Notre élection dans le Christ - Méditation sur Ephésiens 1.3-10

Par Père Matta El-Maskine, Monastère de Saint Macaire Le Grand ©

 

Icone du Christ

Christ Pantocrator Atelier Le Roseau ©

 

«Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ: Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle, dans les cieux, en Christ. Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans reproche devant Lui, dans l’amour» (Ép 1,3-4).

Saint Paul plane bien haut dans les cieux, et de là il nous fait entendre une symphonie spirituelle qui tire son origine du cœur même de Dieu.

Aucun autre apôtre, aucun autre saint, n’a pu nous faire entendre une symphonie aussi merveilleuse.

Pour la première fois dans la vie de l’humanité, nous apprenons que Dieu nous a bénis chez lui, dans les cieux, de toute bénédiction spirituelle. Cette vérité n’a été précédemment révélée à aucun saint, à aucun ange.

Il est bien connu que «c’est la bénédiction du Seigneur qui enrichit, sans que l’effort n’y ajoute rien» (Prov. 10,22). Ces bénédictions sont des dons invisibles, conçus et préparés par Dieu dans les temps éternels avant la fondation du monde. Elles ne sont pas matérielles (comme celles de l’Ancien Testament), mais toutes spirituelles. Elles sont inaltérables, hors d’atteinte de la jalousie et de la haine de notre ennemi, le prince du mal. Elles sont assignées au nom de chacun de nous, dans les cieux, non pas en raison de nos œuvres ou de notre mérite, mais comme dons gratuits et suprêmes, provenant de la grâce infinie de Dieu et de la richesse de sa gloire, en pleine gratuité, sans rien exiger de notre part; Dieu, dans sa bonté absolue, en a ainsi disposé.

Nous ne savons pas quelles sont les modalités de ces bénédictions, car elles dépassent toute intelligence, elles sont entièrement spirituelles, provenant des profondeurs de l’amour infini de Dieu. La plupart d’entre elles sont inconnues même des anges qui se penchent sur elles avec convoitise (Cf. 1Pi 1,12). Bien que célestes, ces béné­dic­tions sont destinées à la race de l’Homme nouveau. Elles tendent à nous rapprocher de Dieu et à éliminer tout ce qui entrave la montée de l’homme vers la gloire.

Elles nous sont toutes données dans le Christ, en qui Dieu a déposé tous les trésors de la sagesse, de la connaissance et de l’intelligence. Il l’a élevé et l’a fait siéger avec lui comme son bien-aimé, après avoir mis sous ses pieds toutes les puissances du mal, adverses et jalouses du genre humain; il l’a surélevé pour qu’il soit son associé en toute chose.

C’est à lui que Dieu a confié la tâche du salut de l’humanité, en éloignant d’elle toutes les puissances maléfiques qui l’avaient précédemment dominée et qui lui avaient infusé le venin du péché menant à la mort.

Quant à notre élection dans le Christ, c’est une élection qui englobe tout notre être, car le Christ a pris de nous le corps ancien, l’a crucifié et nous en a libérés.

Le Christ a mis sa joie à accomplir la volonté de son Père. En entrant dans le monde, il a dit: «Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps» (Heb 10,5); «Mon Dieu, je prends plaisir à faire ta volonté, ta loi est au fond de mon cœur» (Ps 40,8). Et lorsqu’il se présenta à la croix, il a été dit de lui: «En vue de la joie qui lui était proposée, il endura la croix au mépris de la honte» (Heb 12,2).

Notre sanctification dans le Christ s’est également effectuée, selon la disposition divine, avant la fondation du monde. Tout cela pour que nous puissions paraître devant Dieu saints et sans reproche dans l’amour.

C’est ainsi que Dieu a achevé dans le Christ tout ce qui a trait à notre salut, à notre justification et à notre sanctification, selon l’économie divine; tout cela en un mystère éternel que Dieu n’a confié à personne, mais qui est resté caché à travers les siècles, sans que nul ange, nul prophète, nul saint n’en prenne connaissance. Mais finalement Dieu l’a révélé à ses apôtres et à ses saints, dans l’Esprit (Cf. Ép 3,5). Et saint Paul a pris pleine connaissance de ce mystère caché et l’a annoncé aux nations auxquelles Dieu destinait ce mystère; celui-ci, en effet, concernait l’entrée des nations dans la miséricorde de Dieu et dans sa bienveillance, et leur participation à son héritage et à sa justification.

