête et le Corps ; ou encore que l’Église est devenue pour le Christ toute son œuvre, toute sa pensée, et les membres mêmes de son Corps!

«Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d'avance (dans le Christ) pour que nous les pratiquions.» (Éph. 2:10).

«Nous sommes les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os» (Éph. 5,30)

«Et nous l’avons, nous, la pensée du Christ» (1 Cor. 2,16).

C’est ainsi que Saint Paul rassemble toute la théologie du salut avec tous ses évènements depuis l’Incarnation jusqu’à l’Ascension et la session à la droite du Père, et la confie à l’Église pour qu’elle l’annonce, l’enseigne, en témoigne, et pour qu’elle œuvre en permanence à son achèvement. Saint Paul va jusqu’à considérer l’Église comme responsable d’annoncer aux Principautés et aux Puissances jusque dans les cieux, ce que Dieu a réalisé par le Christ Jésus !

«A moi… a été confié… de mettre en lumière pour tous la participation au Mystère caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses par Jésus- Christ, pour que, par le moyen de l’Église, soit manifestée maintenant aux Principautés et aux Puissances dans les cieux la sagesse de Dieu, aux multiples facettes, selon le dessein éternel qu’il a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Éph. 3,9-11).



 2. L’Église dans l’épître aux Éphésiens

 

 A. L’Église-Corps du Christ, vérité essentielle de la théologie du salut

«L’Église est le Corps du Christ». D’où vient cette expression? A-t-elle une valeur théologique ou est-elle un simple titre traditionnel de l’Église?

Cette expression est caractéristique de l’épître aux Éphésiens où elle reçoit un sens plus développé et plus élevé que dans les autres épîtres. Rassemblons ce qui a été dit dans l’épître aux Éphésiens à ce propos:

«Il l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps» (1,22-23)

«... les réconcilier (les juifs et les païens) avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la croix» (2,16)

«Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu.» (4,4)

«...afin de rendre les saints parfaits pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ.» (4,12)

«C’est de lui que le Corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour» (4,16)

«Nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin, comme le Christ le fait pour l’Église. Parce que nous sommes les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os» (5,29-30)

Nous devons bien comprendre que cette figure de l’Église comme Corps du Christ rend compte d’une réalité non visible, prise dans sa totalité24. Car on ne peut s’imaginer une forme matérielle de l’Église en tant que Corps. Et cependant elle est pleinement visible dans toute communauté unie par l’Esprit, la foi et le baptême, adorant le Christ, glorifiant son Nom et le reconnaissant comme Fils de Dieu incarné, Rédempteur et Sauveur. Le Corps du Christ est une réalité divine non visible, et toute Église, quelque petite soit-elle et quelque réduit soit le nombre de ses fidèles, est le Corps du Seigneur. Le Corps du Seigneur est un et indivisible, mystérieux à l’extrême, mais il nous est possible de le voir dans le pain offert sur l’autel. Toutes les Églises du monde réunies, toutes les Églises de tous les siècles, sont le Corps du Christ, mais on ne peut les considérer comme plénitude de la taille du Christ que si elles atteignent l’unité dans la foi et l’amour.

Cette expression «l’Église-Corps du Christ» exprime l’essentiel de l’œuvre du salut dès l’origine. Quand nous disons que le Christ s’est incarné, c’est déjà la semence de l’Église. C’est dire qu’il a pris de l’humanité un corps né d’une vierge, d’une naissance sanctifiée par l’action de l’Esprit Saint, sans intervention humaine. Il a pris un corps complet, qui représente l’humanité entière, un corps qui contient tout ce qui appartient à l’homme : âme, corps et esprit, mais sans péché. Né «par l’Esprit Saint de la Vierge Marie», ce corps est «notre corps», car en lui le Verbe s’est uni à notre humanité d’une union parfaite. Dans ce corps il a été crucifié. «Lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps» (1 Pi 2,24). Dans ce corps il est mort, mettant fin au verdict de mort qui pesait sur nous. Ainsi, c’est par le corps du Christ que nous avons été réconciliés avec Dieu, sanctifiés dans le Christ et que nous sommes devenus enfants de Dieu. C’est avec ce même corps qui est «notre corps», qu’il est ressuscité d’entre les morts, monté aux cieux et qu’il s’est assis à la droite du Père. Saint Paul nous éclaire là-dessus ainsi:

«Alors que nous étions morts par suite de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ, - c’est par grâce que vous êtes sauvés! - avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus» (Éph. 2, 5-6).

Telle est la première image de l’Église, incorporée au Christ.

Il est clair que «nous sommes l’Église» dont il est question, celle qu’il a ressuscitée et fait asseoir avec lui, qui est elle-même le Corps qu’il a assumé.

L’Église est donc «le Corps du Christ». Elle a été créée en lui le jour où il est né, en ce même corps qu’il a assumé, qu’il a ressuscité des morts, avec lequel il est monté au plus haut des cieux, et qu’il a fait asseoir à la droite du Père.

Toute l’œuvre de la Rédemption accomplie par le Christ en son corps est donc pour l’Église et lui appartient.

Si le Christ s’est uni à nous en son corps, le «Corps du Christ» est le lieu de rencontre du Christ avec l’humanité. Bien plus qu’une simple rencontre, il s’agit d’une union. Dans l’Église nous sommes unis au Christ, non de par notre propre initiative ou par un quelconque effort de notre part, mais en raison de l’union que lui-même a opérée avec nous, en ce corps qu’il a pris de nous, par amour et par déférence. C’est là le sens de la prophétie de l’Emmanuel: «Voici, la vierge est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel (Dieu-avec-nous)» (Is. 7,14). Notre rencontre avec le Christ dans «l’Église qui est son Corps» est une rencontre vivante, réciproque et effective, actuelle et permanente:

«Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga. 2,20).

«Vous êtes en moi et moi en vous» (Jn. 14,20)

«Le Christ en vous, espérance de la gloire !» (Col. 1,27).

Tel est ce que saint Paul demande avec insistance pour nous, une fois que nous avons été fortifiés par l’Esprit Saint, la prière et la foi:

«Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi» (Éph. 3,17).

Toutes ces expressions viennent du fait que l’Église est le Corps du Christ, et que l’Église, c’est nous : «Sa maison, c’est nous» (Héb. 3,6). En elle se vérifie la parole du Christ: «Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Mt. 18,20).

Quand nous sommes réunis dans l’Église, par la prière, nous sommes en réalité réunis en Lui, en son propre Corps, avec sa propre personne. Nous sommes unis à lui d’une union mystique, sanctifiante et vivifiante. De cette union nous recevons notre être nouveau, christique, nous vivons déjà la réalité de notre résurrection et de la gloire future qui nous est réservée en lui et avec lui: «Le Christ en vous, espérance de la gloire !» (Col. 1,27).

Il nous faut donc bien remarquer que l’expression «L’Église est le Corps du Christ» n’est pas une simple désignation conventionnelle de l’Église, héritée de l’usage traditionnel, ni une simple donnée théologique théorique. Quand nous disons: «L’Église est le Corps du Christ», nous parlons de notre salut. Cette expression théologique traduit l’œuvre salvifique du Christ dans son incarnation rédemptrice ; elle exprime l’aboutissement de la théologie dans notre vie et dans notre relation avec le Christ et avec Dieu.

Quand l’apôtre Paul dit dans l’épître aux Éphésiens que l’Église est son Corps, il présente cela comme une vérité acquise qui n’a pas besoin d’être expliquée ou commentée:

«Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout» (Éph. 1, 22 - 23).

Il s’appuie en cela sur ce qu’il a déjà exposé dans toutes ses précédentes épîtres.

Mais ce qu’il y a de neuf dans l’épître aux Éphésiens à propos de l’Église, c’est que Saint Paul lui attribue les œuvres du Christ, du fait qu’elle est son Corps et que lui en est la Tête. Saint Paul considère qu’il revient à l’Église d’accomplir le plan final de Dieu envers l’humanité, plan révélé dans le Christ : rassembler toute l’humanité en un seul Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude (Éph. 1,10 ; 4,13). Cet objectif peut sembler dépasser les capacités de l’Église, mais ce qui s’est passé de fait au cœur même de l’histoire, à la vue du monde entier, montre bien la puissance divine extraordinaire dont Dieu a pourvu l’Église, du fait qu’elle est réellement et en toute vérité le Corps mystique du Christ. L’Église est la Création nouvelle, qui s’est élevée par une nouvelle force spirituelle et créatrice au-dessus des déficiences de la nature humaine, pour former une Église vivante et authentique, à partir de groupes humains ayant vécu jadis des milliers d’années dans une inimitié irréductible, des conflits et des guerres interminables, tels le peuple juif et les nations païennes.

L’union harmonieuse et solide que l’Église a réalisée entre juifs et païens témoigne de la puissance de réconciliation du Christ accordée à l’Église. Sur la base de cette première union exemplaire, l’Église a posé ses puissantes assises et s’est édifiée au moyen d’autres réconciliations entre peuples et nations, défiant barrières et oppositions de toutes sortes, raciales, ethniques, culturelles, morales, sociales, civiles. Et voilà l’Église répandue à travers le monde, œuvrant sans cesse pour plus de réconciliation, de paix, d’entente, d’union et de relations entre tous les peuples de la terre.

Si nous considérons bien l’union spirituelle initiale réalisée dans l’Église entre juifs et païens, nous y trouvons le paradigme de l’œuvre de la grâce dans l’Église pour y créer de fait un seul Homme Nouveau en une seule Église et un seul Corps, à partir des deux parties les plus conflictuelles de l’humanité, entre lesquelles il était impossible jadis, par quelque moyen que ce soit, d’établir une quelconque réconciliation, paix ou union. Saint Paul exulte de joie en décrivant cette union, preuve éclatante de la grâce de Dieu accordée à Église:

«C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux (juifs et païens) a fait une unité, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps (son Corps qui est l’Église) par la Croix: par elle il a tué la Haine... Car vous êtes bâtis sur la fondation des apôtres et des prophètes, avec Jésus Christ lui-même pour pierre angulaire. C’est en lui que tout l’édifice parfaitement coordonné grandit en un temple saint dans le Seigneur» (Éph. 2:14-16, 20-22).

Ainsi les desseins éternels de Dieu confiés au Christ, ont été assumés par l’Église, quand le Christ lui donna en partage tout ce qu’il avait, l’Église étant son Corps, et lui en étant la Tête.

Cette relation mystérieuse par laquelle le Christ a confié à l’Église sa puissance et son pouvoir, afin qu’elle puisse réaliser de tels objectifs, Saint Paul la décrit ainsi, comme nous l’avons déjà vu, dans l’épître aux Éphésiens:

«Quelle est l’extraordinaire grandeur de sa puissance envers nous les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée dans le Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance. Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. Et il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout» (Éph. 1,19-23).

Ainsi après avoir entendu parler du dessein éternel de Dieu confié au Christ «...pour le réaliser dans la plénitude des temps : rassembler toutes choses dans le Christ, les êtres célestes comme les terrestres...» (Éph. 1:10), nous apprenons que cet idéal divin conforme au plan éternel de Dieu, le Christ, à son tour, en a confié la réalisation au cours des siècles à l’Église, celle-ci étant «son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout», et lui-même en étant la Tête, qui la guide et la conduit dans l’accomplissement de sa mission.

Et maintenant, si nous rassemblons les deux paroles:

La première:

«Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance, pour le réaliser dans la plénitude des temps: rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre» (Éph.1,9-10).

Et la seconde:

«...le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie et de tout autre nom qui se pourra nommer... Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout» (Éph. 1,20-22).

Il devient évident que la supériorité du Christ, ses privilèges, ses aptitudes extraordinaires et le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses, tout cela est devenu désormais l’apanage de l’Église. Nous comprenons alors que tout ce que Dieu a déployé dans le Christ, l’a été afin qu’il devienne Tête pour l’Église, et que l’Église, qui est son Corps, soit effectivement digne de devenir par lui la Plénitude de celui qui remplit tout en tout. Qu’il nous soit bien clair maintenant que le Fils de Dieu s’est incarné en vue de cet objectif ultime: créer l’humanité nouvelle en son Corps, qui est l’Église.

