Quel est le message de Noël pour nous en ce jour?

Par Père Matta El-Maskine, Monastère de Saint Macaire Le Grand ©


Le Christ aujourd’hui est né à Bethléem, c’est-à-dire qu’il est entré dans le monde, et qu’il y a habité. Or ce n’est pas pour le monde que le Christ y est entré et y a habité, mais bien pour nous-mêmes. Le Christ, en vérité, est entré dans le monde et y a habité, pour entrer dans l’être humain et y faire sa demeure. Tel est le message du Christ, manifesté par l’Incarnation.

À la naissance du Christ, se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu en disant: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre et joie pour les hommes» (Luc 2,14).

Tel a été pour l’homme le message de Noël; car l’ange disait: «Il est né pour vous aujourd’hui». Pour la première fois depuis Adam, un homme naît «pour nous». Et sa naissance devient en nous un message vivant proclamant la gloire de Dieu au plus haut des cieux, la paix sur la terre et la joie pour les êtres humains. Paix et joie divines qui ne viennent pas de la terre et ne sont pas pour la terre.

« Je vous laisse la paix; je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne» (Jn 14,27).

« Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.» (Jn 15,11).

«Je dis ces choses, encore présent dans le monde, pour qu’ils aient en eux-mêmes ma joie en sa plénitude» (Jn 17,13).

Ce qui rend gloire à Dieu, c’est l’inhabitation du Christ en nous. Lui seul glorifie vraiment Dieu, car Dieu est son Père, et il est lui-même la gloire de Dieu. Et ce qui répand en nous la paix et la joie, c’est l’inhabitation du Christ en nous; car il est lui-même la paix (cf. Eph 2,14) et la joie divines venant du ciel vers l’homme.

 

Icône de la Nativité

Fresque du monastère Domnului - Carte de la Métropole Orthodoxe Roumaine ©

S’il est vrai que le Christ est né historiquement dans une crèche faite de terre, spirituellement, avec toute la plénitude de sa divinité, il ne pouvait venir que dans l’homme. Telle est la mission pour laquelle il est descendu du ciel, cette mission qui a été pleinement manifestée après la Résurrection. L’inhabitation du Christ en nous s’est alors avérée être la mission suprême du Christ, la clef de voûte de la doctrine chrétienne. «Vous êtes en moi et moi en vous» (Jn 14,20). Saint Paul y a vu ce qu’il y a de plus précieux à nous transmettre par la prière et l’exhortation: «Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom. Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur et que le Christ habite en vos cœurs par la foi» (Eph 3,14-17).

À la lumière de Noël, quelle est la valeur de l’inhabitation du Christ dans nos cœurs par la foi? Sa valeur est d’être la véritable source de la glorification de Dieu, qui s’élève de nos cœurs vers le ciel; car le Christ est lui-même la gloire de Dieu. Il est encore la source divine de laquelle se répandent en nos cœurs la paix et la joie de Dieu. Celles-ci en avaient disparu, par suite de la forte hostilité qui régnait entre nous et Dieu, mystère de notre détresse. De lui-même, l’homme ne saurait pas et ne pourrait pas rendre gloire à Dieu; il ne comprendrait même pas ce que cela signifie. La paix et la joie ne sauraient jaillir du cœur de l’homme vers Dieu et vers les choses divines, si ce n’est par des paroles. Le Christ seul est le «Prince de la Paix» (Cf. Isa 9,6). Lui seul possède la paix, lui seul la donne. «Je vous donne ma paix» (Jn 14,27). Sa paix est une paix divine et durable. La joie qu’il nous donne se répand en louanges spirituelles et en actions de grâces. Cette joie «nul ne peut nous la ravir» (Jn 16,22). Si le Christ habite dans nos cœurs, notre vie glorifie Dieu et devient un message de paix et de joie spirituelles parmi les hommes.

