Titres du Christ

« LE BIEN-AIMÉ »

Par Père Matta El-Maskine, Monastère de Saint Macaire Le Grand ©

Titre qui inclut tous les mystères de Dieu, de la création, de la rédemption et de l’héritage promis.

icone christ pantocrator

Icône écrite par un iconographe roumain

Paroisse orthodoxe roumaine du Saint-Apôtre-André à Montpellier ©

 

«Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé1 » (Ép 1,5).

 

«Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur» (Mt 3,17).

Le but de ce titre « le Bien-aimé » est de stimuler nos cœurs, en les centrant sur un attribut du Christ qui relève de sa nature même. Si le Christ est le Bien-aimé du Père, comme il le déclare délibérément : «Le Père aime le Fils» (Jn 3,35; 5,20), cet amour est une réalité transcendante, aux dimensions infinies dans le cœur du Père. Mais c’est conjointement, pour le Fils, une réalité englobante, qui ne lui laisse rien en dehors du cœur du Père, comme le Christ le dévoile mystérieusement en disant : «Je suis dans le Père» (Jn 14,10). Ici le JE (ἐγώ) est l’être total et parfait du Christ, le Fils qui remplit le cœur du Père. Mais tout comme le Père aime le Fils, ainsi le Fils aime le Père, du même amour existentiel qui a rempli son cœur.

Aussi le Christ, conscient de sa réalité intérieure, s’est-il hâté d’ajouter: «Et le Père est en moi» (Jn 14,10). De la sorte, l’amour du Père et du Fils est une réalité ontologique, qui se traduit par une puissance totale d’attraction mutuelle. Le Fils ne peut se trouver en dehors du Père, ni le Père en dehors du Fils. Le Christ, conscient de cet amour existentiel et total qui remplissait son être, pouvait dire: «Le Père et moi, nous sommes un» (Jn 10,30).

Combien est merveilleux et ineffable ce mystère d’amour, qui est le mystère de Dieu et de son essence transcendante. Qui pourrait dire que le Père et le Fils sont deux? Ils ne le sont pas, certes non! Ils sont au contraire un seul Être, une seule essence et une seule existence, Père et Fils, Père aimant et Fils Bien-aimé. Telle est l’essence de Dieu, qui possède la plénitude de la perfection et de la richesse intérieure, tout en étant nécessairement et inévitablement une.

C’est pourquoi, il est dit que la divinité n’est pas divisible, qu’elle ne peut croître ni diminuer, et qu’il n’y a en elle ni premier ni second, ni plus grand ni moins grand, ni précédent ni suivant. En même temps, elle n’est pas une unité numérique, car le nombre exprime un mode d’existence physique, mais l’unité de Dieu exprime une Présence totale, personnifiée par un Être unique, qui inclut Paternité et Filiation. Cet Être est l’Être complet, qui possède la totalité de la Présence véritable, et embrasse tout ce qui existe en vérité. De lui proviennent la Paternité et la Filiation, incomparablement unies dans l’intimité de l’amour, pour faire exister, par l’amour, le monde et tout ce qu’il contient.

C’est ce que voulait dire S. Jean par ces paroles: «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle» (Jn 3,16). Car Dieu a créé le monde par l’amour et l’a racheté par l’amour, et l’amour a vaincu la mort, tout comme la lumière disperse les ténèbres sans combat. Ainsi avons-nous vu l’Amour, ou le Bien-aimé, susciter à partir de la mort une vie éternelle dans les cieux.

Par l’amour, Dieu créa le monde:

«C’est en lui (le «Bien-aimé», cf. v. 13) qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui» (Col 1,16).

Cela montre comment l’amour crée l’existence à partir du néant.

Et par l’amour, Dieu racheta le monde par la mort de son Fils:

«Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils Unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle» (Jn 3,16).

Cela montre comment l’amour crée la vie à partir de la mort.

Ainsi nous sommes devenus les créatures du Bien-aimé; en lui le Père nous a créés, et en lui, il nous a rachetés. Par cet amour créateur et rédempteur, nous sommes attachés au Bien-aimé et au Père par les liens de l’existence et de la vie. À ce sujet, le Christ a dit: «Celui qui m’aime, sera aimé de mon Père, et je l’aimerai et me manifesterai à lui» (Jn 14,21). Ainsi, dans l’amour, le Christ se révèle à nous.

 

«Celui qui m’aime»

Il y a un amour qui existe dans la pensée et dont on parle facilement; de cette manière tout le monde peut prétendre aimer le Christ.

Mais il y a un amour qui existe dans le cœur, pour en faire un trône de lumière où siège le Christ. De celui-ci, personne ne peut parler, mais il inonde tellement de sa lumière, qu’on ne peut nier sa présence. Si le Bien-aimé demeure dans le cœur, le cœur ne peut contenir que lui, car il est éternellement «la Plénitude qui remplit tout en tout» (Ép 1,23), et «de sa plénitude, nous avons tous reçu, et grâce sur grâce» (Jn 1,16).