Nous percevons alors combien «rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre» est par conséquent l’œuvre assignée à l’Église, afin qu’elle l’accomplisse pour le Christ, puisqu’elle est son Corps, et que lui-même la conduit et la dirige pour qu’elle réalise ainsi la plénitude du plan divin.

A cela qui semble déjà dépasser notre entendement et tout ce que nous pouvons imaginer, saint Paul ajoute une parole qui dévoile le rôle de l’Église et sa responsabilité auprès même des Principautés et des Puissances dans les cieux:

«… pour que, par le moyen de l’Église, soit manifestée maintenant aux Principautés et aux Puissances dans les cieux la sagesse de Dieu, aux multiples facettes, selon le dessein éternel qu’il a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Éph. 3,8-11).

Il ressort de cela que l’Église a un rôle important et mystérieux auprès des êtres célestes, aussi bien qu’auprès des terrestres, dans la révélation du dessein caché en Dieu depuis les siècles: rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre.

Mais le fait nous paraît étrange: l’Église peut-elle assumer ce rôle merveilleux?

Nous savons que le Christ a doté l’Église de puissances inhabituelles. La première et la plus grande d’entre elles est celle de l’Esprit Saint, par lequel elle est habilitée à parler au nom de Dieu, avec toute l’efficacité agissante et créatrice de la Parole divine, apte à guérir et à réconforter.

Écoutons le Christ dire à ses disciples: «Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé» (Luc 10,16). Cette affirmation veut bien dire que l’Église est désormais dotée du pouvoir de Dieu, efficient, irrésistible et irrécusable. C’est ce que reprend l’apôtre Paul: «Nous vivons dans la chair, évidemment, mais nous ne combattons pas selon la chair. Non, les armes de notre combat ne sont point charnelles, mais elles ont, au service de Dieu, la puissance de renverser les forteresses. Nous renversons les sophismes et toute puissance altière qui se dresse contre la connaissance de Dieu, et nous faisons toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ. Et nous sommes prêts à châtier toute désobéissance, dès que votre obéissance sera parfaite» (2 Co. 10,3-6).

Par ailleurs nous savons que le Christ a communiqué son pouvoir au ciel et sur la terre aux ministres de l’Église: «En vérité je vous le dis: tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié» (Mt.18,18). Lui-même sera personnellement avec eux, avec tout son pouvoir, toujours et jusqu’à la fin du monde: «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde» (Mt. 28,l8-20).

«Comme le Père ma envoyé, moi aussi je vous envoie» (Jn. 20,21).

Ainsi, l’Église marche sur terre sur les pas du Christ «ayant pour chaussures aux pieds, la promptitude pour annoncer l’Évangile de la paix» (Éph. 6,15). Elle essuie les larmes de ceux qui pleurent avec les mains du Christ, elle console les cœurs affligés avec son amour et sa grâce, elle pense avec la pensée du Christ: «Et nous l’avons, nous, la pensée du Christ» (1Co. 2,16), elle parle et tranche avec le pouvoir de sa parole: «Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus» (Jn. 20:23).

La question maintenant est la suivante: Ne vois-tu pas avec moi, cher lecteur, que Dieu a confié à l’Église effectivement tout ce qui appartient au Christ? Qu’elle a été chargée en fait de continuer son œuvre et d’accomplir tous les desseins que Dieu a conçus dans le Christ? C’est pourquoi elle a reçu sa promesse véridique qu’il sera toujours avec elle, qu’il parlera par sa bouche, et mènera jusqu’au terme toute son œuvre, jusqu’à la pleine réalisation de tous les desseins que Dieu a conçus dans le Christ Jésus.

Ce qui nous manque, mais je ne pense pas que cela manque à l’Église, c’est l’accomplissement. L’Église a-telle accompli sa mission? Et l’Église de répondre en s’excusant: «J’essaie et je m’efforce; que ne me donnez-vous la main ?» Tant que l’Église existe en ce monde, son objectif persiste.

 

 B. L’Église-Corps du Christ, «Plénitude de Celui qui remplit tout en tout» (1:23)

Dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul ne se suffit pas de dire que l’Église est le Corps du Christ, mais il va plus loin dans l’identification de l’Église au Christ, en disant qu’elle en est la Plénitude. Ainsi, l’Église n’est pas un corps qui pourrait avoir, indépendamment du Christ, sa propre puissance, sa force, sa grandeur ou sa beauté, mais c’est par son identification au Christ qu’elle reçoit de lui force, puissance, grandeur et beauté. Elle est «sa Plénitude»; autrement dit, l’Église contient le Christ dans toute sa perfection, il la remplit et elle en est la Plénitude. Il la remplit de tout son pouvoir, et elle agit avec tout ce pouvoir. Et comme il remplit tout, elle qui le contient amène tout à être rempli de lui. Et de même qu’il est présent en tout, elle, qui est en lui et qui est sa Plénitude, remplit tout en tout.

Tel est le décret de Dieu dans son dessein depuis les siècles: que l’Église, portant en elle l’être du Fils de Dieu et le corps de l’humanité, devienne l’expression entière et parfaite du Christ, remplie de toute la Plénitude du Christ. Ainsi le Christ n’aura pas quitté son œuvre sur terre sans lui garantir le parfait accomplissement jusqu’à la fin des temps.

Pour bien comprendre la Plénitude de l’Église dont parle l’épître aux Éphésiens, il nous faut revenir à la Plénitude du Christ mentionnée dans l’épître aux Colossiens, où saint Paul dit du Christ:

«Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude» (Co. 1,19), autrement dit, toute la Plénitude de la Divinité habite désormais son corps.

«Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude...» (Co. 2,9-10) dans le sens que la Plénitude de la Divinité habite son corps, pour que nous en soyons nous-mêmes remplis.

«Toute la Plénitude de Dieu»

II ressort des paroles de saint Paul au troisième chapitre de l’épître aux Éphésiens, qu’après que le chrétien ait reçu le Christ en son cœur «Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi» (Éph. 3,17), l’accès lui est largement ouvert, grâce à la Plénitude du Christ jusqu’à toute la Plénitude de Dieu: «en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la Plénitude de Dieu» (Éph. 3,19). Cela rejoint l’affirmation de l’Évangile selon Saint Jean: «Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité... Oui, de sa Plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce» (Jn. 1,14 et 16).

Ici, l’accord entre la pensée spirituelle et théologique de saint Paul et l’Évangile de S. Jean est évident. Cependant saint Paul reprend et exprime d’une nouvelle façon l’achèvement de cette plénitude divine qui est en Christ et qui nous est ouverte en lui sans restriction. Il la présente sous la forme d’une croissance effective qui s’étend et s’étend, jusqu’au plein achèvement:

«Et celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir. C’est lui encore qui a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, afin de rendre les saints parfaits pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,10-13).

I1 ressort de cela que l’Église atteint la taille du Christ dans sa plénitude à travers une œuvre d’édification et de croissance qui se déploie dans le temps. En vue de cela, le Christ a doté l’Église de charismes variés départis à diverses catégories d’élus, afin qu’elle parvienne à assimiler tous les mystères et les dons du Christ.

Mais remarquons bien le fil conducteur de toute la pensée de saint Paul. Dès le début, elle est gouvernée par ceci : comment toute la plénitude habitera en Christ, comment Dieu rassemblera toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre, comment cela se réalisera effectivement par la participation et la collaboration de l’Église. Ce thème est symétrique de celui de la plénitude de l’Église.

Car de même que l’Église s’emplit du Christ pour devenir sa Plénitude, de même le Christ s’emplit de l’Église et de tous les êtres célestes et terrestres, selon le plan divin de «rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre» (Éph. 1,10).

Ainsi, quand de part et d’autre existe ce désir constant, cette quête de la plénitude réciproque, celle-ci se produit immanquablement, parvient à la perfection, et porte du fruit à la gloire de Dieu. Dieu veut et agit pour rassembler l’Église et toutes choses dans le Christ, autrement dit, pour que le Christ soit parfaitement rempli de toutes choses. De même, Dieu veut et agit pour que l’Église s’emplisse de la Plénitude du Christ.

Ce qu’a dit saint Paul dans son épître aux Colossiens «Tout a été créé par lui et pour lui... Tout subsiste en lui… Car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude» (Co. 1,16,17,19), il en développe la réalisation effective dans l’épître aux Éphésiens, en insistant sur la nécessité de la participation et de la collaboration de l’Église:

«…Pour réaliser (ce dessein) dans la plénitude des temps, à savoir : rassembler toutes choses dans le Christ» (Éph. 1,10).

«Il est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir» (Éph. 4:10).

«…Jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble…à former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa Plénitude» (Éph.4:1 3).

«C’est de lui que le Corps tout entier, coordonné et bien uni… réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour» (Éph. 4:16).

 

 C. La forme de l’Église dans la perspective divine:
le Temple de Dieu

Après que saint Paul ait présenté l’Église comme Corps du Christ, on se serait attendu qu’il poursuive en lui attribuant la forme ou les qualités d’un corps. Bien qu’il mentionne cela occasionnellement (Éph. 4,16), il concentre plutôt son discours sur l’Église en la présentant comme «temple de Dieu».

L’Église est le temple de Dieu, la demeure de Dieu dans l’Esprit:

«Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes; vous êtes concitoyens des saints et membres de la maison de Dieu, bâtis sur la fondation des apôtres et des prophètes, avec Jésus Christ lui-même pour pierre angulaire. C’est en lui que tout l’édifice parfaitement coordonné grandit en un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous aussi, vous êtes bâtis ensemble pour former une demeure de Dieu dans l’Esprit» (Éph. 2,19 22).

Présentée ainsi, l’Église apparaît sous la forme d’un temple, mais d’un temple céleste «saint dans le Seigneur», d’une «demeure de Dieu dans l’Esprit». Autrement dit, l’Église est présentée comme un nouveau ciel sur la terre, pour autant qu’elle est le temple et la demeure de Dieu, et que les saints y sont tous concitoyens et membres de la maison de Dieu. L’Église les a tous rassemblés dans son sein, ceux de l’ancienne comme ceux de la nouvelle alliance.

Cette image de l’Église, qui reçoit ici un développement nouveau, est déjà évoquée succinctement, dans la première épître aux Corinthiens:

«Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et ce temple, c’est vous» (1 Co. 3,16-17).

Ces deux descriptions du temple ont ceci de commun: le rôle essentiel de l’Esprit Saint, comme principe secret de la construction et de la cohésion de l’édifice tout entier. Or l’Esprit Saint, de par sa nature même, transcende tout le monde créé avec toutes ses formes matérielles et terrestres. Sa seule mention comme principe essentiel du temple, élève donc celui-ci du niveau des créatures terrestres à celui d’une réalité surnaturelle et mystérieuse.

L’Église devient alors en réalité un Corps spirituel invisible, qui vit, agit, subsiste et se développe, et dans lequel Dieu demeure souverainement, et l’homme vit et respire par l’Esprit: «Nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit» (1 Co. 12,13).

Saint Pierre a contemplé cet aspect mystérieux de l’Église, et l’a exprimé par des termes qu’il faut prendre au sens surnaturel:

«...Si vous avez goûté combien le Seigneur est excellent. Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ» (1 Pi. 2,3-5).

Quand saint Pierre dit de l’Église qu’elle est formée de pierres vivantes, qu’elle est un édifice spirituel, il exprime par ces termes la nature suprasensible de l’Église: l’Esprit Saint édifie une maison pour Dieu, en tout point céleste, à partir des pierres vivantes que sont les fidèles qu’il a rendus dignes de cela.

La vérité qui ne doit pas échapper à l’esprit, c’est que dans l’Église-Corps du Christ ou Temple spirituel, l’être humain ne peut avoir une vie autonome, séparée du Christ.

Que nous disions: Corps, Temple, Maison ou Demeure, il s’agit toujours de l’œuvre de l’Esprit Saint, principe d’unité, qui réalise une communion existentielle entre l’humanité et le Christ. La personne humaine dans le Christ, ou dans le Temple de Dieu, vit avec le Christ une vie d’union dans l’Esprit. Dieu par l’Esprit habite le Temple, et le Christ y est toujours présent en une invisible union, car le Temple est son propre corps offert à Dieu.

