La purification du coeur

Par Père Matta El-Maskine

Monastère de Saint Macaire Le Grand ©

 

"Heureux celui dont le péché est pardonné" Ps 32:2.1

" Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui est pur. " 1Jean 3:3.

L'âme qui s'éveille a la réalité des choses divines pour la première fois, donne toujours une réponse sans restriction à la vérité, incitée par un amour illimité pour le Sauveur et un grand ravissement à la parole au sujet de l'esprit et des domaines spirituels. Quand l'âme entre dans la réalité divine, elle est élevée à un niveau où elle peut éprouver cette autre vie avec le Christ et acquérir la faculté de voir le chemin qui s'ouvre devant elle, avec toutes ses exigences. Elle acquière la résolution nécessaire pour parcourir le chemin spirituel et la capacité à faire face à toutes les situations, quel que soit le sacrifice que cela exige. Ce sentiment d'enthousiasme est le prérequis de la purification.

Au départ, la purification apparaît comme un processus uniquement négatif car lorsqu'il perçoit la nature du monde illusoire, du péché et des plaisirs mauvais ou sensuels dans lesquels il vivait, l'homme commence à s'y opposer par tous les moyens, se détachant complètement de son ancien "moi" et de tout ce qui lui était associé.

Ce qui l'aide à prendre cette attitude contre le "moi", au commencement du processus de purification, c'est la connaissance de ces deux aspects: la connaissance de la vérité en la personne de Jésus-Christ, l'image idéale de conduite pure et sainte; et la connaissance du moi, trompeur, mensonger, esclave des erreurs, des fautes et des faux idéaux. L'homme alors ne blâme plus le monde ou les autres car il a vérifié que la source de l'imperfection et de la corruption se trouvent également en lui. L'âme ne peut éviter de reconnaître les ténèbres de sa propre réalité, lorsqu'elle se tient devant la Lumière de la vérité qui émane de la Face de Jésus-Christ et se concentre intérieurement sur elle. "Car le Dieu qui a dit : « Du sein des ténèbres brillera la lumière » a brillé dans notre cœur, pour que resplendisse la connaissance de la gloire de Dieu sur le visage du Christ. " 2Cor. 4:6.

Dès le moment où l'âme réalise combien elle est fausse et corrompue et accepte réellement la pleine responsabilité de ses erreurs et de ses fautes, l'étape positive de purification débute. L'âme commence à être éclairée par la connaissance du Christ et s'avance vers la lumière avec une nouvelle aisance. C'est l'oeuvre de la grâce. Quand l'âme commence à cheminer vers la lumière, elle se sent de moins en moins appesantie par les entraves et les chaînes qui l'asservissaient au monde. Elle commence à terriblement suffoquer dans l'étroite prison dans laquelle elle est enfermée par sa propre volonté. Elle aspire à la liberté et trouve en la personne du Seigneur le seul refuge qui la sauvera de cette situation critique et de ses étroites frontières mortelles.

Chaque élan vers le Christ édifie l'empire de la vérité, de la lumière et de la vie et ne peut prendre place que dans deux conditions. La première est la foi dans la source de vérité, la lumière de la vie; la seconde est la lutte contre le péché et la vanité. Elles se soutiennent mutuellement et donnent leur impulsion dès l'instant où la vérité de Dieu a commencé à poindre dans l'âme.

La perception qu'a l'âme de sa véritable condition à la lumière de la Face du Christ et sa capacité à charger sur elle-même toute la responsabilité de sa corruption, de sa faiblesse et de son péché, viennent de l'acceptation des circonstances adverses comme étant la Providence de Dieu qui prend soin de sa libération et de sa purification. Tout ceci imprègne l'âme d'une véritable humilité et douceur. L'infusion de l'âme par une humilité authentique est un trait immanquable du processus de purification et c'est une preuve certaine et vivante qu'elle acquière sa purification par une vision et une soumission constante à la source de vérité. Car la lumière de la vérité révèle en permanence la faiblesses de l'âme et la rend toujours humble. C'est pourquoi garder constamment en vue la personne du Seigneur Jésus-Christ et dénuder son âme à la lumière du Verbe est l'assurance que l'âme sera lavée de son orgueil.

A chaque fois que prend place une rencontre authentique entre la vérité du Christ, l'Évangile et l'âme, celle ci est emplie de détresse et de souffrance à cause de son état et elle acquière la détermination de se repentir activement et avec énergie. Ceci non seulement pour l'esprit et le coeur mais aussi pour le corps et l'esprit dans leur intégralité, puisque l'homme au complet est enflammé du désir d'être saint et de plaire à Dieu. Quand ce sentiment domine l'homme est le rend véritablement conscient du besoin d'être saint afin de satisfaire la sainteté du Christ, il est incité à entreprendre les formes d'ascèse les plus ardues et rudes en terme d'aspiration spirituelle: voeux, renoncements, pauvreté et toutes les oeuvres difficiles d'ascétisme.