Prière

Seigneur, comme tu as montré ta sollicitude pour nous de toute éternité,
répands maintenant aussi sur nous
ta miséricorde.

Dès avant la fondation du monde,
nous étions de toi connus et choisis:
accomplis en nous ta volonté.

Tu nous as choisis dans le Christ:
ce choix est devenu pour nous
une réalité sensible.

Ce choix et ta sollicitude pour nous
nous ont comblés de ta miséricorde.

Notre accès auprès de toi,
saints et sans reproche
est devenu l’objet de la conversation
des anges et des chérubins.

Car tu nous as fait paraître devant toi
et tu as répandu sur nous ton amour.

Nous sommes devenus une Création nouvelle
qui ne cesse de parler de ta grâce
et de s’émerveiller de ta miséricorde.

 

«Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté» (Ép 1,5).

Voilà une chose qui nous émerveille au plus haut point: comment sommes-nous arrivés à être l’objet du bon plaisir de la volonté divine, nous, créature débile que le démon a avilie, qu’il a réduite en esclavage, qu’il a rendue captive de sa volonté, pour nous faire commettre toute sorte de péchés; le démon ordonnait et nous nous soumettions à ses ordres. Comment Dieu nous a-t-il délivrés des griffes de cet ennemi insolent et tyrannique? Comment nous a-t-il exaltés au point de faire de nous l’objet du bon plaisir de sa volonté, alors qu’il sait que nous sommes la descendance d’Adam, insoumise et rebelle?

La bienveillance que Dieu a manifestée à l’égard de la créature humaine dépasse toute imagination. Non seulement il nous a supportés, mais il nous a aimés et a répandu sur nous sans mesure les bienfaits de sa miséricorde; et finalement il a fait de nous l’objet du bon plaisir de sa volonté, afin de nous combler de dons dans son Fils Jésus Christ.

Le premier et le plus grand de ces dons a été de nous faire entrer dans une alliance filiale avec lui, dans la personne de son Fils unique et bien-aimé, Jésus Christ. Cela nous a immensément élevés de la terre au ciel, de la condition de serviteurs pécheurs à celle de fils dans le Christ, justifiés par la justice de Dieu. Cela n’est-il pas propre à ébahir les anges, les archanges, les chérubins et les séraphins, qui ont tous été créés pour louer Dieu? Tous leurs chœurs célestes sont ordonnés à une fin unique: adorer Dieu et louer sa gloire. Quant à nous, il nous a élevés à la condition de fils de Dieu, à l’image de son propre Fils et à sa condition glorieuse.

Toutes les créatures célestes sont vouées au service de Dieu; et voilà que Dieu nous élève de notre condition d’esclaves sur cette terre à celle de fils qui se tiennent devant sa face, bien-aimés, saints et justifiés dans la gloire, élevés au niveau du bon plaisir de sa volonté.

Il nous est toutefois impossible de vivre à ce niveau exceptionnel d’amour filial et de réjouir le bon vouloir divin, et d’oublier que le Chef de notre race, qui nous a valu tous ces bienfaits, Jésus Christ le Fils unique de Dieu, nous a rachetés des mains du tyran pervers et nous a délivrés des griffes de sa haine, de sa rancœur et de sa méchanceté. Il a payé le prix de notre salut par son propre sang versé sur la croix jusqu’à la dernière goutte. Il nous a bel et bien achetés (Cf. 1Co 6,20), en scellant l’acte de notre rachat par son propre sang. De ce fait, notre liberté dans le Christ et notre condition de fils de Dieu font désormais l’effroi du démon. Il y voit le signe inquiétant de sa défaite finale et de son avenir éternel dans l’étang de feu.