Il est clair que le choix de saint Paul d’employer la figure du Temple concurremment à celle du Corps, pour exprimer l’union existentielle du Christ et des fidèles, reflète son désir de surélever l’être suprasensible de l’Église au-dessus de son existence terrestre et temporelle. Notons que dans l’épître aux Éphésiens saint Paul réfléchit comme s’il avait dépassé l’ère temporelle de l’Église et cessé d’attendre le retour imminent du Seigneur dans la Parousie. Il ne mentionne plus celle-ci, de même qu’il cesse d’accuser la fuite du temps. Tous ces sentiments, Saint Paul s’en est défait dans l’épître aux Éphésiens et il s’élance, le regard rivé sur le ciel, considérant l’Église au-dessus du temps, comme si elle avait achevé sa course dans l’histoire. Il la voit alors, soulevée par la grâce, au-dessus de l’histoire, de la nature et du temps, portée dans le Corps invisible du Christ qui remplit le ciel et la terre, sous les pieds duquel tout a été soumis ; et il voit le Christ «constitué au sommet de tout Tête pour l’Église». 

La petite Église judéo-chrétienne de Jérusalem, avait fini de s’arracher à son passé étroit. S’étant défait de l’attachement rigoureux à la circoncision et au sabbat, elle s’étendait, plongeant ses racines dans l’humus des nations dans le monde entier. Elle commençait à tenir son rôle comme centre d’unité destiné à rassembler toutes les générations de l’humanité exilée sur la terre, pour les faire jouir du nouveau mode d’existence dans le Christ, Tête de l’Église. Telle était l’unité qui devait réjouir la face de Dieu, car elle avait pour but de réaliser la plénitude de la taille du Christ, le Fils Bien-aimé du Père. Sous cette nouvelle forme attirante comme centre d’unité, l’Église commençait à enrôler toutes les activités et tous les ministères des diverses communautés locales aux noms vraiment glorieux, pour faire tout contribuer à la réalisation de l’unité tant espérée. Cela nous remet en présence du dessein éternel et initial de Dieu envers l’humanité, dessein dont la réalisation a été confiée à l’Église, objet des faveurs divines, pourvue de toute grâce, force et charisme en vue de réaliser l’unité de l’humanité, et de la faire parvenir à la taille du Christ dans sa plénitude.

Nous voyons par là la valeur de cette épître aux Éphésiens écrite pour être un témoignage et un rappel permanent du but essentiel de Dieu concernant la présence humaine sur la terre: que l’humanité, par sa docilité aux mouvements de l’Esprit à travers l’histoire, parvienne, de l’intérieur de l’Église, à réaliser son unité. Tel sera l’heureux dénouement de son triste exil sur terre qui a tant duré, dans une division et un morcellement parvenus à leur paroxysme.

La parole la plus grandiose de tout le Nouveau Testament, et la plus apte à rappeler à l’humanité ce dont elle a le plus besoin et ce qu’elle souhaite le plus ardemment, ne serait-elle pas celle-ci ?

«Jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,13)

Et encore :

«...vivant selon la vérité et dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers Celui qui est la Tête, le Christ.» (Éph. 4,15)

Si l’Église continue encore à vivre en ce monde, c’est pour qu’elle puisse atteindre cette fin.

Et s’il reste à l’homme une œuvre à réaliser, c’est de s’efforcer, en vivant dans l’amour, d’atteindre cet objectif.

 

 D. L’Église-Corps du Christ est l’Homme Nouveau

«C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait une unité, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix» (Éph. 2:14-16).

Quand nous disons que l’Église est le Corps du Christ, il est clair que nous voulons dire qu’elle est formée par l’union de membres qui ont tous traversé la mort et la résurrection avec le Christ, autrement dit, qui ont été baptisés, ont reçu l’Esprit Saint et vivent maintenant dans la plénitude de la grâce: «Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns. Mais vous avez été lavés (par le baptême), mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu» (1 Co. 2,11).

Et quand nous disons que l’Église est l’Homme Nouveau, nous nous référons en réalité à la personne du Christ, car c’est le Christ qui est vraiment l’Homme Nouveau au sens plein du terme, et c’est de lui que l’Église reçoit son existence nouvelle, étant «tirée de sa chair et de ses os» (Éph. 5,30).

Il ne faudrait pas croire que ce sont là de simples titres sans importance.

Pour que l’Église soit le Corps du Christ, il a fallu que le Christ endure toutes les souffrances de la mort sur la Croix, soit enseveli et ressuscite, pour doter l’humanité d’un corps nouveau, justifié, libéré de tout péché, vivant et ressuscité, hors d’atteinte de la mort, réconcilié avec Dieu, devenu avec le Christ fils et héritier dans son Royaume.

Et pour que l’Église soit l’Homme Nouveau, il lui faut nécessairement célébrer ses saints mystères, vivre dans la plénitude du Christ, recevoir par l’Esprit l’inhabitation du Christ, pour qu’il la conduise comme étant sa Tête véritable, lui apportant intelligence et conseil, expérience et vie. En un mot, il faut que l’union mystique entre les personnes humaines et le Christ soit une réalité vivante et actuelle au témoignage de Dieu, des hommes et de l’Esprit.

C’est pourquoi nous désirons attirer l’attention du lecteur sur l’importance de cette épître pour sa vie spirituelle. Elle est en mesure de lui ouvrir l’accès au Royaume du Christ: «Rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume du Fils de son amour» (Col. 1,12-13).

L’Église-Corps du Christ est l’Homme Nouveau «créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité» :

De même qu’à l’origine quand Dieu créa l’homme à son image «Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance… Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa» (Gen. 1,26-27), c’est pareillement ce qui se passe dans les fonts baptismaux, selon l’épître aux Éphésiens:

«Il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité» (Éph. 4,22-24).

«Et de même que nous avons revêtu l’image du terrestre, il nous faut revêtir aussi l’image du céleste» (l Co. 15,49).

L’Église crée dans le sacrement divin du baptême, par la puissance créatrice de Dieu et par l’intervention du Christ, «un Homme Nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité». Autrement dit, quand le baptisé sort de l’eau, l’Église, par un mystère ineffable, le revêt du Christ, image de Dieu. Cela s’opère par la foi, d’une façon réelle et effective. Ainsi toute personne baptisée dans l’Église est créée à nouveau, à l’image de Dieu son Créateur, dans la justice et la sainteté de la vérité. Elle revêt le Christ et devient création nouvelle de Dieu.

Dès le jour où elle fut créée, l’Église est destinée à parvenir «à la taille du Christ dans sa plénitude» :

L’Église, c’est-à-dire nous-mêmes, a été créée d’une nouvelle création quand le Christ est ressuscité des morts le troisième jour, avec son corps qui est le nôtre:

«Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre (nous a recréés) avec le Christ, - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! - avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus» (Éph. 2,4-6).

Cher lecteur, considère bien que c’est «pour l’Église» que le Christ est ressuscité des morts, s’est assis à la droite de Dieu, et a été constitué Tête au sommet de tout:

«Il l’a ressuscité d’entre les morts et l’a fait siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. Et il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué Tête au sommet de tout, pour l’Église» (Éph. 1,20-23).

Notons que le Christ ne s’est pas arrêté à la Résurrection : il a continué à s’élever et à acquérir les positions et les situations les plus hautes, régnant sur toutes les créatures sans exception, sur la terre et au ciel, soumettant tout sous ses pieds pour être finalement au-dessus de tout. Au profit de qui ? Pour qui? Pour l’Église !

Le Christ a donc élevé l’Église au sommet de la perfection, le jour où il est ressuscité d’entre les morts avec son Corps, pour s’élever avec ce même Corps au plus haut des cieux, afin que l’Église, identifiée à ce Corps saint, ressuscité dans la plénitude de la gloire, ait l’univers entier soumis à elle, sous ses pieds à lui qui est sa Tête, au-dessus de toute créature.

Saint Paul la voit dans le Christ, dès le jour où, ressuscitant avec lui et s’élevant avec lui, elle reçut de droit la nature de sa sainte Plénitude, et fut conformée à lui dans la totalité de sa gloire et de sa majesté.

C’est pourquoi, quels que soient ses faux-pas au fil du temps et de l’histoire, quel que soit son retard à prendre l’empreinte parfaite de la perfection du Christ, elle s’en approche d’un pas sûr et doit immanquablement y parvenir, car la perfection du Christ est sa nature, et la Plénitude du Christ son droit d’origine divine, pour lequel elle a été créée. Le Christ le lui a obtenu au prix des souffrances amères de la croix et de la mort, et en vertu de la gloire qu’il a reçue de Dieu avec une force et une puissance extraordinaires: «...quelle est l’extraordinaire grandeur de sa puissance envers nous les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée dans le Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux,... pour l’Église» (Éph. 1,19-22). Comment donc l’Église n’obtiendrait-elle pas, au profit de ses fidèles, ce qui est devenu son droit? Saint Paul dit encore: «Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus» (Éph. 2,7). Il dit ailleurs: «Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé» (Éph. 1,5-6).

Toutes ces paroles de saint Paul décrivent nos privilèges; qui méritent vraiment qu’on s’y attache et qu’on en soit fier:

«Et celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir... afin de rendre les saints parfaits pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,10-13).

Qu’elle est belle aussi cette parole de saint Paul à propos de la supériorité du Christ sur la mort, supériorité qui s’applique aussi à l’Église:

«Car si nous avons été unis à lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection... Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous (l’Église) vivrons aussi avec lui, sachant que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur Lui... Et vous de même…» (Rom. 6:5,8,9 et 11).

L’Église qui a reçu la vie par la Résurrection du Christ d’entre les morts, ne sera pas vaincue par le monde, la mort n’aura pas d’emprise sur elle, les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Mais plutôt, elle grandira dans le mystère, jusqu’à parvenir «à la taille du Christ dans sa Plénitude».

 

 E. «Ce mystère est grand»: l’Église, Épouse du Christ

«Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église: il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne, afin de se la présenter à lui-même, Église glorieuse, sans souillure ni ride ni rien de tel, mais sainte et sans reproche... Nul n’a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin, comme le Christ le fait pour l’Église. Parce que nous sommes les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os... Ce mystère est grand; je veux dire, par rapport au Christ et à l’Église» (Éph. 5,25-32) .

Saint Paul voit l’Église comme l’Épouse du Christ, comme une femme unie à son époux par une alliance d’amour et de vie: son époux la nourrit et en prend bien soin, «comme le Christ le fait pour l’Église». Le Christ s’est livré pour elle, pour la sauver, pour la sanctifier, pour la purifier par l’eau du baptême et la Parole, afin de se la présenter à lui-même, «Église glorieuse» - son Épouse - sans souillure et sans reproche, mais toute sainte.

Toutes ces expressions qui décrivent les sentiments d’amour les plus prévenants, à un niveau divin, montrent la profondeur de la relation qui unit le Christ et l’Église. Il n’existe point d’union libre, sincère, confiante entre deux parties jouissant d’une pleine liberté individuelle dans la maturité, et qui acceptent de s’unir, comme l’union conjugale entre un homme et une femme. Mais cette union est considérée ici non pas sur le plan de la pratique concrète, mais sur le plan de la réalité idéale, abstraite. Le Christ n’a pas épousé une Église; et il n’existe pas d’Église qui puisse être considérée comme une femme ou de quelque façon comme une entité féminine. «L’Église» est la dénomination d’un peuple ou d’une communauté. Le peuple chrétien que le Christ s’est acquis a pour nom «l’Église», et ce sont les personnes qui forment ce peuple qui, dans leur ensemble, portent le vocable d’«Église», mais il n’existe pas d’entité visible et concrète qu’on puisse appeler l’Église. L’Église est un ensemble de personnes, ou l’ensemble de tout le peuple chrétien, réuni dans l’adoration et la prière.

Cette métaphore vivante, affective et délicate, se trouve déjà dans l’Ancien Testament sous une forme encore plus pathétique et plus émouvante, pour décrire la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. Comme on le sait, Dieu les a tant aimés, mais eux l’ayant offensé, il se mit en colère. Les sentiments sont alors exprimés de façon dramatique et avec un grand réalisme. Dans sa colère, Dieu dit:

«Ainsi parle le Seigneur: Où est la lettre de divorce de votre mère par laquelle je l’ai répudiée?... C’est pour vos fautes que vous avez été vendus, c’est pour vos crimes que j’ai répudié votre mère» (Is. 50,1).