La paix et la joie ne sont pas seules à remplir nos cœurs grâce à l’avènement du Christ en nous. Elles s’accompagnent de la «justice de Dieu». Le Christ est le seul Juste au sens absolu (Cf. 1 Jn 2,1) et Celui qui «justifie des multitudes» (Is. 53,11). Si le Christ n’habite pas par la foi dans le cœur de l’homme, celui-ci ne peut être juste. La justice est l’intégrité parfaite aux yeux de Dieu. Qui peut y prétendre? C’est pourquoi le Christ est devenu notre justice (Cf. 1 Co 1,30) qui nous fait vivre devant Dieu et jouir de sa bienveillance. Non seulement le Christ est notre justice, mais encore notre sanctification: «Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité» (Jn 17,19)

Et ce ne sont pas seulement la justice et la sanctification qui remplissent nos cœurs quand le Christ y est présent, c’est aussi l’amour. L’essence de l’amour est Dieu. «Dieu est amour» (1 Jn 4,8). Chez l’homme l’amour est soit déficient, soit trompeur. Le critère de l’amour est de mourir pour un ennemi ou pour un pécheur (Cf. Ro 5,8 et 10). Le Christ seul en est capable. Il n’y a pas d’amour plus grand que le sien. «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15,13). «Je leur ai fait connaître ton nom et le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux» (Jn 17,26). La croix en est la pierre de touche. Si le Christ n’habite pas dans nos cœurs, d’où peut nous venir l’amour véritable et sincère, l’amour sacrificiel? Un amour qui ne se sacrifie pas ne témoigne pas de Dieu et ne le glorifie pas. Si le Christ est absent de nos cœurs, les haines s’éveillent, les inimitiés prennent le dessus, les que­relles, l’esprit de parti et les divisions s’imposent.

Source de l’amour, le Christ est également l’origine de notre filiation adoptive. Comment pourrions-nous être appelés enfants de Dieu, si le Christ ne demeurait dans notre cœur, ne régissait notre vie et ne nous donnait l’obéissance des enfants de Dieu et leur amour filial pour le Père? Comment serions-nous enfants de Dieu si nous n’avions dans nos cœurs l’Esprit du Christ, seul capable d’invoquer Dieu comme «Abba, Père»? Par lui seul nous osons dire:«Notre Père qui es aux cieux». L’Esprit du Christ, comme dit saint Paul «nous fait nous écrier: Abba, Père!» (Ro 8,15). «Abba», ce mot que balbutie tout enfant porté sur les bras de son père! «Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, le Christ ne lui appartient pas» (Ro 8,9), le Christ n’est pas présent en lui. Seul l’Esprit du Christ nous confère le don d’intelligence et de discernement propre aux enfants de Dieu. Sans ce don, notre cheminement – surtout pour nous, moines – serait extrêmement difficile.

À ceux qui ont reçu le Christ et dans lesquels le Christ s’est plu d’habiter, le Père accorde, en plus de tous ces dons précieux, le don de la foi. La foi est le plus grand don de Dieu. C’est elle qui ouvre nos cœurs et nos esprits à Dieu. Par elle, nous croyons en Dieu le Père, en son Fils, le Christ, et au Saint Esprit. Nous y croyons, non point par nous-mêmes, par notre raison ou nos paroles, mais par les ressources infinies de la foi qui vient de Dieu. Si Dieu habite en nos cœurs et y parle par son Esprit, la foi en Dieu et au Christ nous vient de la présence en nous du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Cette foi devient capable d’émouvoir le ciel et de transporter les montagnes. Elle nous habilite à la vie de communion avec Dieu et avec le Christ, dont parle saint Jean (Cf. 1 Jn 1,3). Celle-ci devient pour nous une réalité vivante que nous expérimentons lucide­ment dans notre vie nouvelle, par notre Homme Nouveau.