Comme le Fils remplit le cœur du Père et que le Père voit et aime uniquement dans le Fils, – nous sommes aimés, en effet, par le Père dans le Fils, dans le Christ – ainsi en est-il dans notre cas: quiconque aime véritablement le Christ, le Christ remplit son cœur, et cet être humain ne peut plus aimer personne en vérité, si ce n’est dans le Christ.

 

«Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi» (Ép 3,17).

Voilà la source d’amour divin qui a jailli pour nous comme le plus grand des dons de Dieu.

Sois bien attentif, cher lecteur: le Bien-aimé, avec toute la plénitude de l’amour du Père et de son propre amour, s’est abaissé lui-même et a consenti, par obéissance à l’amour du Père, à habiter dans nos cœurs par la foi. Si nous croyons que le Christ est l’unique Bien-aimé du Père, et si nous sommes assurés de sa présence, il sera capable de transférer sa présence en nos cœurs, et de faire que son titre de «Bien-aimé» soit bien réel en nous; car l’inhabitation du Christ en nous est conditionnée par notre foi en sa Présence, et son amour en nous est conditionné également par notre foi dans l’amour du Père en lui.

Écoute ce qu’il dit mystérieusement: «Si quelqu’un m’aime... mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14,23). Il y a là un mystère caché: lorsque nous l’aimons, nous nous ouvrons à son amour, et son amour de manière irrésistible se répand en nous sans mesure. Nous ne devons pas oublier que «Dieu est Amour»; aussi, qui peut connaître Dieu si ce n’est celui qui est capable de l’aimer (Cf. 1 Jn 4,8)? Et qui peut étreindre le Bien-aimé ou l’obliger à venir en son cœur, sinon celui qui par l’amour s’ouvre à la nature de Dieu? Le Christ est la plénitude de l’amour. Il ne pénètre que dans un cœur qui lui est pleinement ouvert. Nous devons toujours être attentifs à la profonde signification de son titre de «Bien-aimé». Dans ce titre, le Père est implicitement exprimé, car il est le «Bien-aimé du Père», et ainsi, il est impossible que le Christ vienne seul dans le cœur de ceux qui l’aiment. «Si quelqu’un m’aime... mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure». (Jn 14,23).

Ô abîme et noblesse de l’amour! Le Père transcendant, à qui sont dus toute gloire, tout honneur et toute louange éternelle, peut être reçu dans nos cœurs, dans le Bien-aimé! Tel est le mystère du Bien-aimé et de son ineffable grandeur. Ce titre recèle la transcen­dance du Père: le Fils est «le Bien-aimé du Père». Ô porte ouverte sur «la Plénitude de Dieu»! Tel est ce titre de «Bien-aimé». Si nous allons à lui par l’amour, il viendra à nous avec le Père et avec tout l’amour du Père. Ainsi, se fait-il que la divinité se rend proche de l’humanité, au point de la visiter, et même d’y faire sa demeure. «Nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14,23). Nous ne devons pas prendre à la légère la venue en nous du Fils Bien-aimé avec le Père, car elle signifie que nous avons atteint les profondeurs de son amour; or celles-ci nous ont été révélées dans la mort du Fils. Il est l’Amour crucifié! Aussi le Christ était-il véridique quand il disait : «Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite, n’est pas digne de moi» (Mt 10,38 ). Ainsi l’accès au Christ et au Père passe-t-il par l’amour sur une croix. Pour être trouvés dignes du Christ et du Père, nous devons considérer les personnes divines à la lumière de l’amour et de la croix.

Si le Bien-aimé pénètre dans le cœur, il y établit une demeure pour lui-même et pour le Père. Ce n’est plus un cœur humain, mais un temple dans lequel Dieu demeure. Ô Fils de Dieu, que me reste-t-il? Viens et que le feu de ton amour me consume. À quoi sert mon existence? La tienne me suffit. À quoi sert ma vie? Ta vie engloutit ma mort, et ainsi «si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20). Paul, toi qui es parvenu jusqu’à la mort afin de gagner la vie du Christ en toi, tu l’as gagnée aussi bien dans la vie que dans la mort.

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Avez-vous entendu parler d’une mère qui aime son enfant, et qui risque la mort par amour pour lui? Cette mère a accueilli le Bien-aimé avec le cœur du Père et son amour! Avez-vous entendu parler d’un jeune marié qui aime tellement son épouse qu’il en oublie le boire et le manger jusqu’à frôler la mort? Sachez qu’il tient son amour du Bien-aimé et que l’amour l’a tellement envahi qu’il le préfère à la vie. Hommes et femmes gardant la virginité, c’est l’immense désir du Bien-aimé de trouver un foyer dans vos cœurs, un endroit où il puisse exercer les formes divines de l’amour, afin de répondre à l’amour du Père pour lui, et d’offrir à l’Église des lampes pour éclairer cette nuit sombre qui dure depuis si longtemps. Maris et femmes, revêtez-vous d’un esprit nouveau, car le trésor de l’amour divin dans vos cœurs ne peut être altéré par votre mariage ou par l’amour que vous avez pour vos fils et vos filles. Le mariage ne peut éteindre le feu ardent du Bien-aimé; mais plutôt il l’embrase davantage, car vous avez l’expérience de l’amour unifiant. Aussi, élevez celui-ci très haut, au-dessus des soucis de la vie, et il en sera plus noble aux yeux du Bien-aimé: «Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle» (Ép 5,25).