Cela était au retour de la captivité. Dieu s’adresse ici en réalité au peuple d’Israël dans son ensemble, et il n’y a pas de vraie «mère»; Dieu ne s’est marié ni à un peuple ni à une mère, et par conséquent, il n’a divorcé ni un peuple, ni une mère. Ces paroles traduisent la colère divine par des expressions des plus pathétiques et des plus tristes. Dieu les inspire à son prophète Isaïe pour manifester son amour précédent, sa colère imminente et sa détermination à abandonner son peuple. Tel est bien le style éloquent de la Bible, qui emploie les figures les plus expressives pour manifester les profondeurs du mystère de la vie avec Dieu, avec tous ses bonheurs et ses avatars. Mais soyons-y attentifs, ce ne sont pas là de simples expressions humaines, mais des expressions qui traduisent les sentiments divins les plus sincères.

Dieu revint pourtant et s’attendrit sur le sort de son peuple. Il décida de lui rendre ses jours d’amour et de bonheur, de lui restituer sa beauté première, comme à une épouse abandonnée un instant, mais ramenée pour toujours. Écoutons-le s’adresser à son peuple:

«Tu oublieras la honte de ta jeunesse, et tu ne te souviendras plus de l’opprobre de ton veuvage. Car ton créateur est ton époux, le Seigneur des armées est son nom. Et ton rédempteur est le Saint d’Israël, il se nomme Dieu de toute la terre. Car le Seigneur te rappelle comme une femme délaissée, et au cœur attristé, comme une épouse de la jeunesse qui a été répudiée, dit ton Dieu. Quelques instants, je t’avais abandonnée, mais, avec une grande affection je t’accueillerai. Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face. Mais avec un amour éternel, j’aurai compassion de toi, dit le Seigneur, ton Rédempteur» (Is. 54,4-8).

Tel est Yahvé dans l’Ancien Testament, et telle est la nation juive, l’épouse délaissée. Et le tableau se renouvelle devant nous, d’une façon analogue, entre le Christ et l’Église.

Saint Paul s’élève dans sa vision spirituelle de l’Église et la voit comme un Corps ayant une relation vitale avec le Christ. Il la voit comme l’Épouse du Christ, qu’il s’est acquise par son sang, s’étant livré pour elle sur la croix. Il l’a lavée et sanctifiée par le baptême, «afin de se la présenter à lui-même, Église glorieuse, sans souillure ni ride ni rien de tel, mais sainte et sans reproche». 

Notons que pour décrire l’union du Christ avec l’Église en un seul Corps, saint Paul reprend les mêmes paroles dites à propos d’Adam et d’Ève et qui sont devenues le texte fondamental sur lequel se base l’institution sacrée du mariage:

«Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, le Seigneur Dieu façonna une femme et la présenta à l’homme. Alors celui-ci s’écria: Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair !... C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair» (Gen. 2,22-24). 

Et saint Paul dit:

«C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand; je veux dire, par rapport au Christ et à l’Église» (Éph. 5,31-32).

«Et les deux deviendront une seule chair». Voilà pourquoi l’expression «l’Église-Corps du Christ», comporte le mystère d’une union des plus sacrées entre le Christ et l’Église.

Notons aussi comment saint Paul emprunte les termes du livre de la Genèse, où il est dit que Dieu «présenta» Ève à Adam : «Le Seigneur Dieu façonna une femme et la présenta à l’homme». Saint Paul utilise la même expression pour le Christ: «afin de se la présenter à lui-même, Église glorieuse, sans souillure ni ride ni rien de tel, mais sainte et sans reproche» (Éph. 5,27). Ce terme exprime la présentation de la mariée à son époux – que ce soit Adam ou le Christ – le jour des noces. Nous avons là une tentative éloquente de la part de saint Paul pour illustrer le mystère et l’authenticité de l’union vitale entre l’Église et le Christ. Puis il reprend ce thème en l’appliquant aux fidèles: «Nous sommes les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os !» (Éph. 5,30), expression qui reprend le cri d’Adam à la vue d’Ève pour la première fois (Gen. 2,23).

Il ne s’agit donc pas d’une simple métaphore, mais d’une réalité vivante, bien que suprasensible et mystérieuse au plus haut point. De même que Dieu façonna la côte d’Adam pour créer Ève, et Ève (l’humanité ancienne) exista de la chair et des os d’Adam, de même l’humanité nouvelle (l’Église, nous-mêmes) existe par le mystère divin de son Corps.

Nous renouvelons ce mystère dans toute sa splendeur chaque fois que nous participons à son saint Corps.

 

 3. Le rôle de l’Esprit Saint

Comme nous l’avons vu en ce qui concerne le Christ, l’épître ne s’intéresse pas à définir la personne du Christ ni sa nature, comme c’est le cas dans d’autres épîtres de saint Paul; elle s’intéresse plutôt aux grandes œuvres accomplies par le Père dans le Christ, et prolonge sa méditation sur ces œuvres, jusqu’à les appliquer à l’Église, de sorte que l’Église devient finalement le centre d’intérêt de l’épître et de toute sa vision théologique.

De même également en ce qui concerne l’Esprit Saint, nous ne trouvons pas dans cette épître de description de l’Esprit Saint en tant que tel, ni d’analyse détaillée de son action comme cela a été le cas dans d’autres épîtres, mais notre épître montre plutôt comment l’Esprit Saint accorde à l’Église de nouvelles propriétés, dignes de la nouvelle Alliance, tel que cela avait été annoncé par les prophètes.

 

 A. L’Esprit des «derniers jours»

On savait par les prophéties, que l’avènement de l’Esprit Saint serait une des manifestations des «derniers jours». À la Pentecôte l’Esprit Saint descendit de fait et commença à donner à l’Église une nouvelle nature, de nouvelles propriétés. C’est ce que proclama saint Pierre devant le peuple étonné de ce qui se passait:

«Pierre alors, debout avec les Onze, éleva la voix et leur adressa ces mots : “C’est bien ce qu’a dit le prophète Joël: Il se fera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront... Et je ferai paraître des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre”» (Actes 2,14,17,19).

Dans l’épître aux Éphésiens saint Paul attribue à l’Esprit Saint une action nouvelle dans l’Église, qui l’élève au niveau des «derniers jours». Les membres de l’Église sont scellés par l’Esprit Saint de la promesse (Éph. 1,14) dans le contexte de la réalisation du dessein de la plénitude des temps (Éph. 1,10). Ici les «derniers jours» traduits par la plénitude des temps ne sont pas pris dans le sens de la succession temporelle des jours, mais dans le sens de la vocation spirituelle et éternelle de l’Église, c’est-à-dire du Royaume à venir.

Plus loin nous retrouvons l’aspect eschatologique de l’œuvre de l’Esprit Saint:

«Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption» (Éph. 4,30).

 

 B. Le sceau de l’Esprit Saint

«C’est en lui (dans le Christ) que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, c’est en lui aussi qu’après avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit Saint de la Promesse» (Éph. 1,13).

Ce sceau mystérieux, invisible à l’œil humain, est la marque de l’appartenance au Christ, marque visible et manifeste à Dieu, au Christ et à toutes les puissances célestes, marque qui nous qualifie pour le Royaume, en tant que peuple racheté. Mais le sceau n’est pas seulement une marque, il est en réalité une reconfiguration de la nature humaine, pour l’apprêter et l’adapter à la vie éternelle dans ses paroles, ses pensées, ses actions, ses sentiments et son comportement, au point qu’il ne devient plus difficile au monde de percevoir les effets de ce sceau invisible.

Dans ce sceau certains reconnaissent une expression du baptême. De toute façon, il accompagne le baptême, cet acte de renouvellement de la nature humaine. Le sceau en assure l’authenticité et la permanence.

Ce qui retient notre attention, c’est que l’épître ne parle ici ni du baptême ni de l’Esprit Saint en tant que tels, mais se porte directement sur l’action mystérieuse de l’Esprit Saint, c’est-à-dire sur le sceau avec sa nouvelle signification : nous avons reçu une marque céleste, gage des derniers temps. Du fait que tous les baptisés sont marqués par le sceau de l’Esprit Saint au baptême, il ressort que le sceau est un facteur de rassemblement, en vue de l’unification finale de l’humanité. Par le sceau, l’Esprit Saint vise à manifester que l’humanité s’approche de la réalisation du dessein de Dieu, celui des derniers jours. Le sceau reçu par tout baptisé comme gage de l’héritage préparé, devient un pas important dans la voie de l’unification de l’humanité. Par lui l’Église s’approche de son objectif final qui est de réaliser le dessein éternel de Dieu au sujet de l’humanité: «...jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,13).

Ainsi le sceau dont nous marque l’Esprit Saint au baptême est le signe manifeste que nous vivons déjà dans les «derniers jours», et que nous sommes qualifiés pour l’héritage préparé. Bien plus, il constitue un pas réel vers l’unification finale de l’humanité, par laquelle se réalise le dessein éternel de Dieu.

 

 C. L’Esprit de la promesse et les arrhes de notre héritage

Voici un nouveau titre de l’Esprit Saint et de son sceau.

Si nous recherchons comment est qualifié l’Esprit qui nous marque du sceau, nous trouvons que nous avons été «marqués d’un sceau par l’Esprit Saint de la promesse, cet Esprit qui constitue les arrhes de notre héritage» (Éph. 1,13-14). Et si nous recherchons quelle est cette «promesse», nous trouvons, proche et récente, «la promesse du Père» (Luc 24,49 ; Actes 1,4), et bien plus ancienne et lointaine, la promesse à Abraham que toutes les nations seront bénies par sa descendance, à cause de sa foi.

Cette promesse du Père nous a été annoncée ainsi par le Christ:

«Au cours d’un repas avec eux, il leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, “celle, dit-il, que vous avez entendue de ma bouche: Jean a bien donné le baptême d’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés... Vous allez recevoir une puissance, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous25. Vous serez alors mes témoins”» (Actes 1,4,5 et 8).

De fait, l’Esprit Saint vint sur eux, ils reçurent une puissance céleste et ils témoignèrent du Christ comme témoigne le «semblable» de son «semblable»!

Ainsi, l’Esprit Saint que nous recevons au baptême constitue «la promesse du Père». C’est pourquoi le sceau de l’Esprit Saint doit être au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et le baptême doit être conféré en ce nom.

Dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul qualifie ce sceau, avec le baptême qui lui est conjoint et l’Esprit Saint qui le confère, comme «arrhes de notre héritage». Il nous faut cerner le sens particulier que prend ici cette expression. Dieu s’est engagé et a promis de nous donner en héritage, comme à ses fils, la vie éternelle avec le Christ. Mais nous sommes actuellement dans le monde et dans la chair, dans une extrême pauvreté, et en même temps nous désirons ardemment connaître ou goûter quelque chose de l’héritage de cette vie éternelle que Dieu nous a promise, et dont il nous a été dit tant de choses sublimes et pleines de consolation. Pour ne pas nous laisser sans la moindre lueur qui nous permette d’entrevoir cette part d’héritage suréminente et si précieuse – ne serait-ce que de loin, car nous ne pourrions pas en supporter la pleine manifestation, puisque elle relève du domaine des choses indicibles et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme – Dieu nous a fait don de ce sceau de l’Esprit. Alors l’Esprit lui-même nous confie secrètement, par moments, quelque chose de cet héritage à la mesure de notre avancement spirituel. Le sceau nous rassure et nous réserve le droit à l’héritage promis, tandis que l’Esprit, comme «arrhes» de cet héritage, nous en transmet furtivement un avant-goût réjouissant, qui nous fait désirer avec grande impatience la part qui nous en est destinée. En d’autres termes, le sceau et l’Esprit ensemble («vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit Saint de la promesse») forment ces arrhes dont nous jouissons déjà dans notre pauvreté et notre faim. L’Esprit Saint nous console et nous réconforte le cœur et l’esprit, jusqu’à ce que sonne l’heure de la sainte promesse.

Tel est le rôle de l’Esprit Saint : il relie en vérité les derniers temps que nous vivons actuellement (et dont sa seule présence est le signe le plus patent, selon les prophéties), aux derniers temps où tout sera accompli, la vie éternelle proclamée, et la Promesse réalisée.