D’autre part, notre condition de fils de Dieu est exposée aux regards de tous les hommes; il nous est demandé de veiller à ce que nos paroles, notre comportement, nos œuvres et notre volonté soient dignes des fils de Dieu, marqués du sceau de la croix de notre Seigneur Jésus Christ. Toutes nos paroles, tous nos désirs, tous nos actes doivent témoigner de la grandeur de notre Père céleste et être dignes du sang du Christ dont nous avons été marqués pour le jour de la rédemption (Cf. Ep 4,30). Si les cieux sont fiers d’être supérieurs à la terre, parce que s’y trouvent des témoins de Dieu et du Christ, qui proclament sa gloire et le louent en tout temps, il nous incombe, à nous qui jouissons de l’alliance des fils de Dieu et qui sommes marqués par le sang de la croix de Jésus Christ, de témoigner par nos œuvres et notre foi vivante des bienfaits de Dieu et du Christ. Autrement, nous serons comptés au nombre des infidèles, privés de l’alliance des fils, comme ayant méprisé la grâce et foulé aux pieds la croix du Fils de Dieu (Cf. Heb 10,29), dans l’illusion de pouvoir échapper à l’effroyable jugement futur.

Prière

Mon Dieu, compte-moi au nombre des fils
que tu as choisis
selon le bon plaisir de ta volonté.

Tel est mon engagement et ma promesse:
Te servir dans l’Église de mes Pères.
Porter la croix de ton Fils
emblème de la victoire sur le monde.
Être fidèle au sang du Christ
dans mes paroles et dans mes actes.
Faire du sceau de l’Esprit Saint
ma force et ma louange.
Chanter ton amour, bénir ton nom et t’adorer dans mon cœur et dans mon esprit.

Être ton fils est ce que je possède
de plus précieux dans la vie:
garde-moi ce trésor.

 

« (Il a fait de nous ses fils) à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé» (Ép 1,6).

Le verset précédent que nous venons de commenter disait: «Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté» (Ép 1,5).

Inspiré par l’Esprit, saint Paul nous apprend ensuite que si Dieu nous a prédestinés à être ses fils par Jésus Christ, c’est en vue d’un but très élevé et très noble, que nous avons préféré traiter ici pour lui-même, en raison de sa haute signification.

Dieu nous a donné d’être ses fils selon le bon plaisir de sa volonté en vue de nous faire louer la gloire de sa grâce e„j œpainon dÒxhj tÁj c£ritoj aÙtoà.

Et maintenant que veut dire «la gloire de sa grâce»?

La grâce de Dieu ce sont les dons spirituels qu’Il accorde gratuitement, dons venant de sa propre nature. Par eux Il veut amener l’homme à se rapprocher de Lui et de sa nature divine, pour le faire jouir de la munificence de Dieu et des bienfaits dont Il comble ses bien-aimés. En disant «la gloire de sa grâce», saint Paul surélève la grâce au niveau de la gloire divine. Or celle-ci est la transcendance absolue de Dieu dans sa grandeur, sa splendeur et sa lumière.

Cette grâce, surélevée au niveau de la gloire divine, est inaccessible. Il est impossible à l’être humain de l’acquérir de façon immédiate. C’est pourquoi Dieu l’a déposée dans son Fils pour que Celui-ci nous la prodigue et nous en abreuve. De fait, par ses souffrances sur la croix, le Christ a pu faire parvenir jusqu’à nous la grâce de la gloire de Dieu, sous la forme du don prodigieux de la rémission des péchés. Il n’y avait pas d’autre moyen que «la gloire de sa grâce» éteigne le feu de nos péchés, car celui-ci pouvait nous jeter dans les flammes de l’enfer. Le feu de nos péchés nous valait les flammes de l’enfer, car celles-ci sont de même nature que nos péchés, de la nature du diable et de ses complices.

Sans l’amour ineffable de Dieu pour son Fils, le Christ ne nous aurait pas fait parvenir la gloire de la grâce divine. Le Fils de Dieu peut assurément être appelé dans un sens absolu «le Bien-aimé». Cette prérogative du Fils, à savoir l’amour infini de Dieu pour lui, l’élève au niveau de Dieu le Père. L’amour du Père pour le Fils équivaut à l’amour du Fils pour le Père. De ce double amour, celui du Père et celui du Fils, nous avons reçu de quoi nous rendre Un dans le Père et dans le Fils par l’amour. Merveilleuse gloire de la grâce ineffable de Dieu qu’Il a répandue sur nous en son Fils Bien-aimé!

