« Avant la fondation du monde »

Le mystère du Christ et de l’Église

Par Père Matta El-Maskine, Monastère de Saint Macaire Le Grand ©

Extrait du commentaire du Père Matta el Maskîne sur la première Épître de S. Pierre

 

1Pi 1, 18-20 - Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères,... par un sang précieux, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ, connu par avance avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous.

Que le Christ, avec le salut par son sang, soit connu par avance avant la fondation du monde équivaut, dans les termes de saint Paul, au Mystère du Christ qui n’a pas été manifesté dans les générations passées aux prophètes et aux saints:

« C’est par révélation que j’ai eu connaissance du Mystère, tel que je viens de l’exposer en peu de mots: à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ. Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit... À moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ, et de mettre en pleine lumière la communion du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses par Jésus Christ. » (Ep 3, 3-5, 8-9)

 

Quelle est la « communion du Mystère caché en Dieu depuis les siècles »?

Le Mystère du Christ et de l’Église

Nous ne trouvons ni chez saint Paul, ni chez aucun autre Apôtre, d’exposé clair et complet de ce qu’est le Mystère du Christ. Saint Paul lui-même le qualifie d’insondable. On ne peut l’examiner ni en percevoir les limites. Aussi l’appelle-t-il « l’insondable richesse du Christ ». Toutefois, dans plusieurs passages, nous trouvons des considérations qui se rapportent clairement au Mystère du Christ. Alors que je me propose de les présenter brièvement, je me trouve au comble du bonheur d’avoir l’occasion d’écrire sur le Mystère du Christ et de l’Église.

À chaque fois où il aborde un des mystères du Christ, saint Paul commence par élever une longue prière pour demander une grâce spéciale pour ses auditeurs, pour que leur intelligence soit ouverte. Il avait conscience que les plus grands mystères de Dieu lui étaient confiés.

Saint Paul déclare ouvertement que le Christ et le Père avaient une volonté unique: la gloire de l’Église. Il commence par manifester cela de la façon suivante:

« Je ne cesse de rendre grâces à votre sujet et de faire mémoire de vous dans mes prières. Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Eglise, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout. » (Ep 1, 17-23).

L’essentiel de ce passage est que Dieu a ressuscité le Christ d’entre les morts pour nous, qu’il l’a fait siéger à sa droite dans les cieux pour nous, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie pour nous, de tout nom qui se pourra nommer dans ce siècle-ci pour nous, et dans le siècle à venir pour nous. Il l’a constitué Tête pour nous pour l’Église, au sommet de tout pour nous, pour l’Église qui est son Corps, ce Corps qui est devenu le nôtre; et de la sorte l’Église est devenue la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout.

 

Que signifie cela?

Cela signifie que, par la Résurrection du Christ, est née l’Église, nouvelle créature céleste, supérieure à toutes les créatures des cieux. Il n’existe pas dans les cieux de créature plus élevée qu’elle. Elle est la Plénitude de Celui qui remplit tout en tout. Le Christ « est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses » (Ep 4, 10) en lui-même, c’est-à-dire en son Corps qui est l’Église, comme dit saint Paul:

« Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église...Car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude, et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » (Col 1, 16-20).

 

Saint Pierre dit à propos de ce Mystère:

« Il fut révélé (aux prophètes) que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils transmettaient ce message, que maintenant vous annoncent ceux qui vous prêchent l’Evangile, dans l’Esprit Saint envoyé du ciel, et sur lequel les anges se penchent avec convoitise » (1 Pi 1, 12). Les anges ont un grand désir de savoir ce qui est arrivé et comment s’est opéré le salut. Non seulement les anges, mais toutes les Puissances, Principautés, Vertus et Seigneuries qui sont dans les cieux désirent ardemment apprendre comment s’est opéré le salut et quel est le Mystère de l’Église. Pourquoi? Pourquoi tous les êtres célestes désirent-ils scruter le Mystère de l’Église?

Parce que l’Église, nouvelle créature céleste, a été créée du Corps même du Christ, supérieur à toute créature dans les cieux. Par conséquent, l’Église est devenue supérieure à toute les créatures célestes. Et celles-ci ne peuvent prendre connaissance de ce qui s’est accompli dans l’Église pour le salut et la naissance de la nouvelle création céleste que par l’Église elle-même. C’est ce que dit saint Paul, initié au mystère du Christ:

« À moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ et de mettre en pleine lumière la communion du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses, pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Église, de la sagesse infinie en ressources déployée par Dieu en ce dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Ep 3, 8-11).

Nous avons là ce qu’il y a de plus extraordinaire et de plus surprenant dans le Mystère du Christ et de l’Église.

Une autre parole qui touche à ce Mystère et qui montre quelle est la supériorité de l’Église, c’est-à-dire quelle est notre supériorité en Christ, est ce qu’a écrit saint Paul aux Colossiens:

« Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude » (Col 2, 9-10).