Voyez combien S. Paul élève l’honneur et la gloire de l’amour d’un homme pour sa femme, en le mettant en parallèle avec l’amour du Christ pour l’Église. Il n’y a rien d’étrange en cela, mais il y a là un mystère merveilleux. Le Christ a aimé l’Église parce qu’elle est son Corps, c’est-à-dire l’ensemble de ceux qui croient en lui et qu’il aime afin de les attirer vers le Père, de les rendre parfaits dans l’amour, et de les présenter en sacrifice devant le trône de la grâce. De la sorte, la femme occupe une place de choix dans la pensée et le cœur du Christ, car c’est elle qui offre au Christ et à Dieu le Père des enfants pour le Royaume, vivants sacrifices qui enrichissent l’Église et l’aident à accomplir sa destinée. Aussi n’est-il pas étrange que la relation de la femme à l’homme soit semblable à celle de l’Église au Christ. C’est ainsi que le Christ a revalorisé le mariage et l’a rendu aussi sacré que l’œuvre de l’Église pour le Père. S. Paul dit aussi: «De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, n’est-ce pas s’aimer soi-même?... C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église» (Ép 5,28-29).

Que la femme soit au mari, en présence du Christ et de l’Esprit Saint, comme son propre corps et comme son âme, est l’effet du sacrement du mariage. Les deux, le mari et la femme, sont devenus par leur amour mutuel et saint, en présence du Christ et du Saint-Esprit, un seul corps et une seule âme   2. Le corps de la femme est devenu pour l’époux comme son propre corps à lui: il en prend soin, l’aime et en fait grand cas, comme du sien propre; et l’âme de l’épouse et l’âme de l’époux ne font plus qu’un dans l’amour.

Il est vraiment merveilleux de voir S. Paul compléter sa vision mystique de la valeur du mariage aux yeux de Dieu, en employant des termes d’amour, d’honneur, d’estime, dignes du Christ et de l’Église. On peut envisager cela sous deux aspects:

Le premier est celui du «mystère d’unité» entre l’époux et l’épouse, basé sur leur amour mutuel et saint. Le mari aime sa femme dans le Christ, comme son propre corps et sa propre âme, et la femme de même. Par cet amour mutuel, se réalise en eux le mystère de l’unité. À cause de cela, le mariage est considéré comme semblable à l’union du Christ avec l’Église, c'est-à-dire avec l’ensemble des fidèles : «Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres» (Rm 12,5). Aussi le mariage est-il comme un modèle vivant – une cellule élémentaire – de l’union de l’Église avec le Christ.

Le second aspect est celui de la procréation. Dans l’Église a lieu la nouvelle naissance de garçons et de filles par le baptême, et de ce fait, l’Église devient comme une mère sainte qui engendre des fils et des filles pour Dieu et pour le Royaume. C’est précisément cela que devient la femme dans le sacrement du mariage: elle présente à l’Église des garçons et des filles sur lesquels l’Église pose le sceau de l’Esprit par le baptême, afin qu’ils deviennent des fils et des filles de Dieu et prennent part à l’héritage du Royaume éternel.

Ainsi le mystère de l’Église et celui du mariage réalisent ensemble une même œuvre, qui est, en définitive, l’œuvre du Christ. Si nous considérons attentivement ce titre du Christ, «le Bien-aimé», nous y découvrons la puissance et l’esprit du mariage aussi bien que la puissance et l’esprit de l’Église.

Le Bien-aimé a aimé l’Église et l’a choisie comme fiancée, comme une vierge pure, pour qu’elle lui donne des fils et des filles en vue du Royaume, pour la gloire du Père.

De même le Bien-aimé pénètre dans le mystère du mariage et unit les deux époux par son amour, afin qu’ils soient un, et qu’ils aient des fils et des filles dans la foi, pour la gloire du Christ et du Père.

L’Apôtre Paul complète ainsi son exhortation: «Comme le Christ a aimé l’Église: il s’est livré pour elle» (Ép 5,25). Cela dans le cas du Christ et de l’Église. À quoi cela correspond-il dans le cas d’un époux envers sa femme? Devrait-il être disposé à mourir pour elle ?