Le Fils est dans le Père par l’amour et le Père est dans le Fils par l’amour; et l’amour ineffable du Père et du Fils nous a enveloppés et nous a introduits dans l’unité de l’amour de Dieu, comme une création nouvelle à laquelle Dieu a prodigué la gloire de sa grâce.

Dieu nous a prédestinés à l’adoption filiale par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, puis Il nous a prodigué la gloire de sa grâce et, de ce fait, nous sommes entrés dans la communion de l’amour de Dieu, comme une nature nouvelle, gratifiée de la gloire de Dieu et de Son amour.

Comment cela a-t-il pu se faire?

Et comment pouvons-nous continuer à rester étrangers à cet état de filiation qui nous est accordé dans la gloire?

Cher lecteur, je crains que tu ne doutes de la véracité de ces promesses. Il te faut savoir en toute certitude que ces privilèges ne sont donnés qu’à ceux qui en sont dignes. Or, en sont dignes ceux qui y croient. Crois donc en ce privilège afin de l’acquérir.

La promesse de la filiation adoptive a été réalisée. De même la promesse de la venue en nous de l’amour du Père avec toute sa richesse. Cet amour s’est répandu avec gloire sur ceux qui en sont dignes. Et ceux-ci ne sont pas autres que nous.

Prière

Devant toi, glorieux amour de Dieu,
J’incline la tête pour que tu viennes en moi.

Et toi, Jésus, devenu Chef de notre race,
Nous t’aimons.

Esprit Saint de Dieu, qui œuvre en nous secrètement
Agrée notre amour.

L’amour de Dieu est notre seule richesse
en ce monde de misère.

Celui qui est aimé de Dieu
devient membre de sa maison.
Aime-moi, ô mon Dieu!

L’amour est ce que je professe,
c’est mon trésor et ma richesse.
Je ne possède rien d’autre.

Je T’aime, Seigneur, doublement:
Je T’aime parce que je suis Ton enfant,
Et je T’aime parce que Tu mérites d’être aimé.



«En lui (le Bien-aimé) nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce» (Ép 1,7).

La rédemption effectuée par le sang du Christ n’était pas uniquement un acte d’obéissance au Père. En répandant son sang pour les pécheurs, le Christ manifestait la richesse de sa (propre) grâce. C’est celle-ci qui l’a conduit jusqu’à la croix et qui ne cesse de répandre son sang sur les pécheurs de toutes les générations. Le sang du Christ, à lui seul, pouvait effectuer la rédemption et la rémission; mais ce sang du Christ était, en outre, porteur de sa grâce, ou plutôt de la richesse de sa grâce. Répandu sur la tête du pécheur, le sang lui apporte la richesse de la grâce du Christ. Celle-ci provient de la nature même du Christ, de son propre corps. Avec le concours de la grâce, le sang purifie et enrichit. Par le sang du Christ et par sa grâce, nous obtenons non seulement la rémission de nos péchés, mais aussi nous devenons remplis de la grâce du Christ. Celle-ci fait que la rédemption élève de la condition de pécheur pardonné à celle de bien-aimé élevé à la gloire du Fils.

Le sang est la vie. Avec le sang, nous recevons la grâce de la vie en Christ. Or, la vie du Christ en nous est une progression incessante de gloire en gloire. Le Christ prend forme en nous et, de gloire en gloire, notre image se transforme. Tel est l’homme nouveau: son image se renouvelle incessamment jusqu’à parvenir à celle de son Créateur (Cf. Col 3,10). Cette transformation ne s’opère pas au hasard, mais sous l’action de la parole de Dieu, vivante et efficace, capable de pénétrer jusqu’au fond de notre être pour l’édifier et le réformer. Quiconque se met à l’école de l’Évangile, se transforme immanquablement à l’image du Christ, et la grâce l’amène à annoncer la Parole à ceux qui en sont dignes, à ceux qui en estiment la valeur et l’efficacité.