 

ermitage du désert

Ermitage du désert

Ce désir ardent de sainteté qui jaillit d'un coeur brûlant d'amour pour la personne du Christ fait mourir tous les désirs et les plaisirs de la vie terrestre, dans le coeur, au regard et dans les sens de l'homme. Tous les plaisirs de la terre ne pourraient l'écarter de sa quête ardente de suivre un chemin de sainteté par la pratique des formes les plus strictes de jeûne, de solitude, de prière et en s'appliquant aux tâches et aux services religieux les plus contraignants. L'homme inverse ses habitudes antérieures, tranche les liens qui le ligottent à elles et s'engage dans la voie de Dieu, sans projets pour ce voyage.

Cette ferveur inextinguible qui habite l'esprit pendant la période de purification entraîne des oeuvres qui paraissent incroyables ou surhumaines pour ceux qui n'ont pas été gagnés par la même flamme, à tel point qu'ils pensent qu'elles ne sont pas réellement entreprises. D'autres pensent que de telles oeuvres sont inutiles, excessives, irresponsables ou immatures, voire le signe d'arrogance et d'orgueil. En fait, ceux qui entreprennent ces choses, ne le font pas en se prétendant saints, ils ne le font pas non plus par calcul, ni pour une sorte d'entraînement spirituel et pas pour paraître non plus. C'est plutôt l'expression inéluctable d'une incitation intérieure et d'une ferveur qu'ils ne peuvent réprimer ou repousser. De tels hommes sont ceux que l'on doit donc pardonner si leur travail semble manquer d'intelligence ou de maturité, en effet quel esprit pourrait étouffer le feu qui flambe dans le coeur embrasé par l'amour de Dieu?

La preuve que le travail de purification suit un cours spirituel correct est l'aisance, la soif et la joie qui envahit l'homme qui entreprend les oeuvres d'ascétisme, comme le jeûne, la prière, la solitude, le service religieux et l'abnégation. Toute lourdeur ou paresse alerte sur le fait que l'âme perd sa vision sacrée et ne peut plus voir son Bien-Aimé, sa source de lumière, d'amour, de force, d'abnégation et d'inspiration. De la même façon - hormis en cas de maladie - la négligence ou la paresse à pratiquer les oeuvres de purification sont l'indication que l'âme commence à faire d'elle même l'objet de son affection.

Quand l'homme s'engage dans une relation d'amour véritable avec le Christ, il découvre dans l'exercice de l'ascétisme et de la purification, même s'ils sont ardus, lourds, douloureux et méprisés par le monde, une source de joie, de contentement et de bonheur qui diffère peu d'un sentiment du Royaume de Dieu lui-même. Ils sont pour lui dons et bénédictions. Cette joie qui va de paire avec un travail de purification est le signe qu'à ce stade une vie spirituelle accomplie est établie, à tel point que l'homme souhaite qu'elle ne prenne jamais fin. Bien des saints ont désiré passer leur jours dans ce stade de purification, leur désir fut exaucé, ce qui fait que toute leur vie fut purification, ascétisme et repentir. N'est-ce-pas la sainteté elle-même?

Ceci ne signifie pas que la vie de purification n'est que joie, lumière et vision. Elle est sujette aux chutes, quand l'âme se détourne vers elle-même et souffre de la séparation d'avec Dieu et de l'obscurité. Il y a des jours de sécheresse, d'anxiété suffocante, quand l'âme se découvre et voit qu'elle est poussière, rien et sans valeur. Elle est alors opprimée par une amère souffrance en particulier pendant les longues absences de Dieu; quoique l'amour trouve de la douceur même en l'absence du Bien-Aimé.

De manière identique, il y a des âmes qui même au sommet de leur ferveur et de leur force ascétique, ont tendance à la tristesse et à la dépression car elles contemplent sans cesse leurs défauts. Un tel homme semble morose, toujours soupirant et gémissant. Il ne s'agit pas de l'esprit de désespoir ni de la perte de la certitude du salut. C'est plutôt qu'un flot d'amour divin expulse même les sensations agréables. L'âme est impuissante, réduite à considérer sans répit ses propres défauts et ses grandes faiblesses. Une telle âme brûle d'amour et c'est comme si elle était possédée par une vision intime qui lui révèle constamment son véritable dénuement. Les saintes âmes de la sorte ne doivent pas être désapprouvées ou blâmées. Elles peuvent atteindre les plus hauts degrés d'amour divin et le plus profond des niveaux de repentance et de pureté intérieure. Pour elles la voie idéale est une constante repentance et auto-condamnation de leurs péchés et de leur vices, par de perpétuels remords et l'anéantissement. Ceci les conduit à guérir leur moi de toutes peines, tout en grandissant sans cesse en sainteté et en amour divin. "A moi, le moindre2 de tous les saints, cette grâce a été accordée " Eph 3:8. Toutefois si un homme s'engage de lui-même dans une telle méthode sans conviction et sans y être préparé en son for intérieur, il s'expose au désespoir le plus grave et à la maladie. Il sera incapable de progresser et vidé de toute son énergie.