 

Encore une parole pleine de mystère, devant laquelle on ne peut que s’arrêter stupéfait:

« Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis jusqu’à recevoir toute la Plénitude de Dieu » (Ep 3, 19).

Saint Paul nous emporte très, très loin dans l’éternité, au temps de notre élection dans le Christ:

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 3-4).

Il nous révèle ensuite comment Dieu rassemblera toutes choses dans le Christ, aussi bien les êtres célestes que les terrestres:

« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : rassembler toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Ep 1, 9-10).

Encore une parole de saint Paul qui décrit notre relation au Christ :

« Nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Eglise : ne sommes-nous pas les membres de son Corps, de sa chair et de ses os ? » (Ep 5, 29-30)

L’Église est donc le Corps entier du Christ, le Corps ressuscité d’entre les morts en vue de l’humanité, car il n’était pas simple créature faite de poussière pour retourner définitivement à la poussière. Le Christ est ressuscité avec son propre corps, le même corps qui a été crucifié, qui est mort, qui a foulé la mort et qui a manifesté la vie éternelle. Cette vie éternelle est la vie du ciel, devenue vie de l’Église, vie du Corps ressuscité, dont tous, nous sommes les membres, unis à lui.

À propos de l’unité des fidèles qui découle nécessairement de leur union au Corps unique du Christ qui est l’Église, saint Paul s’exprime en ces termes :

« Pour le perfectionnement des saints... jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, afin de constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ... Lui dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité » (Ep 4, 12,13,16).

Le moyen en est « d’abandonner notre premier genre de vie, de dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, de nous renouveler par une transformation spirituelle de notre jugement et de revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité » (Ep 4, 22-24). Cet Homme Nouveau est le Corps ressuscité du Seigneur, Corps dont la nature est céleste et dont la vie est éternelle.

« Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la Rédemption » (Ep 4, 30).

Le “vieil homme” est l’homme pré-baptismal, créé de poussière, descendance mortelle d’Adam.

L’Homme Nouveau est celui qui tire son existence du baptême et qui, par la foi et la participation à la mort du Christ, à sa Résurrection et à son Ascension, est devenu membre immortel du Corps divin.

 

Nous avons entendu saint Pierre nous dire :

« Sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ, connu par avance avant la fondation du monde (nous avons là une tradition apostolique livrée par le Seigneur à tous les Apôtres), et manifesté dans les derniers temps à cause de vous » (1Pi 1, 18-20).

Il dit encore à propos de la nouvelle race de l’Église, race sacerdotale, appelée à un héritage céleste :

« Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pi 2,9).

« Dans son propre corps, il a porté nos péchés sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1Pi 2, 24).

« Les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature » (2Pi 1, 4).

Les prophètes aussi, sans avoir vu la réalisation du Mystère, se joignent aux Apôtres pour décrire notre élection et la Royauté éternelle du Christ et des fidèles dans le Christ. Ils étaient en cela “poussés par l’Esprit Saint” (2Pi 1, 21), selon l’expression de saint Pierre.

« Je contemplais, dans les visions de la nuit : Voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d’homme. Il s’avança jusqu’à l’Ancien et fut conduit en sa présence. À lui fut conféré empire, honneur et royauté, et tous peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et sa royauté ne sera point détruite » (Dan 7, 13,14).

« Les saints du Très-Haut recevront la royauté, et ils posséderont la royauté pour l’éternité, et d’éternité en éternité... Et le royaume et l’empire et les grandeurs des royaumes sous tous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son empire est un empire éternel et tous les empires le serviront et lui obéiront » (Dan 7, 18 et 27).

 

Daniel pressentait la réalité de l’Église:

« Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mat 16, 18).

Le Mystère du Christ et de l’Église était préparé de toute éternité, dans le Christ, avant la fondation du monde :

« Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1Co 2, 9).

« Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde... Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée... Je suis glorifié en eux » (Jn 17, 5,22,10).

« À nous donnée avant tous les siècles dans le Christ Jésus, cette grâce a été maintenant manifestée par l’Apparition de notre Sauveur le Christ Jésus, qui a détruit la mort et fait resplendir la vie et l’immortalité par le moyen de l’Evangile » (2Ti 1, 9-10).

« Toutes les œuvres du Seigneur lui sont connues de toute éternité » (Ac 15, 18).

« Dans l’espérance de la vie éternelle promise avant tous les siècles par le Dieu qui ne ment pas » (Tit 1, 2).

Tout cela fait écho à la parole de Jésus:

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Mat 25, 34).

 

Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

Ce texte a été traduit au Monastère de Saint Macaire en Egypte. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au Monastère de Saint Macaire Le Grand ©, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

 Retour à la page: Homélies, enseignements, articles de Père Matta El-Maskine


 

Vous êtes ici : Home Matta El-Maskine: Enseignements et homélies en français Le mystère du Christ et de l'Eglise