Aussi les mots de saint Paul «la rédemption selon la richesse de la grâce du Christ» signifient la rédemption accompagnée d’une puissance d’édification et de renouvellement. La richesse du Christ incluse dans la rédemption prend en charge le pécheur, après l’avoir racheté, pour le conduire sur le chemin du salut qui mène à la vie. Le sang du Christ répandu implique nécessairement l’effusion en nous de la vie du Christ pour nous revivifier, nous qui étions morts à cause de nos péchés. Le Christ répand sur nous son sang et sa vie pour ressusciter l’homme nouveau d’entre les morts et pour l’édifier. La vie de l’homme nouveau provient de l’effusion de la vie du Christ sur les rachetés, pour qu’ils reçoivent, en même temps que la rémission, la vie nouvelle. C’est pourquoi le Christ est appelé Tête de la nouvelle création.

La rédemption que le Christ a accomplie par son sang sur la croix est toujours accompagnée de l’effusion de son Esprit sur ceux qu’Il ressuscite de la mort, pour qu’ils acquièrent la vie nouvelle. Après que le Christ a versé son sang pour la rémission des péchés, «la richesse de sa grâce» prend en charge le pécheur pardonné pour lui faire acquérir une vie nouvelle, digne de la rédemption.

Les rachetés qui ont reçu la grâce du Christ avec la vie nouvelle possèdent dans les cieux des degrés qui leur sont propres; ils forment des chœurs qui, pour la rédemption et pour la grâce qu’ils ont reçues, ne cessent de rendre grâce à Celui qui siège sur le trône. Ils sont considérés comme les témoins de la rédemption opérée par le Christ et de la richesse de sa grâce. Ils ne cessent de louer, d’adorer et de rendre grâce.

Les cieux sont riches de ces êtres sanctifiés qui forment le plus grand chœur de louange à la gloire du Christ, pour la rédemption qu’Il a accomplie et pour la grâce qu’Il a répandue sur eux. Ils sont vêtus de blanc, en signe de leur vie nouvelle purifiée par le sang, et ils sont honorés, estimés et loués par tous les êtres célestes, à cause du sang du Christ dont ils sont oints. Ils sont les témoins du Christ dans la gloire.

Prière

Seigneur crucifié pour nous,
Tu nous a parfumés de la bonne odeur de Ton sang.

Ton sang est désormais en nous,
Signe de pureté, de sainteté, de rédemption.

Tu nous as rachetés par ce qu’il y a de plus précieux
sur la terre et au ciel.

Ta croix est devenue la marque de notre fierté,
Par elle nous vainquons nos ennemis,
Car elle est la puissance de Dieu,
sa puissance suprême
Pour le salut, un salut gratuit.

Elle est devenue notre fierté
Sur la terre et aux cieux.

Ton nom est suave dans notre bouche,
Comme un parfum de grand prix.

Ta grâce répandue sur nous
nous a ouvert le chemin pour Te suivre.

 

 

« (…Selon la richesse de sa grâce) qu’Il nous a prodiguée en toute sagesse et intelligence, nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’Il avait formé en lui-même» (Ép 1,7-9)

Lorsque le Christ a répandu sur nous la richesse de sa grâce, celle-ci était tellement abondante que nous nous sommes sentis tout d’abord incapables de l’assimiler, à cause de sa surabondance sans limite. Mais lorsque nous l’avons assimilée, elle nous est apparue toute cohérente, pleine de sagesse, manifestant une intelligence suprême qui dépasse les limites de l’entendement.

Qui donc a jamais pu comprendre la croix du Christ ou sonder les profondeurs de la rédemption réalisée par son sang et par ses souffrances sur la croix et déjà avant la croix?

En tout cela, Seigneur, Tu nous manifestais le mystère de ta volonté. L’ayant connu, nous avons compris que c’est selon ton bon plaisir, selon le dessein bienveillant formé en toi-même, que se sont déployées la puissance de la rédemption et la rémission des péchés du monde entier. En les accomplissant par la croix, expression de son amour, Ton Fils nous manifestait le mystère de Ta volonté, mystère resté caché des sages et des intelligents, comme aussi de tous les êtres célestes, des prophètes et des justes, mais finalement dévoilé à Tes Apôtres et à Tes disciples. Ayant reçu la révélation de ce mystère, saint Paul ne cessait de le chanter et de le proclamer au monde entier, mettant en plein jour Ton dessein envers les nations: intégrées à Ton dessein éternel, elles sont appelées à vivre selon l’Évangile et à participer au même Corps et au même héritage (Cf. Ép 3,6).