Nous disons que l’Église a vécu et continue à vivre, parce que le Christ s’est effectivement livré pour elle, lui, le Bien-aimé du Père. Par son amour, il lui a donné la vie à partir de sa propre vie. Mais dans le mariage, la situation n’est pas la même, parce que la disposition de l’époux à mourir pour sa femme ne serait d’aucun avantage pour elle, ni ne lui donnerait la vie. Ce qui profite réellement à la femme, et qui est aussi à l’avantage de l’époux et des enfants, pour atteindre le but sacré de l’amour et du mariage, c’est que l’époux pratique effectivement et de façon constante la mort à lui-même, pour l’amour de sa femme et de ses enfants. Cette mort à soi-même se traduit par l’endurance, la patience et le renoncement au désir de tout ce qui ne convient pas à un mari chrétien, dont la responsabilité est de guider la barque de la famille à travers les écueils de l’océan de ce monde, jusqu’à la faire parvenir aux rivages de Dieu.

Là, les deux images coïncident: celle de la mort du Christ, le Bien-aimé, pour l’amour de l’Église afin de la racheter et, par sa vie, de lui donner la vie, et celle de l’abnégation constante de l’époux pour racheter sa famille grâce à sa patience, à son endurance et à son amour, afin qu’elle vive dans la paix de Dieu et parvienne au terme de sa destinée. Cela n’est possible que si le Bien-aimé remplit le cœur de l’époux et de l’épouse, car l’amour est une force que l’on peut investir là où on veut. L’amour de l’époux persiste, grandit et atteint l’impossible, s’il tire du Bien-aimé la puissance avec laquelle il s’est livré pour l’Église, et s’il l’emploie pour le bien de sa femme. Alors l’amour du Bien-aimé dans le cœur de l’époux l’amènera à procurer à l’épouse tout ce dont elle a besoin, jusqu’aux limites de l’impossible.

Le sacrement du mariage est plein de force et de signification profonde, qu’il reçoit du Christ lui-même et de son union avec le Père: «Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai» (Jn 14,21). Si le mariage embrasse l’amour du Fils Bien-aimé, alors la puissance du Très Haut couvrira les époux de son ombre et les fera participer à l’amour essentiel du Père: ils deviendront un témoignage de l’authentique présence de l’amour divin dans le mariage chrétien.

 

Le corps dans le mariage

Ce qui nous étonne, c’est la raison que donne S. Paul lorsqu’il termine en disant: «Les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, n’est-ce pas s’aimer soi-même? Or nul n’a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église: ne sommes-nous pas les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os?» (Ép 5,28 30).

 

«Les membres de son Corps, tirés de sa chair et de ses os»

Ceci revalorise le corps dans le mariage, afin que personne ne le méprise. Si l’Église, Épouse du Christ, est en même temps son Corps, nous sommes nous aussi son Corps, dans le mystère de l’Église. Nous sommes assurément devenus membres de son Corps saint, tirés de sa chair et de ses os, car la plénitude de la divinité demeure dans le Corps du Christ et lui donne une expansion infinie. Si donc un époux a choisi pour épouse l’une des enfants du Christ, elle est indéniablement l’un des membres du Corps du Christ, tirée de sa chair et de ses os. Comment le mari ne l’aimerait-il pas, comment ne la considérerait-il pas comme sacrée? Comment ne la compterait-il pas comme son propre corps et comme son âme? À la lumière de ce mystère, nous comprenons également sous un jour nouveau comment les deux deviennent «une seule chair» (cf. Mt 19,6). Telle est la riche conception du mariage, à la lumière de la présence du Bien-aimé dans ce saint mystère.

En définitive, nous comprenons que le mystère du mariage est précisément le mystère de l’amour divin répandu par le Bien-aimé, lorsqu’il vient bénir l’homme et la femme qui désirent devenir un dans le mystère de son amour. Mais pourquoi un homme quitte-t-il son père et sa mère pour s’unir à sa femme? C’est parce que, grâce au Christ, celle-ci est devenue pour lui, à l’image de l’Église pour le Christ, son corps nouveau reçu du Seigneur: «Vous êtes le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part» (1 Co 12,27).

 

L’union du Christ avec l’âme humaine, mariage spirituel ou «adhésion au Seigneur 3»

Tout comme le Christ, le «Bien-aimé», est présent entre l’époux et l’épouse par l’amour divin, pour que les deux soient un même corps, pour le bien de l’Église, ainsi en est-il quand le Bien-aimé vient demeurer dans l’âme humaine, par l’amour divin, pour que l’être humain devienne un seul esprit avec le Christ ou dans le Christ : «Celui qui adhère au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit» (1 Co 6,17).