C’est alors seulement que nous pouvons dire avec l’apôtre Paul: «Si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi» (Ga 2,20). Telle est la vie nouvelle du chrétien. Elle n’est autre que la vie du Christ en nous. Désormais, nous vivons, nous nous mouvons et nous existons par l’Esprit de Dieu qui habite en nous. Par lui seul, nous pouvons dire avec l’apôtre Paul: «Qui nous séparera de l’amour du Christ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive?» (Ro 8,35).

Tous ces dons sont devenus l’héritage de l’humanité par l’inhabitation du Christ en nous: «Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ» (Ro 8,17). Cet héritage extraordinaire et merveilleux consiste notamment à avoir part à sa mort et à sa résurrection, à vivre de sa vie et à siéger avec lui au ciel, à sa droite.

Tels sont les dons reçus grâce à la naissance du Christ aujourd’hui à Bethléem, grâce à son entrée dans le monde et à son inhabitation en l’homme.

 

Icône de la Nativité

Détail de la Nativité- Atelier Le Roseau - Michèle Koné ©

Si donc tous ces dons sont acquis à l’humanité par l’inhabitation du Christ dans nos cœurs, cette présence s’avère être notre vie, notre salut, notre justice, notre paix, notre joie et notre amour. Elle nous confère le droit d’être enfants de Dieu, de vaincre le monde et le siècle présent.

Conscient de l’importance majeure de cette habitation du Christ dans nos cœurs, saint Paul, qui l’a expérimentée et vécue, a entrepris de nous y faire parvenir par son intense prière: «Je fléchis les genoux en présence du Père...Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur et que le Christ habite en vos cœurs par la foi» (Eph 3,14-17).

Toutes ces grâces qui forment notre héritage sont donc conditionnées, en définitive, par la foi et par la puissance de l’Esprit agissant dans l’homme intérieur. Si nous ne jouissons pas de la présence du Christ dans nos cœurs, dans notre homme intérieur, c’est que notre foi est inefficace, car elle n’est pas appuyée par la puissance de l’Esprit. La conséquence inévitable est d’être privés de la participation à tous ces dons gratuits qui forment notre héritage.

Nous touchons là à ce qu’il y a de plus grave dans notre vie chrétienne, surtout pour nous, les moines. Si le Christ n’habite pas dans nos cœurs par la foi, notre vie chrétienne se trouve en marge de la vérité; il lui manque le critère irremplaçable d’authenticité, qu’est la présence du Christ en nous. Que faire donc?

Ici le combat de la foi est prépondérant. Il doit être notre première préoccupation. Il consiste à réclamer notre droit à cet héritage, car nous avons été inscrits parmi les fils de Dieu en vertu de notre foi en la croix et la résurrection du Christ.

Il s’agit d’un combat avec Dieu, tel le combat de Jacob, qui a duré jusqu’à l’aurore. «Quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni» (Gen 32,25-27). Cette bénédiction était l’héritage de ses pères, Abraham et Isaac. Notre combat à nous consiste à réclamer les droits que nous a acquis le Christ, autrement dit, son héritage, objet «des plus grandes et des plus précieuses promesses» (2 Pi 1,4). Il nous est impossible de les obtenir, si le Christ ne demeure dans nos cœurs par la foi que soutient la puissance de l’Esprit. Nous nous tenons donc devant Dieu le Père, riche en miséricorde, et nous lui demandons de nous donner, selon la richesse de sa gloire, ce don gratuit, dont l’Évangile déclare par la bouche du Christ que le Père est tout disposé à le prodiguer: «Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient» (Luc 11,13)?

C’est pourquoi en cette sainte célébration de l’entrée du Christ dans le monde, je vous engage à lutter comme Jacob, jusqu’à l’aurore, afin d’obtenir ces droits de notre héritage. Nous y parviendrons grâce à la venue du Christ en nos cœurs, par la foi qu’affermit l’Esprit. Notre combat est stimulé par le conseil du Christ de veiller jusqu’au milieu de la nuit, jusqu’à l’aurore, dans l’attente de la venue de l’Époux (Cf. Mat 25,1-13; Luc 12,36). Mais nous, nous attendons sa venue dans notre cœur, par l’Esprit. Notre combat de Jacob est avec le Père riche en gloire (Cf. Eph 3,16), «riche en miséricorde» (Eph 2,4). Ce n’est pas un combat de mendiants qui s’adresseraient à un avare. C’est pourquoi nous nous attendons à recevoir ce don du Père, avec une ferme espérance appuyée sur les promesses.