 

 D. L’Esprit Saint «à la louange de sa gloire»

«Vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit Saint de la promesse, cet Esprit qui constitue les arrhes de notre héritage, en vue de la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de sa gloire» (Éph. 1,13-14).

«À la louange de gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé» (Éph. 1,6).

La prière de louange est caractéristique de l’entrée dans les derniers temps, comme un des effets de l’Esprit Saint. Dans les derniers temps que nous vivons maintenant, elle anticipe et prépare les derniers temps de la Parousie, de la pleine manifestation de notre rédemption, de l’obtention du salut et de l’entrée dans l’héritage.

Ainsi «la louange de la gloire de Dieu», ou bien la louange causée par la gloire de Dieu, est inhérente à l’obtention du droit à la filiation, de même qu’elle sera, à plus forte raison et plus complètement, inhérente à la jouissance de la gloire de la filiation dans le Royaume.

La louange à la gloire de Dieu maintenant est plus qu’une simple activité, plus qu’une qualité, c’est une nature. Pour ceux qui ont été baptisés et marqués du sceau de l’Esprit Saint, qui ont goûté au don céleste et sont entrés en communion véritable avec l’Esprit Saint, la louange à la gloire de Dieu et du Christ devient une œuvre vitale. De même que la vie physique ne peut subsister sans nourriture et boisson, de même pour la vie spirituelle nouvelle, ce qui tient lieu de nourriture et de boisson, c’est la louange. La louange n’est pas un acte supplémentaire facultatif, mais une nécessité vitale ressentie par l’âme. L’âme humaine vit, se développe et s’épanouit par la louange, et si on néglige celle-ci, l’âme se referme et s’étiole, non sans raison, mais parce que dans la vie nouvelle, une relation vraie unit l’âme à Dieu et au Christ, c’est-à-dire à la source dont elle est issue. Pour pouvoir exprimer son existence, l’âme loue le Christ et glorifie Dieu son créateur, comme n’ayant été créée que pour louer sa gloire et lui rendre grâce. Car Dieu habite dans la louange: «Toi, le Saint, qui habites les louanges d’Israël» (Ps. 22,4). Israël ici représente l’humanité dans son ensemble. Mais il y a aussi la louange des anges, de l’ensemble des légions célestes, chacune à son niveau. La création entière le loue, chaque souffle le loue, toute créature le loue, chacune à son niveau, sinon par la langue, du moins par la force, la puissance, la beauté ou la gloire qu’elle a reçue de Dieu. Dieu habite dans la louange, entouré par les souffles de louange montant vers lui de toute la création. Il n’y a pas de créature qui ne loue, sinon elle perdrait son existence. Par sa louange à Dieu, elle tire son être-même et son existence, et elle se relie à toutes les autres créatures, petites ou grandes.

Quand nous sortons des fonts baptismaux comme créature nouvelle, créée «à l’image de son Créateur» (Col. 3,10), «dans la justice et la sainteté de la vérité» (Éph. 4,24), nous entrons dans la mouvance de Dieu comme une créature nouvelle qui loue son Créateur, et qui se développe et s’épanouit à la mesure de sa louange. Plus elle progresse dans la louange, plus elle se rapproche de Dieu, et dans la mesure où elle le loue et lui rend grâce, elle se renforce et se renouvelle.

«Alléluia... je veux louer le Seigneur tant que je vis,
je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure»
(Ps. 146,1-2).

«Je rendrai grâce dans la grande assemblée,
dans un peuple nombreux je te louerai»
(Ps. 35,18).

«Je louerai le nom de Dieu par un cantique,
je le magnifierai par l’action de grâces;
cela plaît au Seigneur plus qu’un taureau,
une forte bête avec corne et sabot.
Ils ont vu les humbles, ils jubilent;
chercheurs de Dieu, que vive votre cœur!»
(Ps. 69,31-33)

«Grandes grâces au Seigneur sur mes lèvres,
louange à lui parmi la multitude...»
(Ps. 109,30)

«Je veux te bénir chaque jour,
je louerai ton nom toujours et à jamais»
(Ps. 145,2).

«Que vive mon âme à te louer… » (Ps. 119,175)

«Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse en ma bouche»
(Ps. 34,1).

«La nuit, je le chantais,
et je priais Dieu qui est ma vie!»
(Ps. 42,9).

«Chantez à la gloire de son nom,
rendez-lui sa louange de gloire»
(Ps.66,2).

Il est avéré que nul ne reçoit le don de l’Esprit Saint sans que sa vie ne se transforme en une louange permanente.

Dans cette épître, saint Paul nous montre la louange comme un effet des plus évidents de la présence de l’Esprit Saint, et comme un trait caractéristique des temps du salut.

Il est évident que l’Esprit Saint exprime aujourd’hui sa présence et son œuvre de renouvellement par la louange qu’il met sur les lèvres de ceux qui ont été prédestinés à la filiation adoptive et qui ont reçu la rédemption:

«Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce.» (Éph. 1,5-7).

 

 E. L’Esprit de sagesse et de révélation

L’épître aux Éphésiens ne s’arrête pas à la connaissance ordinaire que nous avons utilisée jusqu’ici pour comprendre la parole de Dieu, scruter les vérités de la foi et connaître le Fils de Dieu dans son Incarnation et son œuvre de Rédemption.

Elle nous fait bénéficier des prières que saint Paul présentait avec assiduité à la fin de sa vie, pliant fréquemment les genoux, avec force supplications adressées à Dieu et à l’Esprit Saint, pour attirer vers nous les miséricordes divines et amener l’Esprit à nous donner de nouveaux outils de connaissance, à la mesure des grandes œuvres que Dieu a préconçues pour nous. Celles-ci requièrent une intelligence profonde et une grande clairvoyance, pour que nous soient révélées leur valeur et leur grandeur. Autrement, elles resteraient prisonnières des lignes et des pages, oubliées et sans incidence sur nos vies.

Écoutons-le prier avec supplication:

«Je ne cesse de rendre grâce pour vous et de faire mémoire de vous dans mes prières. Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donne un Esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître; qu’il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel… » (Éph. 1,16-18).

Écoutons-le encore prier et supplier:

«C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus Christ, de qui toute paternité tient son nom au ciel et sur la terre, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, pour que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour, vous puissiez comprendre avec tous les saints… » (Éph. 3,14-19).

La question maintenant est la suivante: ces choses nécessitent-elles vraiment l’Esprit de sagesse et de révélation pour que nous puissions les connaître? Nécessitent-elles que nous soyons puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur pour que nous puissions les percevoir? De toute façon nous reviendrons sur ces versets pour les expliquer en détail, mais nous pouvons déjà en résumer l’importance, la profondeur et la grande portée.

 

A - Dans sa première prière, saint Paul demande pour nous la connaissance des mystères de la Résurrection du Christ d’entre les morts, de sa session à la droite du Père et de la soumission des puissances célestes et terrestres et de toute créature sous ses pieds.

Puis il veut que nous sachions que Dieu l’a constitué Tête pour l’Église.

Puis il nous dévoile que l’Église est son Corps (mais il le dit de façon lapidaire, sans l’expliquer et sans en dire le comment).

Enfin il dévoile que l’Église est la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout (ici aussi sans un mot pour l’expliquer).

Pour que nous puissions saisir la grande portée de ces paroles, il nous faut être attentifs à leur finalité toute orientée vers l’Église, comme objectif final de toutes les œuvres de Dieu. En d’autres termes, Dieu a ressuscité le Christ, l’a fait siéger à sa droite, a tout mis sous ses pieds, pour le constituer au sommet de tout Tête pour l’Église, pour que l’Église soit son Corps et pour qu’elle soit la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout.

Cette connaissance, en vérité, ne peut être perçue par nos propres capacités intellectuelles. En effet comment pourrions-nous imaginer que le Christ, ayant acquis tout pouvoir et toute puissance pour se soumettre toute la création, mobilise ensuite tout ce pouvoir, toute cette puissance et la soumission de la création entière pour le compte de l’Église, et de plus, qu’il en soit la Tête et qu’elle soit son Corps? Nous avons vu dans notre propos concernant «l’Église-Corps du Christ» la portée de ce mystère, sa profondeur et son importance pour nous.

Là, l’intelligence s’arrête silencieuse et requiert l’Esprit de sagesse et de révélation pour connaître ces choses.

C’est pourquoi la supplication de saint Paul est très appropriée; elle devient pour nous une nécessité inéluctable, qu’il nous faut accompagner de nos propres prières et supplications, car en ceci résident notre salut et notre vie.

 

B - Dans sa seconde prière, saint Paul demande pour nous la connaissance du mystère de l’amour du Christ, afin que par cet amour, nous parvenions finalement à toute la Plénitude de Dieu. Reprenons l’essentiel de ces versets, afin de pouvoir en saisir l’importance, la profondeur et la grande portée:

«Qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur,

en sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi,…

afin que vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur,

et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance,

en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

À celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à lui la gloire dans l’Église et en Christ Jésus,...» (Éph. 3,18-20).

Nous voulons attirer l’attention du lecteur sur trois objectifs que saint Paul demande pour nous:

1 - Que le Christ habite dans nos cœurs par la foi.

2 - Que nous connaissions l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance.

3 - Que nous soyons remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

Là l’intellect s’arrête en silence, et requiert d’être puissamment fortifié par l’Esprit Saint dans l’homme intérieur. Nous voilà donc parfaitement en accord avec l’apôtre Paul, pour dire que la connaissance de ces objectifs est totalement neuve pour nous, dépasse nos capacités intellectuelles et spirituelles, et requiert l’appui intérieur de la force de l’Esprit. Car connaître ces choses c’est déjà y parvenir.

Cela nous paraît inaccessible; comment en serions-nous capables? Mais saint Paul, bien expérimenté, ayant connu, goûté et vécu tout cela, renforce notre détermination en affirmant que Dieu «peut faire, par la puissance qui agit en nous, bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir...» (Éph. 3,20).

Il nous encourage ainsi à demander et à concevoir ce qui nous dépasse et qui se trouve au delà de nos capacités humaines.

La question qui se pose maintenant est celle-ci: Pourquoi saint Paul insiste-t-il tant dans sa prière pour que nous parvenions à cette connaissance supérieure?

Et la question qui est encore plus lancinante: Pourquoi l’épître aux Éphésiens accorde-t-elle tant d’importance à la présentation de ces connaissances et de ces capacités extraordinaires?

La réponse est simple. Les œuvres que l’épître attribue à l’Esprit Saint comme marquer les fidèles du sceau de l’Esprit, leur accorder l’Esprit de la promesse, et par cela même les faire goûter aux arrhes de leur rédemption et de l’héritage promis, et bien d’autres encore, contribuent toutes à indiquer que nous vivons aux temps de l’unité finale:

«Efforcez-vous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous.» (Éph. 4,3-6).

«… jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,13).

Tout cela indique que nous sommes à la fin des temps, c’est-à-dire aux temps qui mènent au Royaume, aux temps de la pleine manifestation de la vérité. Alors nos prières et nos demandes, nos connaissances et nos expériences, doivent passer du niveau ordinaire de personnes en quête d’un départ dans la foi, d’un départ dans la connaissance du Fils de Dieu, de la puissance de la résurrection et des actes de la rédemption, au niveau de la connaissance supérieure de la gloire et de la dignité auxquelles est parvenue l’Église en tant qu’Épouse du Christ et Corps du Christ, Lui étant sa Tête au ciel et nous les «membres de son Corps, de sa chair et de ses os» sur la terre. Ce qui a évolué et s’est développé26, ce n’est pas le Christ, mais «la connaissance du Christ», ce n’est pas l’Église en tant que telle, mais la connaissance de son mystère dans le Christ.

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette épître a été écrite dans un esprit autre que les autres épîtres. C’est comme si saint Paul l’avait écrite pour une génération à venir. Toutes les premières vérités se montrent à lui maintenant avec un nouveau relief, dans une lumière centrée sur le mystère du Christ. Il écrit alors à des personnes disposées à recevoir cette illumination, non seulement pour percevoir les vérités supérieures du salut, mais pour y participer et se les approprier.