La base de l’adhésion au Seigneur est le fait que l’ensemble des fidèles est le temple de Dieu: «Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu? Et que vous ne vous appartenez pas? Vous avez été bel et bien achetés! Glorifiez donc Dieu dans votre corps» (1 Co 6,19-20). Ainsi celui qui choisit de ne pas être uni à une femme, c’est-à-dire de ne pas se marier, mais choisit d’adhérer au Seigneur et de donner aux aspirations de l’esprit la priorité sur les exigences du corps, a choisi en fait de plaire à Dieu plutôt que de plaire à une épouse, selon le conseil de l’Apôtre: «Je voudrais vous voir exempts de soucis. L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur. Celui qui s’est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme; et le voilà partagé. De même la femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur; elle cherche à être sainte de corps et d’esprit » (1 Co 7,32 34). L’apôtre Paul considère de la façon suivante les valeurs respectives du mariage et du célibat pour Dieu : «Celui qui se marie fait bien, et celui qui ne se marie pas, fait mieux encore» (1 Co 7, 38). Il n’est pas question de saint ou de pas saint, de pur ou d’impur. Certes non! Il est plutôt question de sainteté sans les soucis du monde, et de sainteté avec les soucis du monde.

À propos de ceux qui choisissent de consacrer leur vie et leur corps à l’adhésion au Seigneur, le Christ dit que ceci n’est pas donné à tous, mais uniquement à ceux qui peuvent le recevoir. Les disciples avaient fait cette objection au Seigneur : « Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier ». Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là seulement à qui c’est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des Cieux. Que celui qui peut accepter cela, l’accepte » (Mt 19,10 12). Dans la pensée du Seigneur, «pouvoir accepter » signifie ici recevoir la capacité de dominer les exigences sexuelles.

Ainsi le Christ présente «l’adhésion au Seigneur» comme quelque chose qui n’est pas pour tous, mais plutôt pour celui qui la choisit et en a le désir, comme le dit clairement S. Paul : «Mais si l’on est fermement décidé en son cœur, et qu’à l’abri de toute contrainte et libre de son choix, on ait résolu en son for intérieur de garder sa “virginité”, on fera bien. Ainsi donc, celui qui se marie fait bien, et celui qui ne se marie pas fera mieux encore» (1 Co 7,37-38).

D’après les paroles du Seigneur et de S. Paul, les conditions de la virginité gardée en vue d’adhérer au Seigneur se présentent clairement comme il suit:

1. Ce n’est pas pour tous;

2. Mais uniquement pour ceux à qui cela a été donné;

3. Et qui peuvent l’accepter.

4. Se marier et s’attacher à une femme est une bonne chose;

5. Mais choisir «d’adhérer au Seigneur» est meilleur.

6. Ceux qui choisissent la virginité, c’est-à-dire le célibat et l’adhésion au Seigneur, devraient être «fermement décidés en leur cœur, à l’abri de toute contrainte (de leurs passions), libres de leur choix, et résolus en leur for intérieur».

 

Le Seigneur élève vers lui l’humanité tout entière,

ceux qui sont mariés et ceux qui ne le sont pas:

L’union du Christ avec l’âme, mariage céleste et spirituel.

«Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour être avec vous à jamais... Je ne vous laisserai pas orphelins. Je reviendrai vers vous. Sous peu, le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis et que vous vivrez. Ce jour-là, vous comprendrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous» (Jn 14,16-20 ).

 

«Vous en moi et moi en vous»

Le Christ déclare cela aux disciples avant sa crucifixion, comme une réalité qui leur sera manifestée après sa résurrection : «Ce jour-là» c'est-à-dire le jour où l’Esprit Saint descendra directement sur eux.

«Vous en moi et moi en vous» exprime un état d’union parfaite et réciproque. Nous sommes en lui, c’est-à-dire dans le Bien-aimé, et lui en nous, en sorte que nous n’avons plus rien en dehors du Bien-aimé.

«Et moi en vous» signifie que le Bien-aimé avec tout son amour demeure en nous. Ceci est, en fait, le mariage spirituel, union sans fin, mystère ineffable de l’œuvre du Bien-aimé en nous, et manifestation suprême de son amour pour nous.

Quand il dit «Et moi en vous», on pourrait penser qu’il supprime notre existence propre; mais avant cela il a dit positivement que nous aussi nous serons en lui, avec tout notre être. Par conséquent, dans le Bien-aimé, notre existence est confirmée et assurée par la sienne propre.

Et quand il dit tout d’abord: «Je suis en mon Père», comme une introduction aux clauses d’un contrat de mariage, il indique que l’union a lieu en la présence transcendante du Père, parce qu’il est Un avec le Christ. C’est le fondement de notre union avec le Bien-aimé et de son union avec nous, en ce sens que le Christ – le Bien-aimé – ratifie ce sublime mariage spirituel par la présence du Père. De la sorte, c’est un mariage absolument saint, réalisé sous les yeux du Père, avec son agrément et selon son bon plaisir.

Remarque ici, cher lecteur, que le Christ s’adresse à ses disciples, en leur qualité de première réalisation de l’Église. Comme nous le savons, Pierre était l’un des disciples, et il était marié; parmi les autres disciples, les uns étaient mariés et d’autres ne l’étaient pas. L’union au Christ, en présence du Père, est un mariage spirituel ineffable qui englobe tous les fidèles, mariés ou non, sans discrimination.