La grâce de Dieu, prodiguée au monde par son Fils Jésus Christ, a été ainsi manifestée, et son dessein bienveillant et plein de sagesse a été révélé. Il est devenu clair que nous avons été choisis dans le Christ pour être saints et sans reproche, en raison de son amour infini, et que nous avons été prédestinés à l’adoption filiale, pour devenir fils de Dieu, après avoir été fils d’Adam, assujettis à la volonté du démon. À cause de son grand amour, Dieu nous a élevés à la condition de fils. Avant tous les siècles, il nous a choisis dans le Christ, selon son dessein éternel, pour faire de nous ses fils, et nous relever de notre condition d’esclaves. Et pour réaliser ce dessein bienveillant, Il a envoyé son Fils pour qu’il nous entraîne dans le cortège de son triomphe, après nous avoir rachetés sur la croix, nous avoir ressuscités avec lui et nous avoir fait siéger à la droite de Dieu, quand il y a siégé avec le corps qui est nôtre.

Tels sont les desseins du Très-Haut, que pour nous Il a formés en Lui-même. Choisis dans le Christ avant tous les siècles, nous sommes destinés à être fils de Dieu dans l’unique filiation du Christ. Tel était le bon plaisir de Dieu, et tout cela formait sa volonté éternelle, mystère caché, ignoré des anges, des prophètes et des justes, mais manifesté en ces derniers jours à ses saints par l’Esprit. Saint Paul a été l’un de ceux auxquels a été révélé ce mystère et il n’a cessé de l’annoncer au monde entier.

Ce qui nous étonne et nous émerveille le plus dans cette immense sollicitude de Dieu envers les enfants des hommes, c’est que tout ce qu’a enduré le Christ en livrant son corps pour nous jusqu’aux affres de la mort, avec les souffrances inouïes qui les ont précédées, tout cela était préconçu par Dieu de toute éternité.

En parcourant le dossier de notre salut, nous découvrons que Dieu a tout préparé, de toute éternité, pour notre sanctification, notre justification et notre participation à la vie du Fils. Si nous voulions retracer cela devant le lecteur, cela demanderait des pages.

Quel est donc le secret de cette tendresse paternelle inouïe, alors que nous étions une créature rebelle qui n’a cessé d’affliger Dieu, depuis le temps de nos premiers parents?

Nous continuions à l’affliger jusqu’au moment où le Christ nous a assumés: Il a accompli pour nous la rédemption et la rémission, et a rénové notre race pour qu’elle s’identifie à celle du Christ. Il a fait de nous selon ce qui est écrit les “membres de son corps”, son corps vivant, monté aux cieux pour nous introduire à la gloire suressentielle du Fils unique de Dieu, et même pour nous faire participer à sa propre gloire, à sa justice, à sa sainteté et à sa filiation. En plus, saint Paul ajoute, selon ce qui lui a été révélé, que nous sommes devenus «membres de son corps, de sa chair et de ses os» (Ép 5,30).

Prière

Seigneur, nous voulons témoigner
à haute voix devant la création entière
que tu nous as adoptés.

Nous qui étions asservis au péché et à la mort,
Tu nous as élevés au niveau de tes saints.

Alors que nous étions esclaves de la mort,
Tu nous as accordé la liberté des enfants de Dieu
et leur sainteté

Immense grâce
À la mesure de Ton amour de Père!

Suprêmes sagesse et intelligence
De Ton dessein éternel à notre égard!

Nous avons appris maintenant Ta sainte volonté,
Et l’extrême bonté de Ta grâce s’est manifestée.

Nous Te sommes redevables
Non seulement pour les événements de la Croix
Et ce qu’elle a réalisé pour nous,
Mais encore pour Ton amour de toute éternité

Si la Croix nous a montré l’ampleur de Ton amour
Que dire de la filiation adoptive?