Pour présenter une image très succincte du rôle de l’Esprit de sagesse et de révélation, que saint Paul nous presse de recevoir et demande avec insistance à Dieu de nous l’accorder – tant il sait qu’il nous est essentiel pour comprendre la valeur spirituelle de notre temps et en vivre – disons ceci:

Nous sommes maintenant dans les temps de l’Esprit Saint ;

l’œuvre suprême de l’Esprit Saint est l’unité ;

l’achèvement de l’unité est l’accès à la connaissance suprême ;

l’accès à la connaissance suprême est l’accès à l’entière Plénitude.

Tel est le fil conducteur de la pensée de saint Paul dans l’épître aux Éphésiens.



 4. L’unification de l’humanité dans le Christ,

thème théologique fondamental de l’épître aux Éphésiens

 

 A. L’Église capable de réunifier l’humanité.

Les exégètes de tendance traditionnelle s’accordent à reconnaître que l’épître aux Éphésiens présente un enseignement théologique de la plus haute importance. Les thèmes ecclésiologiques les plus remarquables en sont:

a) l’Église reconnue comme Corps du Christ;

b) la mission de l’Église à travers les siècles de rassembler sous un seul chef, le Christ, dans l’unité de la foi, de l’Esprit, du culte et de la charité, toutes les races, tous les peuples, toutes les nations, pour que l’humanité en vienne à constituer selon les vues de Dieu l’Homme parfait à la taille du Christ dans sa plénitude.

Par ces deux thèmes l’épître aux Éphésiens devient. parmi les écrits du Nouveau Testament, le livre le plus adapté aux aspirations de l’époque actuelle dans sa recherche de la destinée finale de l’humanité et du monde. En effet, cette épître contient l’enseignement essentiel dont a besoin l’Église dans son combat d’aujourd’hui. Elle offre les suggestions les plus adaptées à la pensée humaine dans sa marche vers son objectif ultime. Il s’agit d’une question de vie ou de mort face au défi des forces contraires qui visent à détruire l’Église et à désintégrer le christianisme. Il est manifeste que dans la marche de l’Église et dans la coordination de tous ses efforts spirituels s’impose désormais l’alternative de l’union ou de la disparition. Certes, Dieu ne veut pas que le monde disparaisse sans espoir, ni que l’homme continue à se diviser et à se désintégrer pour sa propre destruction, contrairement au plan divin.

L’épître ne cesse de proclamer de siècle en siècle, de génération en génération que Dieu «nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance, pour le réaliser dans la plénitude des temps, à savoir : rassembler toutes choses dans le Christ» (Éph. 1,9-10). Tel est «1e bon plaisir de sa volonté» (Éph. 1,5), qui avance nécessairement vers sa réalisation «selon le plan préétabli de Celui qui mène tout au gré de sa volonté» (Éph. 1,11).

Le paradigme de cette unité qui témoigne avec certitude de son accomplissement futur est l’union des Juifs et des païens en une seule Église, union accomplie sous les yeux de Paul. Il s’en réjouit, en exulte et à sa lumière il entrevoit tout le reste de l’œuvre de Dieu jusqu’à la fin des temps: «Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait une unité, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, et faire la paix» (Éph. 2.14-15). Fondé sur ce paradigme Paul entrevoit l’avenir avec l’assurance qu’il tire du présent: «...afin de rendre les saints parfaits pour l’œuvre du ministère en vue de la construction du Corps du Christ» (l’humanité rachetée) «jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait, à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,12-13).

Que le Christ crée des deux Juifs et païens en sa propre personne un seul Homme Nouveau, faisant ainsi la paix entre eux, a été le paradigme d’unité le plus difficile à réaliser en raison de l’hostilité établie entre eux deux durant des siècles. C’est en réalisant ce paradigme le plus difficile que Dieu a donné sa parole, a formulé sa promesse selon laquelle l’humanité doit immanquablement aboutir à la réconciliation et à la paix, jusqu’à ne plus former qu’un seul Homme Nouveau, à la taille du Christ en sa plénitude, à son image dans la justice et la sainteté de la vérité (cf. Éph. 2,15; 4,13.24).

Si en Adam l’humanité a été morcelée en raison du péché, principe de désintégration et de division, dans le Christ elle se trouve irrévocablement en marche vers l’unité et la réunion. et cela par l’abolition du péché et le triomphe de la justice et de la sainteté de la vérité. Lorsque l’humanité corrompue, divisée, pleine d’hostilité et de répulsion mutuelles, est insérée dans le Christ. tout ce qu’elle avait de corrompu se trouve englouti (cf. 1 Cor. 15,54) et elle retrouve sa nature simple, pure et sans tâche à l’image du Christ dans la sainteté et la vérité. Avec l’épître aux Éphésiens nous affirmons cela en tirant notre assurance du fait que «l’Église est son Corps». Sur cette même base l’épître peut aussi commencer en déclarant que Dieu «nous a bénis» par avance «de toute bénédiction spirituelle dans les cieux» (Éph. 1.3). De la sorte l’unité de l’humanité est assurée, de nature transcendante, et tout lui est soumis dans la personne de celui qui la guide: «car c’est par lui que les uns et les autres» (les deux adversaires), «nous avons accès en un seul Esprit auprès du Père» (Éph. 2,18).

L’épître nous représente la création tout entière et tout particulièrement l’homme qui se dirige sous l’impulsion d’une force divine vers une unité assurée qui tire du Christ en personne son origine, sa nature et les moyens de la réaliser. Et tout ce mouvement est conduit par la volonté de Dieu selon le dessein qu’il nous a révélé: «Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance pour le réaliser dans la plénitude des temps: rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre» (Éph. 1,9- 10).

L’épître nous découvre que cela a été voulu par Dieu pour la création avant même de l’avoir créée: «Il nous a choisis en lui… pour que nous soyons saints et sans reproche devant lui dans l’amour» avant de nous avoir créés, avant même «la fondation du monde» (Éph. 1,4). L’unité de l’univers fait partie du plan divin, avant que l’univers ne soit créé. L’unité et la sainteté de l’homme sont inscrits dans la volonté divine avant que nous n’existions.

Avec cette perspective transcendant le temps que nous présente l’épître aux Éphésiens, avec cette perception du plan divin qui existe avant toute existence nous nous trouvons proches de la pensée de Dieu, assurés qu’il réalisera ce qu’il a promis. La vision théologique que révèle l’épître aux Éphésiens transcende absolument le temps ; elle est conçue par Dieu avant et au-dessus de tout le monde visible, mais elle est actuelle et se réalise conformément au plan éternel, en dépit des remous de ce siècle et de toute force contraire ou perverse: «Le Seigneur accomplira sur la terre le dessein qu’Il a décidé» (Rom. 9,28). «Il commande et cela existe» (Ps. 32,9). «Il mène tout au gré de sa volonté» (Éph. 1,11).

Le but dernier de l’existence humaine tel qu’il ressort de l’épître est d’être «à la louange de sa gloire» (Éph. 1,12) en ce siècle et dans tous les siècles à venir ou, autrement dit, de proclamer devant toutes les créatures célestes la sagesse de Dieu aux multiples facettes, en tout ce qu’Il a fait pour nous dans le Christ. Et c’est à l’Église qu’a été donné cet honneur d’annoncer cela de la part de Dieu, sur la terre comme aux cieux, en tout temps et dans les siècles des siècles (cf. Éph. 3,10).

 

 B. La paternité divine, toute puissante et toute aimante,
garante de l’accomplissement de l’unité universelle.

L’épître aux Éphésiens nous présente Dieu comme le Père véritable, au sens absolu. Par cette conception de la nature authentique de Dieu en tant que Père elle se distingue des autres écrits du Nouveau Testament. Elle nous montre la proximité du Père si grande qu’elle en conditionne notre salut. Comme il est le Père véritable de son Fils Jésus-Christ, c’est cette même paternité qu’il a voulu nous révéler en tant que vérité à ressentir, à vivre et à acquérir.

Dieu est Père non en un sens allégorique mais selon la vérité absolue. La paternité divine est véritable et se situe à un plan ontologique absolu au point que toute paternité au ciel et sur la terre tire d’elle son origine.

Dieu est le Père: «Je fléchis les genoux devant le Père   ( τὸν Πατέρα) de qui toute paternité  ( πατρία )  tient son nom au ciel et sur la terre» (Éph. 3.14-15). Une glose ajoute après le mot Père: «de Notre-Seigneur Jésus-Christ», mais il est clair que l’intention première du verset est de mettre en évidence le caractère absolu de la paternité divine de laquelle toute paternité au ciel et sur la terre tire son origine, son être et son agir.

La paternité de Dieu envers les hommes n’est donc pas une simple métaphore mais une réalité ontologique. Aussi est-il appelé le Père, avec l’article défini sans autre déterminatif: «C’est par lui que les uns et les autres nous avons accès en un seul Esprit auprès du Père» (  πρὸς τὸν Πατέρα ; Éph. 2,18).

Le Seigneur Jésus nous a appris à nous adresser à Dieu en sa qualité naturelle transcendante de Père, mais en même temps dans son rapport avec nous: «Dites: Notre Père qui es aux cieux». Nous avons par là une relation naturelle au Père céleste, plus authentique et plus réelle que celle qui nous lie à nos pères selon la chair. La différence est d’autant plus grande que le Père, divin et éternel, transcende les pères temporels et périssables.

On ne saurait mieux définir le Père, conformément à sa nature, qu’en disant qu’il est «le Père de notre Seigneur Jésus Christ» (Éph. 1,3). Cela implique qu’il est aussi notre Père selon le sens voulu par le Christ lorsqu’il dit «Mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu» (Jn 20,17). Pour bien souligner l’authenticité de la paternité de Dieu envers nous, l’épître affirme qu’avec le Christ «Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus» (Éph. 2,6). De même qu’Il a déployé avec une vigueur extraordinaire sa puissance paternelle au profit de son Fils pour le ressusciter d’entre les morts et le faire siéger à sa droite dans les cieux (cf. Éph. 1,19-20), Il a agi de façon semblable envers nous avec cette même puissance et cette même vigueur paternelles (cf. Éph. 2,6). Ses miséricordes de Père en ont été exaltées et en nous sa puissance s’en est trouvée glorifiée dans la mesure où nous avons acquis l’assurance même du Fils auprès du Père et où nous sommes devenus, en toute certitude et toute gloire, aux yeux des anges et des puissances célestes, ses fils véritables et effectifs, lorsqu’Il nous a fait siéger à sa droite avec son Fils unique.

De la sorte notre relation filiale au Père s’avère être semblable à celle de son Fils unique et bien-aimé, au point que 1’Esprit Saint – qui est l’Esprit de Dieu – témoigne en notre faveur et «atteste à notre esprit que nous sommes fils de Dieu» (Rom. 8,16). Lui-même en nous s’adresse à Dieu en s’écriant: Abba, Père. Telle est la manière dont le Père nous a manifesté devant tous les êtres célestes sa paternité divine à notre égard, en amour et en acte.

De la relation paternelle unique, parfaite et essentielle qui relie Dieu au Christ provient la puissance extraordinaire de sa paternité envers l’Église qui est le Corps du Christ et qui, par là, se trouve nécessairement impliquée dans la relation paternelle entre Dieu et le Christ. Se fondant sur ce fait d’être le Corps du Christ, l’Église commence à puiser en l’absolue paternité de Dieu sa capacité et son pouvoir de rassembler, de réconcilier et de «ramener à l’unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn 11,52), divisés et en discorde. Dieu étant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l’Église étant le Corps de ce même Seigneur, elle jouit de toutes les qualités et de toutes les virtualités de la paternité divine dont l’efficacité est universelle: «Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous» (Éph. 4,6).

Il convient maintenant de reconsidérer à la lumière de cette paternité divine universelle le dessein d’unité préétabli par Dieu «pour le réaliser dans la plénitude des temps: rassembler toutes choses dans le Christ» (Éph. 1,10). Dieu y est à 1’œuvre en tant que «seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous» (Éph. 4,6). Le pouvoir qu’Il a d’exécuter sa volonté en réalisant cette unité en la personne de son Fils Jésus-Christ n’est pas surajouté ni son résultat mal assuré, mais il se fonde sur son être même de «Dieu et Père». Par ailleurs, ces qualités de «Dieu et Père» ne sont pas uniquement des propriétés divines intrinsèques ad intra, mais elles s’exercent «sur tous, par tous et en tous». Étant Dieu, sa toute-puissance est sans limite et, étant Père, cette toute-puissance est mise au service de son affection, de sa tendresse et de sa sollicitude paternelles. Tout lui est soumis, à la fois attiré et gouverné par son amour paternel.