À notre avis, ceci indique l’existence d’un état de virginité spirituelle pour l’humanité nouvelle, obtenu en vertu de sa sanctification par le sang du Christ. Cet état de virginité rassemble ceux qui ne sont pas mariés et ceux qui sont mariés mais qui vivent spirituellement, par la grâce de l’Esprit, leur union corporelle avec leur conjoint. Nous avons donc devant nous, clairement, une virginité physique et une virginité spirituelle, un mariage physique et un mariage spirituel:

Ceux qui sont vierges de cœur sans être destinés au célibat, sont appelés au mariage physique, en toute décence. Ils sont également appelés au mariage spirituel par l’union au Christ.

Quant à ceux qui sont vierges de cœur et de corps, ils renoncent au mariage physique, pour se consacrer uniquement au mariage spirituel avec le Christ.

La différence entre les deux est expliquée par S. Paul de la façon suivante:

– «Je voudrais vous voir exempts de soucis. L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur» (au Bien-aimé, uniquement).

– «Celui qui est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme».

Nous nous permettons d’ajouter, en nous basant sur l’Évangile et l’invitation générale au Royaume, que, même dans le cas des époux, le mariage vient en second lieu après leur vocation première et essentielle qui est de s’unir au Christ. Les deux époux s’intéressent ensemble aux affaires du Seigneur. Ceci est un fait certain, indiscutable dans la Bible: l’union physique entre un homme et une femme dans le mariage et l’union spirituelle au Seigneur ne se présentent pas comme une alternative inéluctable: ou bien mariage, ou bien union au Christ; ou bien mariage ou bien Royaume de Dieu. Cette alternative est tout à fait hors de question et contraire à toutes les promesses de Dieu concernant l’universalité du salut et de l’accès au Royaume et à la vie éternelle. Mais ce qui est ajouté dans le cas du mariage physique, c’est le fait de porter «le souci des affaires du monde», et nous voudrions dire encore, le fait d’assumer mutuellement la responsabilité du salut du conjoint.

Toute personne, homme ou femme, qui garde la virginité, qui s’est dégagée des soucis du monde et qui a renoncé au mariage, est nécessairement appelée à s’unir au Christ, à parvenir au salut, à chercher le Royaume et à tendre à la vie éternelle; tout cela au même titre et suivant le même appel que les gens mariés qui sont devenus une seule chair et qui supportent ensemble les soucis du monde. Ils se sont mariés en comprenant que leur vocation chrétienne est, d’abord et avant tout, et malgré tout obstacle, d’adhérer au Christ et de s’efforcer de maintenir cette union avec lui. Cela s’applique aux deux, homme et femme. Chacun des deux mène son propre combat, son propre cheminement spirituel, et le fait de vivre ensemble peut faciliter ce combat et ce cheminement. Maris et femmes sont appelés au salut et à la vie éternelle par un droit divin et une promesse divine, tout comme ceux qui se consacrent à la virginité et renoncent au mariage.

Cela éclaire ce que dit S. Paul: il n’y a pas de différence entre les deux états, si ce n’est «le souci des affaires du monde» que portent les gens mariés, et qui est remplacé pour ceux qui pratiquent la virginité par le souci du combat contre l’ennemi, par la maîtrise et la soumission du corps au bénéfice de l’esprit.

Celui qui garde la virginité se distingue par l’acquisition de hautes expériences spirituelles pour la gloire du Bien-aimé et le bien de l’Église – pourvu qu’il réussisse véritablement à maîtriser et à soumettre son corps, et à garder son esprit axé sur la volonté du Christ. Il possède également comme signe distinctif la capacité de discerner les mystères de l’Évangile et les caractéristiques du chemin du salut et de la vie éternelle, et de devenir un guide spirituel pour beaucoup de personnes, aussi bien durant sa vie qu’après sa mort.

L’homme marié se distingue par deux choses. La première est le fait d’avoir une sœur qu’il garde et dont il prend soin dans la crainte du Seigneur; il l’offre au Seigneur, en même temps que lui, comme une partenaire parfaite, dans une même foi et pour un même pèlerinage vers le salut, et une même espérance du Royaume de Dieu. Ensemble, ils accomplissent la volonté de Dieu dans leur vie. La seconde chose est qu’ils offrent à Dieu les fils et les filles qu’il plaira à Dieu de leur donner – nombreux ou non, et s’ils le sont, la récompense en sera plus grande – . Ils les offrent à l’Église pour l’enrichir dans la foi et l’amour. L’Église est l’épouse du Christ, elle est son Corps. Ainsi de leurs propres corps, ils ajoutent une parure au Corps du Christ, qui croît et se perpétue de génération en génération.