Dans tous les cas, au stade de la purification l'homme doit souvent faire de grands efforts pour surmonter sa volonté et entrer au plus profond de son âme pour affronter ses défauts et ses faiblesse. Il doit éprouver du chagrin et gémir sur toutes les opportunités qu'il a manqué dans sa vie à cause du péché, de l'indolence, de la paresse et de la faiblesse. Tant que cette conscience demeure en lui, il lui faut sans cesse l'entretenir, en se mirant dans le miroir qu'est le Christ afin de recevoir de Lui l'inspiration. Un homme qui chemine ainsi doit être sensible et spirituellement attentif afin de percevoir l'inspiration de la grâce et les blâmes de la divine vérité, qui donnent à l'âme l'assurance et l'incitation à continuer ses ascèses. Cet appel, quand il vient de la grâce est, jusqu'au bout du chemin, toujours associée à une aide extraordinaire et une ferveur, ainsi qu'un éclairement et des conseils. C'est une grande tristesse quand l'homme les perd à cause de son manque de sensibilité intérieure et de perception de l'appel de Dieu, car l'oeuvre que l'homme attire sur lui le mets dans le besoin de cette aide et de ce pouvoir. C'est pourquoi l'homme qui commence avec ses seules forces, doit toujours se forcer et guerroyer amèrement pour poursuivre. En effet il peut se produire qu'un homme s'engage dans une voie qu'il a choisie de lui-même et se rendre compte qu'il n'est pas assez fort pour persister. Tandis que l'incitation de la grâce et l'appel du Christ à la voie sainte, portent en eux la puissance.

Si nous considérons avec un regard humain les ascèses entreprises par les saints et ce qu'ils ont subi comme purifications nous sommes saisis d'effroi et de malaise en pensant que nous ne sommes disposés pour aucunes d'elles. Cependant si nous comprenons qu'ils étaient conduits sur la voie de l'ascèse et des oeuvres ardues non pas par leur propre esprit, leurs désirs ou leurs conseils mais par l'Esprit intérieur, l'incitation de la vérité et l'amour divin [cet amour divin qui éclairait la voie devant eux, leur donnait le courage et la force de poursuivre jusqu'au bout et de remporter une glorieuse victoire sur les forces des ennemis et les tentations du monde], alors nous trouvons la hardiesse de nous placer dans la file et d'attendre la même aide, la même force, la même lumière, pour marcher sur leurs pas, en conformité avec le combat et le mystère de leur victoire.

Afin de dompter les désirs de notre coeur et les suggestions de nos propensions, il nous faut un pouvoir supérieur et plus profond que celui qui les nourrit. En fait, c'est tout au long de notre combat spirituel durant le processus de purification que nous avons besoin d'un pouvoir supra-naturel. Ceci ne fait aucun doute, car il est impossible que le soi dompte le soi. Le pouvoir supra-naturel c'est le pouvoir brûlant de l'amour divin qui flambe dans le coeur de l'homme et lui permet d'accomplir des miracles. Notre amour pour l'Epoux céleste nous donne une foi, une détermination et un pouvoir au-delà du pouvoir de l'esprit naturel et lui permet de rabattre tous les désirs et les propensions.

La chaleur de l'amour de sa juste flamme, comme un feu dans le coeur est le seul passage par lequel la douleur s'exalte en plaisir, la mort en gain et l'humiliation en don. C'est pourquoi ce feu est la nourriture spéciale de l'âme pendant la période de purification. Par elle, l'âme trouve la force mystique, ainsi que les moyens de surmonter ses faiblesses et de résister au monde avec l'assurance de la victoire. Le Christ lui-même est l'absolue nécessité pour ceux qui empruntent la voie de la sainteté. L'âme ressent ceci quand elle s'approche de Lui et Lui parle. Elle trouve en Lui des délices et le feu qui la fait vivre et la nourrit. A tel point qu'elle s'enhardit à poser son regard sur Lui et à venir auprès de Lui dans l'intimité, elle persévèrera ainsi jusqu'à son but.

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1 Note de la traduction française: ou Ps 31:2 selon les versions de la Bible.

2 En grec le mot induit un mariage d'humilité et de faiblesse.

 

Droits d'auteur et propriété intellectuelle:

Père Matta El-Maskine (1919-2006) fut le Père spirituel du monastère de Saint Macaire le Grand, à Wadi El-Natroun en Egypte.

© Ce texte a été traduit de l'anglais au français par spiritualite-orthodoxe.net. Tous les droits d'auteur de cette traduction en français, écrite et audio, sont réservés au monastère de Saint Macaire le Grand, en Egypte. Merci de ne pas la reproduire sauf pour un usage privé.

L'article a été publié initialement par la revue mensuelle Saint Marc du monastère, et reproduit en anglais sur le site coptichymns.net.

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