Quelle est la mesure de ce combat? Elle est déterminée par l’immensité de ce que nous demandons, avec toute « sa Largeur, sa Longueur, sa Hauteur et sa Profondeur » (Cf. Eph 3,18). En proportion de ce que nous demandons et espérons obtenir, nous devons donc veiller et prier. Mais comment veiller et prier? Pour cela le Christ nous donne l’exemple de Gethsémani, en sorte que nous voyions de nos propres yeux et que nous comprenions avec notre cœur la prière du Chef de notre foi et de notre salut. Prière de prosternation jusqu’à terre, prière de «larmes avec une puissante clameur » (Cf. Heb 5,7), avec une « sueur coulant à terre comme des gouttes de sang» (Cf. Luc 22,44). Telle a été sa prière en vue d’obtenir du Père en notre faveur tous ces dons, cet héritage, objet «des plus grandes et des plus précieuses promesses». Quand il nous dit: «Veillez et priez», il nous a déjà donné le modèle de nos veilles, de nos prières et du rude combat que nous devons y livrer. Et vers qui s’adressait sa prière? Vers Dieu son Père!

Afin que vous ne soyez pas étonnés de ce cheminement spirituel, je vous livre l’enseignement du premier Père de notre vie monastique, saint Antoine:

«Ce grand Esprit de feu, que moi-même j’ai reçu, recevez-le donc vous aussi! Et si vous voulez le recevoir pour qu’il habite en vous, présentez d’abord le labeur du corps, l’humilité du cœur, et élevez vers le ciel vos pensées nuit et jour. Demandez avec droiture de cœur cet Esprit de Feu et il vous sera donné. Ne doutez pas dans votre cœur. N’ayez pas un cœur double et ne dîtes pas: Qui donc pourrait le recevoir? Non, mes enfants; ne laissez pas ces pensées envahir votre cœur, mais plutôt demandez avec un cœur droit et vous l’obtiendrez».

«Moi aussi, votre père, je participe à votre labeur et je prie pour vous, afin que vous le receviez (comme faisait saint Paul, fléchissant les genoux et suppliant le Père de nous donner l’Esprit), car je sais que vous êtes parfaits et capables de le recevoir. Tous ceux qui se cultivent eux-mêmes de cette culture (l’ascèse évangélique), l’Esprit leur est donné de génération en génération. Efforcez-vous de persévérer dans la prière de tout votre cœur et il vous sera donné» (Lettre arabe VIII).

Si, par son incarnation et sa venue au monde, le Christ nous a acquis le salut et la participation à son héritage, il a achevé d’en acquitter le prix à Gethsémani, par cette prière empreinte de tristesse « à en mourir ». Aussi notre célébration de Noël ne peut s’achever sans une visite à Gethsémani, afin de réaliser quel prix immense le Christ a dû acquitter pour pouvoir habiter dans l’être humain, et lui donner le droit à sa vie et à son héritage.

Dans notre combat spirituel, nous ne sommes pas seuls; nous sommes en communion avec le Christ veillant dans la prière, la prosternation, les larmes et une puissante clameur vers le Père. Avec lui, nous nous adressons au Père, riche en gloire et en miséricorde, qui nous attend, désireux de nous accorder la victoire et le salut. Car nous combattons par amour pour lui, afin d’avoir accès au titre d’enfant de Dieu, et avec lui à tous les privilèges des enfants et à leur héritage. En premier lieu, pour qu’Il nous arme de puissance par son Esprit, pour que se fortifie en nous l’homme intérieur et que le Christ habite en nos cœurs par la foi. Car sa présence en nous nous obtient tous les dons.