Celui qui garde la virginité et consacre sa vie au divin Bien-aimé offre à l’Église une vie sainte, une science divine, une lumière céleste et une vivante expérience. Il lègue à l’Église son nom et son combat spirituel, afin que l’Église puisse rayonner en ce monde avec plus de puissance, de grâce et de lumière. Il présente un vivant modèle de l’Évangile vécu, qui se transmet de génération en génération, afin que la lumière de l’Église ne s’éteigne jamais.

Les hommes et les femmes mariés offrent leurs corps, ou plutôt leur unique chair, unifiée par l’amour, au Corps céleste du Bien-aimé, c'est-à-dire à l’Église. De leurs corps, ils offrent à l’Église le fruit de leur amour sanctifié, leurs fils et leurs filles, pour la faire croître en nombre et en vitalité, en amour et en activité, en service et en lumière pour le monde.

À la fin de son discours sur ce sujet, le Christ dit: «Que celui qui peut accepter cela, l’accepte » (Mt 19,12). Le Christ ne fait pas de discrimination entre mariage et virginité, mais discrètement, il suggère celle-ci à celui qu’il aime davantage, afin qu’il reste vierge à l’exemple du Bien-aimé.

 

Retour sur la sublimité du mariage spirituel et de l’union au Christ, le Bien-aimé:

Dans la prière sacerdotale, qui est le testament dernier, l’ultime souhait du Bien-aimé, le Christ insiste à plusieurs reprises sur notre union avec lui. Quelques heures avant d’être élevé sur la Croix, il la demande à son Père. Le lecteur doit être très attentif à l’universalité de cette prière:

«Je ne prie pas pour eux seulement (les disciples), mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous... Moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un» (Jn 17,20 23 ).

Le Christ revient avec insistance sur le souhait que notre union à lui soit semblable à l’unité qu’il a avec le Père et qu’elle en découle: «Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous». Ainsi le mariage spirituel est élevé au niveau de l’unité divine. Si nous nous souvenons de ce que nous avons dit précédemment: l’unité du Père et du Fils est fondée sur leur amour réciproque – «Le Père aime le Fils et le Fils aime le Père» – cela nous montre que l’union du Christ avec nous et la nôtre avec lui est, en vertu du même principe, une union d’amour réciproque. Un amour unifiant. L’union de l’être humain au Bien-aimé est capable d’être marquée par l’unité du Père et du Fils, et de s’en approcher.

L’amour divin mutuel du Bien-aimé et des fidèles,
témoignage suprême de l’authenticité de la mission du Fils dans le monde

«Moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un, et que le monde sache que tu m’as envoyé». (Jn 17,23).

L’amour mutuel entre nous et le Fils Bien-aimé
témoigne que le Père nous a véritablement aimés
du même amour dont il aime son Fils Bien-aimé.

«...Pour que le monde sache que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé» (Jn 17,23).

«Qu’ils soient un comme nous sommes un» (Jn 17,22).

«Qu’eux aussi soient un en nous» (Jn 17,21).

Tel est le miracle de la condescendance divine qui permet à l’être humain d’accéder au domaine mystérieux de l’amour divin du Père et du Fils, fondement de l’unité divine entre le Père et le Fils.

Qui peut le croire? N’est-ce pas la merveille des merveilles de Dieu qu’il puisse s’abaisser ainsi? Que nous puissions pénétrer dans le domaine de l’amour du Père, ce même amour dont il aime son Fils, ou, au moins dans un amour qui lui soit semblable:

« Comme tu m’as aimé ... »

« Comme nous sommes un».

Tel est en réalité le mystère du Bien-aimé, du Fils qui embrasse tout l’amour du Père. Lorsqu’il s’est abaissé jusqu’à prendre la condition de serviteur et la forme humaine dans le corps d’une Vierge, il est venu en notre monde, lui apportant en lui-même tout l’amour du Père. Par sa mort et sa résurrection, il a élevé l’humanité à son propre niveau, si bien qu’elle jouit avec lui et en lui, des richesses et de l’héritage du Bien-aimé. Elle devient ainsi une humanité rachetée, participant avec lui au même amour du Père. Au seuil de la crucifixion, le Christ révéla son plus grand mystère, celui de son immense gloire qu’il nous a donnée en partage:

«Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un» (Jn 17,22).

Cette parole nous promet l’expansion en nous tous de l’amour de Dieu le Père, à travers le temps et jusque dans l’éternité. Telle est la promesse du Bien-aimé que le ciel a enregistrée pour qu’elle puisse résonner éternellement, et être accomplie devant nos yeux et dans nos cœurs, jour après jour, «jusqu’à ce qu’il vienne» (Cf. 1 Co 11,26). Oui, certainement il reviendra et accomplira ouvertement sa promesse, et «nous verrons de nos propres yeux la gloire de l’Agneau4 ». Il est le garant de la promesse qu’il a faite et il veille sur sa parole pour l’accomplir (cf Jr 1,12):

«Je leur ai révélé ton nom et le leur révélerai, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux» (Jn 17,26).

Oui, viens vite, Bien-aimé, car nos sources sont taries!