Par là l’épître aux Éphésiens nous présente la paternité divine toute-puissante, pleine d’amour, d’affection et de tendresse, comme une garantie sans égale de l’accomplissement de l’unité voulue par Dieu pour toutes les nations, les peuples et les races en son Fils Jésus-Christ. Cette unité doit parvenir à son plein accomplissement au temps qu’I1 lui a assigné et selon le modèle qu’Il en a établi en lui-même, doté d’une grâce et d’une splendeur sans égales. Cette humanité rassemblée et réunifiée en son Fils Jésus-Christ demeurera pour toujours à l’ombre du Père, se mouvant en Christ en toute harmonie et concorde. Ce sera l’humanité vraiment parvenue à la taille du Christ dans sa plénitude.

L’épître déclare qu’ «Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté» (Éph. 1.5). Elle révèle par là le projet éternel de l’Esprit de paternité à l’égard des hommes pour en faire des fils selon l’exigence de cet amour du Père qui le pousse à avoir des fils. Qu’est-ce qui pourrait s’y opposer ou l’en empêcher ? Combien plus encore lorsque ce «bon plaisir de sa volonté» (Éph. 1,5) se joint à «la richesse de sa grâce» (Éph. 1.7) et à la surabondance «de sa sagesse et de son intelligence» (Éph. 1,8) pour faire de l’humanité une image parfaitement conforme à celle de son Fils Jésus-Christ dans l’amour, la grâce et la sagesse ? C’est bien cela qu’a perçu saint Paul: «Un seul Homme Nouveau» (Éph. 2,15), «à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,13).

L’épître nous apprend que ce projet paternel était un mystère caché en Dieu depuis les siècles, puis révélé à Paul et aux saints apôtres (Cf. Éph. 3,3-5): «A moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-la, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ et de mettre en lumière pour tous la participation au Mystère caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses par Jésus- Christ» (Éph. 3,8-9).

Heureuses sont l’Église et l’humanité entière d’avoir reçu en partage cette lettre de saint Paul aux Éphésiens. Les desseins cachés de Dieu y sont dévoilés et gravés pour toujours dans la conscience de l’Église. Heureux qui a acquis «l’Esprit de sagesse et de révélation» et qui a «les yeux du cœur illuminés» (Éph. 1,17-18) pour en saisir sa part et annoncer aux autres la leur.

 

 C. La Croix, principe de réconciliation.

En plus de sa valeur expiatoire et sotériologique, la mort du Christ sur la Croix est revêtue dans l’épître aux Éphésiens d’une nouvelle signification théologique en tant que principe de réconciliation. Après avoir enseigné à ce sujet avec la tradition primitive qu’ «en lui nous avons la rédemption par son sang. la rémission des péchés selon la richesse de sa grâce» (Éph. 1,7), l’épître attribue à la Croix un rôle fondamental dans sa théologie de la réconciliation: «À présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ» (Éph. 2,13). «Il a détruit la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps par la Croix: par elle il a tué la haine» (Éph. 2,14-16).

Dans l’épître aux Éphésiens saint Paul ne concentre pas son intérêt, comme il en avait l’habitude, sur le rôle expiatoire de la mort du Christ sur la Croix comme sacrifice pour la rémission des péchés. Il lui suffit de le mentionner une fois sans y revenir. Son intérêt se porte plutôt sur la puissance de réconciliation qui se dégage du sacrifice du Christ sur la Croix, réconciliation d’abord avec Dieu, et ensuite des hommes entre eux. Il développe le thème de la réconciliation par la Croix pour le mettre au service de l’accomplissement de l’unité, but principal de l’épître. Dans cette épître la Croix est l’instrument par lequel sont enlevées les barrières, les cloisons, les oppositions et les haines séculaires entre l’homme et son frère. Dès que la Croix se lève au-dessus de leurs têtes les adversaires cessent de se disputer et toute haine entre eux est abolie comme cela est advenu entre Juifs et païens. En effet, si la mort du Christ sur la Croix a pu réconcilier l’homme avec Dieu (cf. Rom. 5,10; 2 Cor. 5,19; Col. 1,20), et mettre fin à l’inimitié séculaire qui les séparait, quelle autre inimitié ou discorde entre l’homme et son frère pourrait y résister ? Si Dieu lui-même s’est désisté de ses droits face aux rébellions que dans sa propre nature l’homme avait introduites contre Dieu ou, autrement dit, si dans le Christ nous avons été réconciliés avec Dieu, comment pourrions-nous être en Christ et garder une quelconque inimitié contre n’importe qui ? Dieu ne nous aurait-il pas réconciliés avec Lui dans le Christ pour que nous nous réconciliions les uns les autres ?

Instrument de la réconciliation, la Croix est nécessairement aussi instrument de l’unité. Si par sa mort et par sa Croix le Christ a acquis le pouvoir de «créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau» (Éph. 2,15), sa mort et sa Croix sont, par conséquent, une puissance d’unité qui n’a de cesse quelle n’ait fait parvenir l’humanité à l’unité parfaite.

 

 D. L’unité de la création et son extension aux êtres célestes.

En faisant de l’Église le Corps du Christ, Dieu l’a dotée d’une puissance secrète et supérieure pour réunifier l’univers, au point de mettre à sa portée le monde des anges, des principautés et des puissances. Par cette qualité de Corps du Christ l’Église ne peut se réduire à une simple assemblée de fidèles, mais elle devient, au contraire. une seule et même personnalité collective avec le Christ. «Il l’a fait siéger à sa droite dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie... Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église    (τῇ ἐκκλησίᾳ), laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout» (Éph. 1,20-23).

Le Christ n’a qu’un Corps qui est l’Église, et dans ce Corps tout est dirigé par le Christ en tant qu’il en est le Chef. En cette forme organique 1’Église grandit vers la plénitude du Christ qu’elle doit atteindre par l’unité de la foi et par l’achèvement de sa connaissance du Fils de Dieu. Ici connaissance parfaite, croissance spirituelle et accès à la plénitude de Dieu forment une unité théologique: «Jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, pour former cet Homme parfait à la taille du Christ dans sa plénitude» (Éph. 4,13). Étant la Tête de l’Église, le Christ en détermine la nature et lui imprime sa façon de penser et son vouloir: «Nous l’avons, nous, la pensée du Christ» (1 Cor. 2,16). Après l’avoir rachetée et réconciliée avec Dieu, il lui communique sa propre vie (cf. Jn 14,19). En lui s’achève la croissance de l’Église: «Vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la Tête, le Christ» (Éph. 4,15). Les fidèles sont constitués membres vivants qui se développent dans le Christ: «C’est de lui que le Corps tout entier coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour» (Éph. 4.16). L’intention est ici de souligner, dans le cadre de l’unité, la diversité des charismes et des fonctions dans 1’Église selon le libre choix de la grâce. «Il est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir. C’est lui encore qui a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes. ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, afin de rendre les saints parfaits pour 1’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ» (Éph. 4,10-12).

Le rôle premier de L’Église est de rassembler l’humanité dans l’unité parfaite du Christ, pour en faire un seul Homme achevé, ayant la taille du Christ en sa plénitude. Mais l’Église étant le Corps du Christ, sa mission s’élargit et son témoignage s’adresse à la création tout entière, pour tout rassembler pour le Christ et pour Dieu. «Allez par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création» (Mc 16,15). «Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu» (Rom. 8,19-20).

Bien plus, en vertu de son pouvoir suréminent, en tant que «Corps» appartenant personnellement au Christ et parfaitement uni à lui, l’Église voit sa mission s’élargir jusqu’à englober le monde céleste pour lui annoncer la Bonne Nouvelle et le rassembler dans sa totalité pour la gloire du Christ: «pour que, par le moyen de l’Église, soit manifestée maintenant aux Principautés et aux Puissances dans les cieux la sagesse de Dieu, aux multiples facettes, selon le dessein éternel qu’il a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Éph. 3,10-11). Ce dessein éternel, caché en Dieu depuis les siècles, nous a été révélé par l’Esprit: «Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance» (Éph. 1,9). C’est en vue de ce dessein bienveillant que «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle» (Jn 3,16). Et ce dessein bienveillant est de «rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre» (Éph. 1,10).

Nous l’avons déjà dit: l’épître présente l’unité réalisée dans l’Église entre Juifs et païens comme paradigme suprême du pouvoir de l’Église de rassembler les contraires et d’abolir la haine entre les parties de l’humanité qui depuis des milliers d’années se disputent et se combattent. «Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait une unité, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps par la Croix: par elle il a tué la haine» (Éph. 2,14-16).

Cette vision grandiose et mystique du plan divin se fonde sur le réalisme de l’Incarnation, autrement dit sur l’union totale et absolue du Verbe avec la chair, selon laquelle le Corps du Christ a reçu la plénitude de la divinité: «car en lui habite toute la plénitude de la divinité corporellement» (Col. 2.9). Ce Corps «son Corps qui est l’Église» (Col. 1,24; cf. Éph. 1,23) est monté avec lui dans les cieux et il l’a fait siéger en lui à la droite de Dieu: «Alors que nous étions morts par suite de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ, c’est par grâce que vous êtes sauvés! avec lui il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus» (Éph. ,5 6).

Notons bien que cette situation à laquelle a été promue l’Église est supérieure à celle des anges, des principautés et de toutes les hiérarchies célestes. Paul exalte l’incomparable dignité à laquelle a été promue l’Église par son union au Christ pour être son Corps dont lui-même est la Tête, ce Corps qui siège désormais avec lui à la droite de Dieu:

«Dieu a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus» (Éph. 2,7).

C’est ainsi que saint Paul entrevoit la finalité de l’œuvre du Christ dans l’Église: elle fera l’objet de la louange des siècles à venir pour exalter l’insondable richesse du Christ dans sa grâce envers l’Église et dans son incomparable et éternelle bonté envers nous.



 5. La clé de l’épître

Si nous la trouvons et si nous en saisissons le sens, la clé de l’épître nous permettra d’accorder notre pensée à celle de saint Paul, et de comprendre pourquoi il a écrit cette épître avec tant d’élévation. Pour nous amener à partager la haute révélation qu’il avait reçue, il n’avait d’autre moyen que de prier avec insistance pour que nous obtenions l’Esprit de sagesse et de révélation nécessaire à cette connaissance supérieure, pour que s’ouvre et s’éclaire notre intellect à la lumière de l’Esprit Saint afin que nous percevions, dans sa profondeur, le mystère du Christ et de l’Église.

Il recommence ensuite à prier pour que Dieu nous donne d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur, afin que le Christ lui-même habite dans nos cœurs par la foi, pour que nous puissions le connaître et connaître la profondeur de son amour, et pour que nous soyons remplis de la Plénitude de Dieu, c’est-à-dire, pour que nous parvenions au degré d’élévation auquel est parvenu saint Paul et dans lequel il a vécu.

Saint Paul confesse que, tout en étant le moindre de tous les saints:

a- «Par révélation, Dieu m’a accordé la connaissance du mystère» ! (Éph. 3,3)

b- «À me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du mystère du Christ» ! (Éph. 3,4)

c- «Ce mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des générations passées comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres … dans l’Esprit» (Éph. 3,5),

d- «...selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été donnée selon l’activité de sa puissance» (Éph. 3,7).

e- «À moi a été confiée cette grâce-là, d’annoncer … l’insondable richesse du Christ» (Éph. 3,8),

f- «et de mettre en lumière pour tous la participation au mystère caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses par Jésus Christ» (Éph. 3,9),

g- «pour que, par le moyen de l’Église, soit manifestée maintenant aux Principautés et aux Puissances dans les cieux la sagesse de Dieu, aux multiples facettes» (Éph. 3,10),

h- «selon le dessein éternel qu’il a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur» (Éph. 3,11). 