En effet, si le Christ vient dans notre cœur, nous recevons avec lui la vie et l’Esprit. S’ouvre alors devant nous le chemin de la vérité. Nous n’avons plus besoin qu’on nous montre le chemin, qu’on nous enseigne sur Dieu et la vraie vie, ou qu’on nous communique l’Esprit. La prophétie de Jérémie à propos des dons de la Nouvelle Alliance se sera vérifiée en nous:

«Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur: Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à s’instruire mutuellement, se disant l’un à l’autre: “Ayez la connaissance du Seigneur!” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, dit le Seigneur, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché» (Jr 31,33-34).

Ou encore selon saint Paul:

«Vous êtes manifestement une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs... Ce n’est pas que de nous-mêmes nous soyons capables de revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous; non, notre capacité vient de Dieu» (2 Co 3,3 et 5).

Celui qui reçoit le Christ par l’Esprit dans son cœur est sauvé. Bien plus, il devient capable d’en sauver bien d’autres. Le salut n’est pas une idée, une parole, une lettre ou la récitation de versets connus; mais le salut est la présence du Sauveur lui-même dans nos cœurs. C’est lui qui, par son Esprit et sa vie, opère en nous le salut. «En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu» (Ro 8,14).

Tels sont les dons que nous a valus en ce jour la Nativité du Christ.

On sait que «lorsque le Premier-né a été introduit dans le monde» (Heb 1,6), il a assumé notre corps terrestre, pour en faire son propre temple. Il y a habité avec toute la plénitude de sa divinité (Cf. Col 2,9). Nous étions donc en lui et lui en nous. Mais il a ensuite détruit «le temple de sa chair» (Jn 2,21) sur la croix et l’a mis au tombeau, afin de le libérer des péchés qu’il y avait assumés. Trois jours plus tard, il l’a ressuscité, temple spirituel, parfaitement sauvé, afin d’y vivre et de nous y faire vivre avec lui, de sa propre plénitude divine, avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Car là où demeure le Christ, demeure toute la Plénitude de la divinité. «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14,23).

Tout comme le Christ est en nous, nous sommes en lui, que ce soit au moment de son Incarnation, à celui de sa Résurrection ou de son Ascension aux cieux. À tous ces niveaux, se vérifie la parole qu’il a dite dans l’Évangile selon saint Jean: «Vous êtes en moi et moi en vous» (Jn 14,20).

Il alla jusqu’à dire à son Père:

«Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous... Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un. Moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité» (Jn 17,21-23).

Voici le sommet de la théologie du salut, le but suprême de la foi, le couronnement du christianisme et la vocation ultime de l’homme.

N’avons-nous pas là aussi le même mystère de cette «plénitude de Dieu», vers laquelle tend toute la prière de saint Paul que nous avons citée? Paul n’a-t-il pas reçu directement du Christ tout ce que le Christ avait révélé à saint Jean?

«C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom. Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la Plénitude de Dieu. À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen» (Eph 3,14-21).

Considérez, mes Pères et mes frères, combien la venue de l’Esprit Saint en nous, depuis le jour de la Pentecôte, a contribué à notre élévation spirituelle, bien plus que tout ce qui a été donné à Israël durant deux mille ans. La venue du Christ et de l’Esprit Saint dans l’Homme Nouveau ne nous a pas seulement révélé la vérité toute entière, comme dit le Christ: «Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière» (Jn 16,13); bien plus, elle nous a ouvert l’accès au Royaume des cieux.

Puisse cette homélie devenir le programme spirituel de la vie monastique de chacun de nous, depuis le début jusqu’à la fin, pour la gloire de Dieu, Amen.

7 janvier 2000

En ce début du troisième millénaire de la venue de notre Sauveur

 

Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

Ce texte a été traduit au Monastère de Saint Macaire en Egypte. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au Monastère de Saint Macaire Le Grand ©, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

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