Réveille-toi, cher lecteur. Ce n’est pas un rêve, mais une vision de vérité et une promesse certaine, enregistrée pour nous par le Bien-aimé, et ratifiée par la présence du Père. Nous vivons actuellement la période de nos fiançailles, et nous nous préparons chaque jour, – grâce à l'œuvre de l’Esprit Saint ressentie dans les battements de notre cœur – à voir l’accomplissement de la promesse du Bien-aimé, et à participer à sa réalisation.

Écoute ce que dit l’Esprit:

«Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils Bien-aimé» (Col 1,12-13).

«Car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ» (2 Co 11,2).

Cher lecteur, il est clair que nous découvrons maintenant la vérité de toutes ces promesses précieuses et bénies, que le Fils Bien-aimé a scellées de son sang. Nous la découvrons dans l’amour du Christ que nous goûtons chaque jour, dans la prière, dans la louange d’un cœur plein d’allégresse, dans la chasteté et la pureté du corps, dans les aspirations brûlantes de l’Esprit, lorsque nous nous approchons du saint autel pour recevoir le charbon ardent de la divinité. Nous la découvrons plus encore dans le feu de l’amour qui enflamme nos cœurs pour le Bien-aimé et pour les autres, tous les autres. Toute chose se fanera et disparaîtra, si ce n’est l’amour qui, à la fin, nous emportera sur les ailes de l’Esprit, pour nous faire reposer en présence du Bien-aimé et du Père.

L’apôtre Paul, plein d’expérience dans la connaissance des mystères du Bien-aimé, nous a donné la clef du trésor, afin que nous puissions atteindre notre but:

«... Que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints,... et de connaître l’amour du Christ, (du Bien-aimé), qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu» (Ép 3,17-19).

Cette expression équivaut parfaitement à celle de la prière du Bien-aimé dans Jean 17:

«Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux».

Aussi, que ce soit dans la prière sacerdotale de Jean 17, ou dans l’explication qu’en donne S. Paul dans ce qu’il a écrit de plus élevé et de plus vrai dans son épître aux Éphésiens, nous découvrons que tout est centré sur l’amour que le Bien-aimé est venu rayonner sur notre monde, et dont il garantit l’accomplissement, selon sa promesse.

 

Quelqu’un pourrait dire: «Quelles sont ces étranges merveilles dont tu parles, cher auteur?»

Je réponds: L’Esprit dit:

«Nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de connaître les dons que Dieu nous a faits» (1Co 2,12).

«L’Esprit, en effet, scrute tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu» (1Co 2,10).

Aussi, cher lecteur, si tu dis que ces vérités sont trop élevées et nous dépassent, l’Esprit répond:

«Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit» (1 Co 2,9).

Autrement, pourquoi l’Écriture dirait-elle que:

«L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5,5)?

L’amour de Dieu se serait-il répandu dans nos cœurs, si ce n’était pour nous mettre en communion avec le Christ et avec son Père?

«Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que votre joie soit complète» (1 Jn 1,3-4).

N’avons-nous pas dit, cher lecteur, que nous sommes appelés à une communion nuptiale avec le Christ, approuvée par le Père et réalisée par l’Esprit Saint? Pouvons-nous connaître une «joie complète» sinon par l’union nuptiale entre l’âme et le Bien-aimé, avec l’agrément du Père et son bon plaisir?

Nous ne pouvons clore ces réflexions sur le Bien-aimé, sans reprendre ce que dit S. Paul:

«Enracinés, fondés dans l’amour, vous recevrez la force de comprendre avec tous les saints ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu» (Ép 3,17 19).

Ainsi s’achève le mystère du Bien-aimé: son amour est la porte ouverte à «toute la plénitude de Dieu».

– Cher auteur, nous sommes d’accord avec ce que tu as écrit, mais par où commencer ? Où se trouve le chemin ?

– C’est un battement de cœur, bien connu des amants, qui annonce la venue du Bien-aimé. Commence alors le chemin sans fin qui mène à Dieu.

 

Notes:

1Remarquer que «le Bien-aimé» dans ce verset est un substantif, presque un nom de personne. Le Christ est «le Bien-aimé», alors qu’ailleurs «bien-aimé» n’est qu’un simple qualificatif, comme dans le verset suivant. (Note du traducteur).

 2 L'esprit n'est pas mentionné dans le mariage entre le mari et la femme. Car l'esprit humain n'entre en mariage qu'avec Jésus-Christ, quand le Bien-aimé vient demeurer dans l’âme humaine, par l’amour divin, pour que l’être humain devienne un seul esprit avec le Christ ou dans le Christ . 1Co 6,17. Se reporter aussi plus bas dans le texte. 

 3 Cf 1 Co 6,17.

4 Cantique arabe chrétien. (Note du traducteur).

 

Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

Ce texte a été traduit au Monastère de Saint Macaire en Egypte. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au Monastère de Saint Macaire Le Grand ©, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

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