Et si celle-ci nous a valu l’éternité
Jusqu’où nous emmènera Ton amour?

La finale de l’épopée de notre Rédemption
C’est que nous ne vivons plus nous-mêmes
Mais que Ton Fils vit en nous!

 

 

«Pour le dispenser (ce dessein éternel) dans la plénitude des temps [à savoir] : rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre, en Lui (dans le Christ)» (Ép 1,10).

Ici, l’inspiration guidant saint Paul nous découvre le mystère: elle nous ouvre les portes du ciel, nous montrant le Fils dans le sein du Père, et devant lui, tous ceux qu’il a rendu captifs de son amour dans les cieux et sur la terre. De fait, par son amour infini, par son humilité insurpassable – en raison de sa haute condition et de son pouvoir suprême sur terre et au ciel – il a pu emmener toute la création, tant les êtres célestes que terrestres, à entrer dans le cercle de son amour qui les a tous rendu captifs. Tous sont devenus captifs de son amour «captifs de l’espérance» (Zac 9,12) en Christ.

Quant à savoir comment il les a tous rassemblés sous l’étendard de son amour, cela exige une révélation plus haute: le Père intervient avec le Fils pour rassembler la création entière sous l’étendard de sa divinité qui remplit tout. Il dispense à tous grâce, justice et rédemption, pour que s’étende son Règne et le pouvoir de sa gloire suprême. Tel est, en effet, le secret caché de Dieu: plus le Père dispense son amour, plus son amour s’accroît; et plus Il dispense la grâce de sa divinité, plus s’élargit la plénitude de sa divinité. Et c’est ainsi qu’Il a acquis la plénitude de la création lorsqu’Il l’a invitée à son Royaume.

La grande difficulté que nous rencontrons est celle-ci: comment nous soumettre pleinement à Dieu? Comment répondre dignement à la plénitude de son amour et de sa sainteté éternelle? Comment rendre grâce au Père et lui présenter notre amour à Lui et au Fils, avec l’entière docilité qui lui agrée? Comment nous comporter en créature nouvelle devenue de la race même du Fils ressuscité dans la gloire?

Que toutes les Églises se rassemblent et s’accordent d’une même voix pour rendre grâce, louer, adorer et reconnaître la gloire du Père et du Fils, que serait-ce devant l’amour de Dieu pour nous?

Or il est à craindre que chaque Église ne se rassemble plutôt pour condamner ceux de ses membres qui ont des sympathies pour ceux du dehors. On dirait que chaque Église suit un dieu différent, non céleste, et que ces différents dieux sont en querelles perpétuelles et les transmettent à chaque nouvelle génération.

Tel est notre pitoyable état, propre à émouvoir même nos ennemis. Mais que faire, nous sommes tous membres du Corps unique du Christ, que nous le voulions ou non.

Et le plus affligeant est que les retranchés de l’Église sont justement les plus actifs dans le service de la Parole. Et la question se pose: pourquoi? Impossible d’y répondre. Mais prions!

Dieu dans sa miséricorde et sa grâce continue d’attendre qu’on le cherche. Puisse-t-il exaucer la prière de l’Église:

“Donne-nous un même cœur
Au pécheur la conversion, à l'attiédi le réveil
À tous l’amour”.

Prière

Seigneur, si Ton Église est bien Ton Corps,
Et que Tu en es la Tête
Visite Ton Corps car il est souffrant.

Les membres de Ton Corps ne sont pas accordés.
Puisses-Tu les visiter et attendrir leur cœur,
Qu’ils se rencontrent devant Toi dans la prière.

Si Tu visites les membres souffrants,
Les autres seront réconfortés.

Tous proclament leur fidélité envers Toi,
Puisses-Tu les croire et les exaucer.

Ton Corps, Jésus, est malade,
Où chercher la guérison?

Tous chantent, louent et bénissent,
Mais les voix de ceux qui gémissent sont dominantes.

À qui d’autre s’adresser?
Chez Toi seul se trouvent
réconciliation, bienveillance, tolérance et pardon.

 

Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

Ce texte a été traduit au Monastère de Saint Macaire en Egypte. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au Monastère de Saint Macaire Le Grand ©, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

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