Saint Paul confesse ainsi que:

a- Par révélation, il a connu le mystère (dans ses lignes générales: la création, le salut, l’Église).

b- Il a reçu de plus une connaissance particulière supérieure du Mystère du Christ, c’est-à-dire de tout ce qui concerne le Christ dans sa relation avec le Père, le monde et la création. Cela comprend nécessairement les mystères de sa mort, de sa résurrection, de son ascension et de sa session à la droite du Père, ainsi que toute l’œuvre de la Rédemption et du salut.

c- Ce mystère révélé à Saint Paul, ne fut connu que des saints apôtres.

d- Sa connaissance du mystère du Christ relève d’un charisme particulier donné par Dieu, soutenu par l’activité d’une puissance divine, à laquelle il fera allusion encore une fois plus loin: «par la puissance qui agit en nous...» (Éph. 3,20).

e- Revenant sur ce charisme, saint Paul le définit comme une grâce particulière qui lui a été donnée pour qu’il puisse manifester l’insondable richesse du Christ. Cette richesse est dite «insondable», en ce sens que nul ne peut en saisir les limites, et c’est pourquoi la «révélation» en est indispensable pour qu’on puisse en avoir une connaissance vraie et entière.

f- Saint Paul estime «l’illumination» nécessaire à la connaissance du Mystère du Christ. Ayant lui-même reçu cette lumière, il ressent le besoin pressant de la communiquer à tous les hommes. C’est pourquoi dès le début de l’épître, il demande à Dieu d’illuminer les yeux de notre cœur, c’est-à-dire d’accorder à notre intelligence spirituelle la lumière de la vérité, la lumière du Christ. Or tel est le rôle du Christ: «Il était la lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde» (Jn. 1,9). Cette lumière, cette illumination est indispensable pour pouvoir participer au mystère caché depuis les siècles en Dieu, et révélé en Jésus Christ.

g- Quand nous aurons reçu cette illumination et appris comment participer au mystère du Christ, alors l’Église sera prête à communiquer cette connaissance, non seulement aux êtres terrestres mais aussi, par la grâce de Dieu, aux Principautés et aux Puissances dans les cieux.

h- Cette connaissance concerne toute l’œuvre du salut réalisé en Jésus Christ, selon le dessein éternel de Dieu.

Si les œuvres de Dieu en Jésus Christ relèvent de la sagesse infinie de Dieu, aux multiples facettes dont la connaissance sied aux Puissances et aux Principautés dans les cieux, combien nous-mêmes avons-nous besoin de recevoir l’Esprit de sagesse et de révélation pour les connaître, les saisir et pouvoir les annoncer !

Il ressort de ces affirmations de saint Paul dans son épître aux Éphésiens, qu’il portait dans son cœur des secrets extrêmement profonds concernant le Christ. Il en avait reçu la révélation par grâce, avec une haute intelligence du Mystère du Christ et de son insondable richesse. Dieu l’avait favorisé d’une lumière intérieure peu commune, qui le poussait à vouloir éclairer le monde entier sur ce Mystère à lui révélé.

C’est poussé par cette sublime connaissance que saint Paul écrivit son épître aux Éphésiens, réitérant prière et intercession afin que Dieu nous éclaire par l’Esprit de sagesse et de révélation comme il l’avait éclairé lui-même, et qu’Il nous fortifie puissamment par son Esprit dans l'homme intérieur, afin que le Christ habite dans nos cœurs comme il a habité en lui, pour que nous percevions ce qu’il a perçu, et que nous obtenions ce qu’il a obtenu.

Mais qu’a donc perçu saint Paul? Là est le secret de la clef.

Nous pouvons dire que ces multiples facettes pleines de lumière que nous avons exposées dans les paragraphes précédents – de a. à h. – sont comme les multiples facettes du coffret d’or dans lequel est déposée la clef de l’épître.

Nous pouvons maintenant nous approcher avec assurance de la clef elle-même.

L’épître est écrite en vue de nous faire participer au mystère ineffable de la riche nature de Dieu le Père Lui-même. Car dans toutes ses épîtres précédentes, saint Paul s’est efforcé de transmettre la richesse du Christ, le Fils de Dieu, déployée dans la rédemption, l’expiation, le salut, la réconciliation, l’adoption filiale et jusqu’à l’accès auprès du Père, par la foi au Christ, avec assurance et confiance, au point de nous asseoir avec le Christ à la droite du Père. Après toute cette richesse qui nous a été prodiguée dans le Christ, il restait que le Christ nous confie au Père Lui-même, afin que nous soyons enrichis par la richesse de la nature du Père Lui-même, et que nous soyons remplis de toute la plénitude de Dieu.

Tel est le cœur vivant de l’épître aux Éphésiens, exprimé par ces paroles:

«C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ,...

afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire,

d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur,

en sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi,...

et que vous connaissiez l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance,

en sorte que vous soyez remplis jusqu’à27 toute la Plénitude de Dieu» (Éph. 3:14-19) .

 

Tel est le summum du dessein éternel de Dieu, qu’il a conçu avant tous les siècles au sujet de notre relation personnelle avec Lui: «que nous soyons remplis de toute la Plénitude de Dieu».

Il convenait que cela advienne après que nous ayons reçu le salut, après que Dieu nous ait ressuscités avec le Christ et nous ait fait asseoir avec lui dans les cieux. En d’autres termes, c’est cela qui nous est réservé au-delà de la Rédemption et du salut. Telle est la perspective finale de l’épître aux Éphésiens.

Il nous faut redire clairement que l’œuvre de la Rédemption et du salut s’achève par notre participation à la plénitude du Christ: «...et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude» (Col. 2,9). Mais ici, dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul va encore plus loin. Bien que nous ayons déjà obtenu l’Homme nouveau né de l’Esprit, saint Paul nous souhaite encore «...d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur (dans l’Homme nouveau) », ce qui est supérieur à la seule naissance de l’Homme nouveau d’eau et d’Esprit. Puis il en indique le but: «en sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi», et cela est supérieur à la participation au Christ que nous avons déjà acquise par le Baptême et l’Eucharistie, car ici saint Paul demande que le Christ lui-même habite «dans vos cœurs». Tout cela pour nous préparer à une nouvelle et ultime avancée: «pour que vous soyez remplis de toute la Plénitude de Dieu». Il est clair ici que l’appui de l’Esprit dans l’homme intérieur, et le fait que le Christ lui-même habite notre cœur, ont appelé l’achèvement de l’inhabitation de la Trinité en nous: «pour que vous soyez remplis de toute la Plénitude de Dieu» !

Telle est la clé du mystère de l’épître aux Éphésiens.

À la lumière de cette clef mystérieuse, nous trouvons que l’épître présente les œuvres de Dieu aux niveaux suivants:

  1. Elle révèle les desseins éternels de Dieu avant la création du monde au sujet de l’humanité.

  2. Elle révèle l’œuvre de la rédemption et du salut dont l’achèvement est de nous faire asseoir en Christ à la droite de Dieu.

  3. Elle nous fait participer au mystère de la Plénitude de Dieu : «pour que vous soyez remplis de toute la Plénitude de Dieu».

Tel est l’achèvement des desseins éternels de Dieu au sujet de l’humanité «pour que nous soyons saints et sans reproche devant Lui, dans l’amour» (Éph. 1,4). Tel en est le terme final: «Puis ce sera la fin, lorsqu’il (le Christ) remettra la royauté à Dieu le Père...afin que Dieu soit tout en tous» (1Co. 15,24 et 28), «alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui aura tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous» (lCo. 15,28). Le Christ aura ainsi achevé sa mission, selon ce que lui-même avait déclaré:

«Je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu» (Jn. 16,26-27).

Le Christ dit que ce terme final consistera en la révélation du mystère du Père:

«Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté» (Jn. 16,25).

Tel est le message ou plutôt le Mystère confié à saint Paul, et que lui-même transmet à son tour avec une grande concision dans cette épître. C’est pourquoi la grande majorité des Pères, des théologiens et des exégètes ont vu et voient toujours la haute valeur de cette épître, qu’ils placent au-dessus de tous les écrits du Nouveau Testament.

 

 Notes:

1 Introduction à l’Épître aux Éphésiens, P.G. 62,10: Τὰ βαθύτερα τῶν νοημάτων αὐτοῖς ἐμπιστεῦσαι, ἅτε ἤδη κατηχημένοις. ῎Εστι δὲ νοημάτων μεστὴ ἡ ῾Επιστολὴ ὑψηλῶν, καὶ δογμάτων.

2 Ibid.:Καὶ ὑψηλῶν σφόδρα γέμει τῶν νοημάτων καὶ ὑπερόνχων. ῝Α γὰρ μηδαμοῦ σχεδὸν ἐφθέγξατο, ταῦτα ἐνταῦθα δηλοῖ

3 Critical and Exegetical Handbook to the Epistle to the Ephesians, 1883, p.282.

4 F.F. Bruce, Paul, Apostle of the Free Spirit, Grand Rapids, 1977, p. 424.

5 C.H. Dodd, Ephesians, Abingdon Bible Commentary,1929, p. 1125.

6 M. Barth, The Broken Wall, 1960, p. 9.

7 R.H. Fuller, A Critical Introduction to the New Testament, 1966, p. 66

8 E.J. Goodspeed, The Meaning of Ephesians, Chicago, 1933, p. 15.

9 Ibid., p.3.

10 Ibid., p.9.

11 Ibid., p.8.

12 S.T. Coleridge, Table Talk, May 25, 1830; cf. H.N. Coleridge, Specimens of the Table Talk of the late Samuel Taylor Coleridge, London, 1835, p, 88, cité par F.F. Bruce, op. cit., p. 425.

13 Ibid.

14 « Rerum sublimitatem adaequam verbis sublimioribus quam ulla unquam habuit lingua humana » .H. Grotius, cité (en latin) par T.K. Abbott, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistles to the Ephesians and to the Colossians, ICC, 1899, p. xiv., et (en anglais) dans Nicene and Post Nicene Fathers, 1 Ser., Vol.XIII, p. 49, n.3.

15 S.T. Bloomfield, The Greek Testament with English Notes: Critical, Philological and Explanatory, Vol. 2, London, 1841, p. 297.

16H.A.W. Meyer, Critical and Exegetical Handbook to the Epistle to the Ephesians, 1883, p.282.

17A.H. V,2,3; V,14,3; I,8,5.

18Stromata, IV,65; Pædagogus,I,18.

19Contra Celsum, III,20; Philosophoumena,VI,34.

20Voir notre Introduction au Commentaire de l’Évangile selon S. Jean (en arabe), p. 378.

21Prolegomena to St Paul Epistles to Romans and Ephesians, Londres, McMillan Co, 1895.

22The Authenticity of Ephesians, Leiden, 1974.

23J.B. Lightfoot cité par T.K. Abbott, op. cit., p. xxxi.

24 En ce sens qu’il ne faudrait pas s’imaginer y voir des parties visibles du corps matériel du Christ. (Note du traducteur).

25 Notons que la parole du Seigneur: «Vous allez recevoir une puissance, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous» reprend les termes de la parole de l’ange à la Vierge Marie: «L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu» (Luc 1,35). Dans les deux occasions nous sommes dans un contexte de naissance spirituelle, de sanctification et de filiation divine; et cela nous invite à découvrir la relation étroite entre la naissance de Jésus Christ par la Vierge Marie, comme «Fils de Dieu» et «saint», et la naissance de l’Église.

26 Dans l’épître aux Éphésiens par rapport aux épîtres précédentes (note du traducteur).

27 Note du traducteur: Le dynamisme sans fin de l'expression  εἰς πᾶν τὸ πλήρωμα τοῦ Θεοῦ   est difficile à traduire en français. Nous l’avons rendu par « jusqu’à toute la Plénitude de Dieu », mais cette traduction n’est pas pleinement satisfaisante : jusqu’à peut être compris d’un état auquel on peut arriver et s’y arrêter. Pour rendre pleinement le dynamisme de cette expression, il faudrait dire : « pour que vous soyez remplis de plus en plus, en tendant vers toute la Plénitude de Dieu ».

 

 Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

Ce texte a été traduit au Monastère de Saint Macaire en Egypte. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au Monastère de Saint Macaire Le Grand ©, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

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